vendredi 29 avril 2011

L'inconvénient d'être né ?

Francisc Mraz
«L'inconvénient d'être né ? » Exploration photographique de la pensée de Cioran « Être en vie - tout à coup je suis frappé par l'étrangeté de cette expression, comme si elle ne s'appliquait à personne. » (Emile Cioran, « De l'inconvénient d'être né », Editions Gallimard, 1987) Cinq photographes de L'Ecole de Poétique Photographique, Roumanie, expriment en images leur ressenti des réflexions de Cioran sur les questions existentielles. Photographes : Francisc Mraz, Gyuri Ilinca, Raul Tanislav, Silviu Pavel, Andrei Contiu. du lundi au vendredi de 10 h à 18 h du 4 avril au 27 mai. Galerie « Rue de l'Exposition » 1 rue de l'Exposition, 75007 Paris M° Ecole Militaire

mercredi 27 avril 2011

Cioran : De l'inconvénient d'être né

Sous forme de fragments, Cioran nous livre d'impitoyables vérités concernant la malheureuse condition humaine : absurdité, non-sens... Les plaintes de cet ouvrage peuvent paraître vaines ; elles sont pourtant aussi lucides que réalistes. Et Cioran a ce don inégalable de teinter ses aphorismes dramatiques d'une ironie cynique dont il a le secret. Un sens inné de la formule de la désillusion.

lundi 25 avril 2011

Patrick Tosani

Patrick Tosani s’est imposé dès le début des années 1980 avec une œuvre combinant l’héritage des avant-gardes des années 1970 et l’affirmation du medium photographique comme mode d’expérimentation. La place occupée par ses travaux n’a cessé de croître depuis. Regroupant plus de 200 œuvres, l’exposition retrace son parcours, de ses premiers travaux jusqu’aux photographies les plus récentes et parfois inédites. Elle est organisée par séries (objet, corps, architecture…) et occupe l’essentiel des espaces de la MEP. Paris, Maison Européenne de la Photographie du 20 avril au 1 juin 2011

samedi 23 avril 2011

Empreintes singulières

Michel Olmeta
La Galerie Detaille a conçu l’exposition Empreintes singulières autour de trois artistes : Michèle Maurin, Elisabeth Towns et Matthias Olmeta. Ils ont en commun l’expérimentation de techniques anciennes pour définir leur univers. Ils assurent eux-mêmes les différentes étapes du processus, de la prise de vue aux tirages dans lesquels ils acceptent ou recherchent une part d’aléatoire. Chacun d’eux produit des épreuves uniques en explorant toutes les variations d’un tirage. Au cours de leurs interventions multiples, ils font apparaître la vie éphémère ou le calme paisible, l’énergie, la poésie ou le mystère dans des œuvres subtiles, pénétrantes, singulières et contemporaines. Michèle Maurin façonne ses photographies au tirage à l’aide de bains réalisés à partir de métaux précieux, obtenant ainsi des variations qui revêtent la charge de ces savants dosages. Elisabeth Towns a recours au procédé le plus rudimentaire de prise de vue, le sténopé, avec lequel elle produit des images aux formes modelées par la lumière, aux matières denses, à l’esthétique particulière. Matthias Olmeta révèle des univers mystérieux, chargés d’une forte intensité spirituelle, par l’expérimentation de solutions chimiques dessinant des traces successives sur des supports photographiques en plexiglas. Photographes exposés: Michèle Maurin, Mathias Olmeta, Elisabeth Towns Galerie DETAILLE 5 rue Marius Jauffret 13008 - MARSEILLE (Métro: Périer)

vendredi 22 avril 2011

Raoul & Jean Dufy

Musée Marmottan Monet, Paris Exposition du 14 avril au 26 juin 2011
Si l’on connaît bien l’oeuvre de Raoul Dufy, celle de son frère Jean, peintre lui aussi, l’est moins. Cadet de 11 ans, Jean se forme à la peinture entre 1906 et 1914, encouragé par son frère qui participe alors aux aventures fauve et cubiste. À partir de 1920, date de ses premières peintures, Jean produit une oeuvre riche et partage avec Raoul des préoccupations artistiques communes. Les frères sont proches et entretiennent une correspondance régulière. Raoul et Jean développent des parcours parallèles et collaborent peu, à l’exception notable de La Fée électricité qui est aussi l’objet de leur rupture en 1937. Chacun d’eux crée une oeuvre abondante (environ 2500 pièces), structurée en séries, traitant de thèmes plaisants, rendus par un sens de la couleur auquel on les identifie l’un et l’autre. Regroupant une centaine de peintures et d’aquarelles, provenant de musées et de collections particulières du monde entier, l’exposition cherche à mettre en évidence les liens qui unissent l’oeuvre de Jean à celle de Raoul, comme ce qui les singularise l’une de l’autre. Esquissant en préambule les périodes fauve et cubiste de Raoul, le parcours présente ensuite des grands thèmes communs aux deux frères et propose de comparer leur peinture : mer, fenêtres ouvertes et ateliers constituent la première partie du parcours ; puis les thèmes se singularisent à travers deux sections parallèles : à la palette chaude et à la touche vibrante des cirques peints par Jean répond la musique évoquée par Raoul ; aux courses et paddocks de Raoul font ensuite face les allées cavalières de Jean ; enfin, les tableaux ayant pour thème Paris et Nice sont consacrés aux oeuvres tardives des deux frères et soulignent une évolution commune vers un style graphique initié par Raoul et subtilement revisité par Jean. Cette exposition s’inscrit dans le champ des études dédiées à la filiation dans l’art et des manifestations qui lui sont consacrées depuis dix ans. Elle propose une lecture croisée de l’oeuvre des deux frères et permet de mieux situer la peinture de Jean Dufy.

mercredi 20 avril 2011

La sonate de Vinteuil

Mais le concert recommença et Swann comprit qu'il ne pourrait pas s'en aller avant la fin de ce nouveau numéro du programme. Il souffrait de rester enfermé au milieu de ces gens dont la bêtise et les ridicules le frappaient d'autant plus douloureusement qu'ignorant son amour, incapables, s'ils l'avaient connu, de s'y intéresser et de faire autre chose que d'en sourire comme d'un enfantillage ou de le déplorer comme une folie, ils le lui faisaient apparaître sous l'aspect d'un état subjectif qui n'existait que pour lui, dont rien d'extérieur ne lui affirmait la réalité ; il souffrait surtout, et au point que même le son des instruments lui donnait envie de crier, de prolonger son exil dans ce lieu où Odette ne viendrait jamais, où personne, où rien ne la connaissait, d'où elle était entièrement absente.

Mais tout à coup ce fut comme si elle était entrée, et cette apparition lui fut une si déchirante souffrance qu'il dut porter la main à son cœur. C'est que le violon était monté à des notes hautes où il restait comme pour une attente, une attente qui se prolongeait sans qu'il cessât de les tenir, dans l'exaltation où il était d'apercevoir déjà l'objet de son attente qui s'approchait, et avec un effort désespéré pour tâcher de durer jusqu'à son arrivée, de l'accueillir avant d'expirer, de lui maintenir encore un moment de toutes ses dernières forces le chemin ouvert pour qu'il pût passer, comme on soutient une porte qui sans cela retomberait. Et avant que Swann eût eu le temps de comprendre, et de se dire : " C'est la petite phrase de la sonate de Vinteuil, n'écoutons pas ! " tous ses souvenirs du temps où Odette était éprise de lui, et qu'il avait réussi jusqu'à ce jour à maintenir invisibles dans les profondeurs de son être, trompés par ce brusque rayon du temps d'amour qu'ils crurent revenu, s'étaient réveillés et, à tire d'aile, étaient remontés lui chanter éperdument, sans pitié pour son infortune présente, les refrains oubliés du bonheur.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

mardi 19 avril 2011

Le Crissement du Temps

Sabrina Biancuzzi Spécialisée en photographie argentique et en procédés alternatifs est à la fois photographe et graveur. Elle aime le travail de laboratoire et le grain des pellicules. Loin de l’univers digital, elle laisse entrevoir l’intimité de ses voyages et rêves, mêlant ainsi le temps et les souvenirs. Après la très réussie exposition collective : "Variations et fugues en sténopé" au même centre Iris, où par ailleurs Sabrina Biancuzzi dirige des stages, elle présente jusqu'au 11 juin "Le Crissement du Temps".
Le temps, la mémoire et l’enfance ont, à diverses intensités, toujours été au coeur de l’oeuvre de Sabrina Biancuzzi, dans la gravure comme dans la photographie. Si elle continue à s’exprimer dans ces deux disciplines, c’est parce que leur frontière reste ténue, poreuse. Cette perméabilité affranchit Sabrina Biancuzzi des cadres qui bornent rêve et réalité. Cette nouvelle exposition photographique, « Le Crissement du Temps » nous entraîne dans l’obsession en filigrane dans tout son travail, celle de la disparition.

Un univers sombre, de rares silhouettes humaines, plus fantomatiques que réellement incarnées. Des espaces vides, expurgés de toute vie. Des objets abandonnés, en attente des protagonistes d’une pièce de théâtre qui n’aura pas ou plus lieu. Le temps est paradoxe dans les images de Sabrina Biancuzzi : il semble à la fois avoir déserté les lieux représentés et figé le vivant, comme gelé sous un inextricable glacis de gris. Le temps parait pourtant imperceptiblement faire son office. Sournoisement et inexorablement en marche.

Le rendu des tirages de Sabrina Biancuzzi, leur épaisseur, établissent un parallèle entre la technique utilisée et l’expression finale. Une fois les tirages réalisés, les images sont recouvertes de pigments noirs et disparaissent complètement sous cette matière opaque, comme si Sabrina voulait les enfouir, les oublier. Puis ces souvenirs s’imposent à nouveau à elle, leur force dissout la noirceur qui les dissimule : la photographe doit retirer l’encre masquant les images. Ces dernières, désormais imprégnées d’un reliquat pigmentaire noir, révèlent une vision crépusculaire.

Du lundi 4 avril 2011 au samedi 11 juin 2011

Sabrina Biancuzzi "Le Crissement du Temps"

Centre Iris 236 rue St Martin 75003 Paris

Entrée libre.

dimanche 17 avril 2011

Les chaussons rouges de Mickael Powell

Dan un entretien Darren Aronofsky, le réalisateur de Black Swan, signale avoir été inspiré par "Les Chaussons rouges" et "Les Contes d’Hoffmann" de Michael Powell et Emeric Pressburger avant de travailler sur son sujet. Comme signalé dans le billet d'hier, Coppola à incorporé des esxtraits des "Contes" dans Tetro et "Les chaussons rouges" (1948) sont cités dans un dialogue entre les deux frères. De quoi titiller mon imagination. Et la vôtre ?

samedi 16 avril 2011

Les contes d'Hoffmann de Mickael Powell

Je porte une affection particulière pour cet opéra fantastique de Jacques Offenbach. C'est à la lecture récente du film de Coppola "Tetro", où y sont incorporés des extraits, que j'ai découvert cette très belle adaption cinématographique des Contes d'Hoffmann portée à l'écran par Mickael Powell & Frédéric Presburger en1951 et disponible en DVD.

vendredi 15 avril 2011

La bite à Tintin

Je sais vous vous le demandiez toutes et tous, surtout Yvonne, fan de Tintin depuis toujours qui suspectait déjà des aventures érotiques de Tintin avec Bianca Castafiore, Nestor et Séraphin Lampion, comment est monté Tintin ? Eh bien voilà dévoilé le pot aux roses, ou le poteau rose (disons plutôt le petit piquet). Grâce à ce pastiche qui reprend toutes les cases et la mise de l'original ainsi que les dialogues à la seule différence que Tintin y est nu de bout en bout, si je puis dire. Et avouez que de découvrir un Tintin glabre comme un mignon d'Henri III est plutôt déçevant. Remarquez, avec l'interdiction du port du poil intégral dans notre exagone, voila Tintin tranquille.

jeudi 14 avril 2011

L'Afrique au crépuscule de Nick Brandt

Nick Brandt n’utilise pas de téléobjectif pour réaliser ses portraits, il s’approche au plus près des animaux en essayant d’obtenir leur confiance. Si vous aimez les images noir & blanc et que vous n’avez pas encore ce livre, je vous conseille de vous le procurer très rapidement.

Nick Brandt a exposé ses photographies dans le monde entier et plus particulièrement à Londres, Berlin, Hambourg, Los Angeles, San Francisco, Santa Fe et New York. Né en Angleterre, où il a grandi, il vit aujourd’hui à Topanga Canyon en Californie, avec sa femme Orla et toute une ménagerie d’animaux adoptés.

Nick Brandt, l'Afrique au Crépuscule, ed de la Martinière.

pour faire plus ample connaissance, voir son site : Nick Brandt ((lien)

mercredi 13 avril 2011

Calvin Russell Hommage

Une silhouette de desperado rebelle aux ongles noircis parcourant les routes poussiéreuses des Etats-Unis, sa guitare et ses nombreux tatouages pour seule compagnie. Un homme revenu de tout, chez qui la moindre phrase bateau devient une leçon de vie définitive, d'une profondeur insondable.
Calvin, le bluesman texan, c'était avant tout une gueule. Un long corps décharné grêlé de dessins, un visage émacié et creusé par les abus. Et des yeux verts d'une profondeur immense. Un corps portant les stigmates d'un passé houleux et une voix rauque pestant volontiers contre les Républicains, Georges Bush et la police.
Il est né un soir d'Halloween, en 1948, et devient guitariste des Cavemen à 13 ans. Adolescent, de petits vols l'envoient directement en prison. Son compagnon de cellule est un septuagénaire, condamné à la détention à vie pour sept petits larcins. «Là-bas, au Texas, ils considèrent que tu n'as que sept chances. Sept erreurs, et ta vie est finie», racontait-il en 2008. À Sam, mort derrière les barreaux il y a quelques années, il dédiera un album et un morceau.

mardi 12 avril 2011

Les clochers de Martinville

"Seuls, s'élevant du niveau de la plaine et comme perdus en rase campagne, montaient vers le ciel les deux clochers de Martinville. Bientôt nous en vîmes trois: venant se placer en face d'eux par une volte hardie, un clocher retardataire, celui de Vieuxvicq, les avait rejoints. Les minutes passaient, nous allions vite et pourtant les trois clochers étaient toujours au loin devant nous, comme trois oiseaux posés sur la plaine, immobiles et qu'on distingue au soleil. Puis le clocher de Vieuxvicq s'écarta, prit ses distances, et les clochers de Martinville restèrent seuls, éclairés par la lumière du couchant que même à cette distance, sur leurs pentes, je voyais jouer et sourire. Nous avions été si longs à nous rapprocher d'eux, que je pensais au temps qu'il faudrait encore pour les atteindre quand, tout d'un coup, la voiture ayant tourné, elle nous déposa à leurs pieds; et ils s'étaient jetés si rudement au-devant d'elle, qu'on n'eut que le temps d'arrêter pour ne pas se heurter au porche. Nous poursuivîmes notre route; nous avions déjà quitté Martinville depuis un peu de temps et le village après nous avoir accompagnés quelques secondes avait disparu, que restés seuls à l'horizon à nous regarder fuir, ses clochers et celui de Vieuxvicq agitaient encore en signe d'adieu leurs cimes ensoleillées. Parfois l'un s'effaçait pour que les deux autres pussent nous apercevoir un instant encore; mais la route changea de direction, ils virèrent dans la lumière comme trois pivots d'or et disparurent à mes yeux. Mais, un peu plus tard, comme nous étions déjà près de Combray, le soleil étant maintenant couché, je les aperçus une dernière fois de très loin qui n'étaient plus que comme trois fleurs peintes sur le ciel au-dessus de la ligne basse des champs. Ils me faisaient penser aussi aux trois jeunes filles d'une légende, abandonnées dans une solitude où tombait déjà l'obscurité; et tandis que nous nous éloignions au galop, je les vis timidement chercher leur chemin et après quelques gauches trébuchements de leurs nobles silhouettes, se serrer les uns contre les autres, glisser l'un derrière l'autre, ne plus faire sur le ciel encore rose qu'une seule forme noire, charmante et résignée, et s'effacer dans la nuit."

Marcel Proust, du Côté de chez Swann, Combray.

lundi 11 avril 2011

Le Cri du Peuple, Jacques Tardi & Jean Vautrin

Les Canons du 18 mars
Ces premières modulations du "Cri du peuple", qui promet d'être tonitruant, ont déjà été largement récompensées: Les canons du 18 mars ont remporté le Prix Alph-Art du dessin et le Prix Alph-Art du public au festival d'Angoulême 2002. Le récit s'ouvre à l'aube de la Commune de Paris, alors que monte la rumeur de la révolte et de l'espoir du peuple. Le cadavre d'une femme, serrant dans sa main un œil de verre portant le numéro 13, est découvert dans la Seine. Les polices secrètes mènent l'enquête tout en se livrant une guerre sans merci. Dans cette atmosphère survoltée et confuse, les protagonistes vont au-devant de leurs destins respectifs : Grondin a fait 20 ans de bagne et cherche celui dont il croit avoir endossé le crime. Théophile Mirecourt, le photographe, officie sur les barricades pour Le Cri du Peuple, le journal de Jules Vallès. Il se lie d'amitié avec le Capitaine Tarpagnan, qui lui-même risquera sa vie en tombant amoureux de “CafConc“, une belle aperçue le temps d'un mouvement de foule… Ainsi une multitude de personnages se croisent, se cherchent, s'affrontent ou s'évitent, leurs destinées se mêlent et peu à peu l'intrigue se noue sur fond de barricades, au son des chants révolutionnaires et des cris de tous les Gavroches.
L’ Espoir assassiné
Antoine Tarpagnan a décidé de venir chercher la belle Caf'Conc', et tant pis si La Joncaille et ses gars rappliquent et cherchent à faire du grabuge. Dans la fièvre communarde de Paris, toutes les passions se déchaînent. Cette fois, Antoine aura bien de la veine s'il réussit à s'en sortir vivant. Heureusement, ça se sait qu'il a viré communard, alors il y en a qui lui filent un coup de main. Grondin, blessé et convalescent, attend lui aussi son heure pour faire la peau à Tarpagnan… Pendant ce temps, la Commune se fait, l'Histoire avance. Ce deuxième tome, très attendu, n'a franchement rien à envier au premier: un argot pur et dur, haut en couleurs, débité par des personnages rocambolesques. La gouaille et le talent sans conteste des auteurs laissent plein d'admiration, presque sans voix. Merci à eux : "Le Cri du Peuple" est un véritable chef d'œuvre.Les canons du 18 mars, premier titre de la série, a reçu l’Alphart du public et l’Alphart du dessin à Angoulême en janvier 2002.
Les Heures sanglantes
Paris 1870. La Commune est réprimée dans le sang par les armées de Thiers. Les héros de Tardi et Vautrin affrontent leur destin, avec pour décors l'une des pages les plus sombres de l'Histoire de France. Ce troisième tome du cycle ”Le Cri du peuple”, entamé en 2001 par Tardi, sera suivi d’un quatrième album. Cette série a été unanimement saluée par la critique et le public, le premier tome, Les Canons du 18 mars, ayant reçu l'Alphart du public et l'Alphart du dessin au festival d'Angoulême 2002.
Le Testament des ruines
Polar, émotions fortes et intrigues rocambolesques sur fond d’Histoire en marche : tel est le grand œuvre mis en chantier par Tardi avec cette adaptation du roman de Jean Vautrin. L’occasion bien sûr de retracer l’extraordinaire et sanglante histoire de la Commune de Paris – ces quelques semaines au cours desquelles tout un peuple entreprit de vivre l’utopie sans attendre. Mêlant figures historiques et personnages de fiction, Tardi donne de ce moment fondateur de notre histoire récente une fresque somptueuse et sombre, au format cinémascope. Inoubliable. Fin mai 1871. C’est la semaine sanglante, la Commune de Paris vit ses derniers jours. on incendie nombre de grands monuments de la ville, on fusille des otages aussi. Le sang appelle le sang, les derniers feux de l’utopie s’éteignent dans la tuerie générale...

dimanche 10 avril 2011

Le pensionnat d'Oliver Twist savegardé

L'un des personnages principaux du roman Oliver Twist reste l'établissement où se retrouvent les jeunes orphelins. Une pension où Oliver mangeait un gruau, finalement bien plus nourrissant que ne l'avait laissé entendre Dickens. " Des scientifiques et des diététiciens se sont penchés sur sa composition, pour constater qu'il contenait de l'avoine et des morceaux de pain. Pas vraiment un repas de fêtes, mais en tout cas, suffisamment pour aider à la croissance d'un enfant de neuf ans... " Cette fameuse pension n'en demeure pas moins un établissement inquiétant et sordide pour un orphelin et comme pour venger Oliver, voici que le véritable édifice qui a inspiré Dickens, était promis à la destruction. Situé sur Cleveland Street, à Londres, il avait été mis en vente par le ministère de la Culture, des Médias et du Sport. Dickens, avait vécu à une centaine de mètres de l'endroit, fondé en 1775. La décision de destruction a finalement été stoppée suite à l'intervention massive de plusieurs associations littéraires et même historiques, ces dernières considérant que l'immeuble avait une architecture nécessitant d'être préservée. À cette fin, il a été classé dans le patrimoine historique de la ville. Et surtout pas démolie pour être remplacée. Le réaménagement a été validé et le ministère autorisera désormais des travaux, pour rendre l'édifice conforme aux normes actuelles.

vendredi 8 avril 2011

Van Dongen

L’exposition rassemble environ 90 peintures, dessins et un ensemble de céramiques, de 1895 au début des années trente. Les multiples facettes du personnage sont ici restituées : peintre hollandais prompt à la caricature et à la dénonciation sociale, artiste d’avant-garde et figure du fauvisme, devenu une des grandes figures de la scène parisienne des années folles. Van Dongen au Musée d'art moderne de la ville de Paris 25 mars au 17 juillet 2011

jeudi 7 avril 2011

Olivier Culmann

Olivier Culmann photographie les spectateurs du monde. Le contre-champ est sa position d'observateur. En fixant les gens regardants, il s'interroge sur les écrans, réels ou mentaux, qui se glissent entre eux et leur perception du réel. Du 1er avril au 11 juin 2011 au Pavillon Carré de Baudouin
121, rue de Ménilmontant - 75020 Paris
Plus d'infos sur la réalisation d'une exposition : pictoculture@picto.fr

mercredi 6 avril 2011

Umberto Eco Le Cimetière de Prague

Umberto Eco Le Cimetière de Prague Traduit de l’italien par Jean-Noël Schifano. Grasset, 580 pp., 23 €. Diplômé en philosophie à l'Université de Turin, Umberto Eco est devenu un pionnier des recherches en sémiotique (La Structure absente, 1968, Trattato di semiotica generale, 1975, il développe une théorie de la réception (Lector in fabula, Les limites de l'interprétation,) qui le place parmi les penseurs européens les plus importants de la fin du XXe siècle. Dans son premier roman, Le Nom de la rose (1980) Umberto Eco met en application ses concepts sémiologiques et ses théories du langage, ceux-là mêmes qu'il enseigne à Turin. Son deuxième roman, Le Pendule de Foucault (1988) part à la découverte de symboles énigmatiques ou prophétiques, à rebours de la dénonciation de l'ésotérisme qui est pourtant le propos de l'auteur, mais celui-ci démontre par la même occasion que le lecteur est libre de ses interprétations (théorie qu'Eco continue de développer dans ses œuvres théoriques sur la réception, Les Limites de l'interprétation en 1990). Le livre tourne d'ailleurs en ridicule l'interprétation à outrance des faits avérés ou légendaires de l'histoire, en tirant avec un égal succès des dimensions d'un simple kiosque à journaux le même genre d'informations de portée cosmique que certains se croient fondés à lire dans celles de la pyramide de Khéops. Avec le cimetière de Prague, ce grand amateur d'érudition badine et de pirouettes savantes vient de signer son livre le plus sulfureux, un roman historique aux allures de messe noire et de sabbat satanique, avec une construction qui s'inspire très directement - iconographie à l'appui - des feuilletons et des sagas à épisodes chers à Alexandre Dumas ou à Eugène Sue : un remake du Juif errant dont les personnages ont tous bel et bien existé, sauf le héros, l'horrible Simon Simonini. "J'ai voulu qu'il soit le plus cynique et le plus exécrable de toute l'histoire de la littérature", écrit Eco à propos de ce Lucifer piémontais exilé en France, dont nous découvrons avec stupeur le journal intime, rédigé à Paris entre mars 1897 et décembre 1898. Petit-fils d'un propagandiste de l'antisémitisme, misogyne forcené, faussaire, conspirateur, espion à la solde des crapules, sorte de Fantômas à l'identité variable - il se réincarne parfois dans la soutane d'un curé nommé Dalla Piccola - Simon Simonini va multiplier les bassesses tout en croisant Garibaldi et Dreyfus, Charcot et un certain "Dr Froïde", les communards et les Carbonari, une armada de spirites et de charlatans, Drumont, Dumas, Monet et même Proust - "Une tapette de 25 ans, auteur d'écrits heureusement inédits." Entre Turin, la Sicile et Paris, l'antihéros du Cimetière de Prague sera mêlé aux plus folles machinations et autres complots de son époque avec, en guise de bréviaire, une triple haine : contre les jésuites - "les poulpes du Seigneur" - contre les francs-maçons et, surtout, contre les juifs. Et Eco en rajoute une couche en imaginant que Simon Simonini fut l'inventeur des Protocoles des sages de Sion, un faux bidouillé de toutes pièces en 1901 pour faire croire que les juifs allaient se liguer afin de détruire la chrétienté et de dominer le monde... On peut difficilement aller plus loin dans la peinture de la déraison et de la monstruosité, ce qui explique sans doute la polémique dont Eco a été victime en Italie, où il a été accusé d'antisémitisme par plusieurs journaux : on lui a reproché d'être complaisant à l'égard de son personnage, de donner de la vraisemblance à cette hypothèse d'un complot juif et de prêter sa plume à ce qu'il prétendait réfuter. A quoi l'auteur du Nom de la rose a répondu que le romancier avait tous les droits et qu'il n'avait eu qu'un seul but en écrivant ce Cimetière de Prague : "Comprendre comment fonctionne le mécanisme de la haine." C’est avec ce sujet, très actuel et très dangereux, que Umberto Eco joue, entre délits, assassins, femmes possédées du démon et érotiques, maîtres chanteurs cyniques, spécialistes en explosifs, grands scénarios politiques. Celui qui hait les juifs, les francs-maçons ou les jésuites, trouve de la jouissance à lire les propos de certains personnages ; celui qui comprend la vraie position de l’auteur, lui, jouit pour cette raison. Le jeu de l’ambiguïté, du divertissement (comme si nous pouvions vraiment être au-dessus et en dehors de tout cet embrouillamini répugnant) attire le lecteur que nous avons mentionné plus haut, et l’attire à juste titre. Après tout, quels auteurs italiens sont capables d’aborder ces sujets aujourd’hui, sans tomber dans la rhétorique ou dans le mensonge, dans l’insincérité ? Quant au titre, Le Cimetière de Prague, allusion au lieu où se serait produite la rencontre (née de l’imagination d’un écrivain raciste stipendié) entre douze rabbins du monde entier, afin d’ourdir une conjuration planétaire visant au pouvoir sur tous, on peut dire qu’il est très bien trouvé. Prague aussi attire, et à juste titre.

mardi 5 avril 2011

dimanche 3 avril 2011

RENAISSANCE DU CINÉMA POLITIQUE

....à propos du film de Peter Watkins La Commune (1999) par Philippe Lafosse, Le Monde Diplomatique (2000)
Peter Watkins filme la Commune « Aujourd’hui, un réalisateur qui refuse de se soumettre à l’idéologie de la culture de masse, fondée sur le mépris du public, et ne veut pas adopter un montage frénétique fait de structures narratives simplistes, de violence, de bruit, d’actions incessantes, bref, qui refuse la forme unique, ou ce que j’appelle la "monoforme", ce réalisateur ne peut tourner dans des conditions décentes. C’est impossible. » Celui qui parle ainsi est Peter Watkins (né en 1937), cinéaste anglais, l’un des plus grands réalisateurs vivants qui, bien qu’il tourne depuis plus de trente-cinq ans, éprouve les plus grandes difficultés à mener à bien ses projets depuis le milieu des années 70. « Plus que des difficultés, précise-t-il. Depuis 1976, date à laquelle mon dernier film [Edvard Munch] a été produit professionnellement, il m’est impossible de trouver normalement des fonds, à tel point que beaucoup de gens pensent que je suis mort ». Pourtant, ceux qui ont eu la chance de voir ses longs-métrages - iconoclastes, critiques, complexes, rebelles - ne les oublient pas de sitôt. « Les producteurs consacrent désormais l’argent, en priorité, au divertissement. Tout créateur choisissant une direction autre, alternative, est complètement marginalisé. La répression, tout comme la violence des médias, est institutionnalisée. » Peter Watkins vient de terminer La Commune, tourné en studio à Montreuil, aux portes de Paris, avec plus de deux cents comédiens, dont pour partie des non-professionnels. Le film a été produit essentiellement par 13 Production, société marseillaise, La Sept-Arte et le Musée d’Orsay. Budget total : un peu plus de 7 millions de francs. Avant de repartir à Vilnius (Lituanie), où il habite désormais, l’auteur de War Game (La Bombe, 1965), de Privilège (1967), de The Gladiators (Les Gladiateurs, 1969) et de Punishment Park (1970), laisse ainsi derrière lui un nouveau long-métrage sur la parole populaire, le pouvoir et la contestation. Un film politique qui en appelle au collectif, à la réflexion et à l’action. C’est en décembre 1965 que l’Angleterre découvre Peter Watkins. Il a alors vingt-huit ans, et la télévision l’a engagé l’année précédente ; BBC1 diffuse un film sur la bataille qui, le 16 avril 1746, opposa, à Culloden, les troupes de l’Ecossais Charles Edward Stuart à celles du duc de Cumberland. Ce qui aurait pu n’être qu’un documentaire pétri d’histoire se révèle une charge contre l’impérialisme aux résonances d’autant plus contemporaines que la facture n’a, elle non plus, rien de classique : un reporter télé ayant été projeté en plein XVIIIe siècle et s’entretenant avec les acteurs de cette bataille. L’année suivante, dans son nouveau film The War Game (La Bombe), brûlot pacifiste et antinucléaire - toujours pour la BBC -, Peter Watkins « reconstitue sous nos yeux ce que serait cette apocalypse qui ne détruirait pas seulement notre passé et notre présent mais qui, en plus, minera pour très longtemps l’avenir des hommes (1) ». Il y dénonce l’absence de débat sur l’arsenal nucléaire et la désinformation. Les détracteurs de Watkins se déchaînent contre lui et le film sera interdit à la télévision. Punishment Park, tourné en 1970 aux Etats-Unis, fustige une Amérique violente bafouant les droits humains, où les contestataires sont considérés comme des « criminels politiques ». Le film puise sa force, là encore, de l’effet de réel qui s’en dégage : il sera retiré de l’affiche quatre jours après sa sortie à New York... Un spectateur non averti aurait pu croire qu’avec Edvard Munch, tourné en 1976, les choses allaient s’arranger... Ce film remarquable mêle avec justesse intime et social ; il reste l’une des plus intelligentes et des plus fortes biographies d’artiste jamais réalisées. Il sera pourtant très mal distribué et demeure pratiquement invisible. Un sort encore pire sera réservé à The Journey (Le Voyage), film de quatorze heures qui écoute la parole de « gens ordinaires » rencontrés dans douze pays entre 1983 et 1986 : aucune chaîne ne s’y inté ressera. Quant à The Freethinker (Le Libre-Penseur), une biographie du dramaturge August Strindberg et de sa femme, l’actrice Siri von Essen, réalisé entre 1992 et 1994, qui l’a vu ? Toutefois, Peter Watkins ne renonce pas : « La société norvégienne qui essaie d’écraser Munch est comme la société suédoise qui veut écraser Strindberg : c’est notre société qui veut brimer ceux qui cherchent à s’exprimer, où que ce soit et de quelque façon que ce soit. Il n’y a pas le passé seulement, un passé figé sans rapport avec aujourd’hui. Culloden ou Munch, c’est à la fois le passé, le présent et l’avenir. C’est pourquoi je mélange, je fais des liens. Parler d’hier, c’est parler d’aujourd’hui. C’est pareil pour La Commune. L’idée que nous nous faisons du temps est souvent très conventionnelle. » Même s’il dit que La Commune est peut-être son dernier film - il n’a pu concrétiser son projet que grâce à une « opportunité inespérée » : l’accord de Thierry Garrel à La Sept-Arte et l’appui convaincu de Paul Saadoun, directeur de 13 Production -, Peter Watkins n’abdique pas. Et il parle. Contre toute uniformisation de la pensée, contre les médias traditionnels, il dépose avec apprêt ses mots chargés de l’ineffable accent des gentlemen britanniques. « La télévision a imposé des structures narratives totalitaires à la société sans que nul ait eu le temps de réagir, à cause de sa rapidité, de son arrogance et de son côté mystérieux. C’est ça, la "monoforme" : un torrent d’images et de sons, assemblés et montés de façon rapide et dense, une structure fragmentée mais qui donne l’impression d’être lisse. » C’est ce mélange fluide et nauséeux qu’on trouve aussi bien dans les soap operas, les séries policières ou les actualités télévisées. « En dépit des apparences, souligne le réalisateur, la "monoforme" est rigide et contrôlée, elle ignore les possibilités immenses et sans limites du public que les médias estiment immature. » Ce qui est en jeu, tous les films de Peter Watkins s’attachent à le démontrer, c’est le contrôle social et la mainmise du pouvoir. « Les professionnels des médias ont un rôle-clé dans la maintenance des systèmes autoritaires et dans l’escalade des violences physiques, sexuelles et morales. » La télé vision aurait pu être autre chose, un véritable moyen démocratique de communication et d’interaction. « Mais elle est entre les mains d’une élite de puissants courtiers, de magnats, de cadres, de responsables de programmes et de producteurs, qui disposent d’un pouvoir colossal et qui imposent partout leur idéologie mondialiste et commerciale, cruelle et cynique, et refusent, bien entendu, de partager ce pouvoir. Ils veulent être tranquilles pour manipuler les esprits... Partout, ce sont désormais les mêmes images, le même refus de développer une responsabilité, une relation intelligente avec la communauté. » Pour accompagner la pensée unique aurait ainsi été créée l’image unique. Une image intolérante et antidémocratique, qui s’emploie à faire percevoir le public « non comme composé d’individus complexes, poursuit Peter Watkins, mais comme un méga-bloc d’humanité, cible parfaite des publicitaires et des programmateurs obsédés par l’Audimat, cible parfaite pour le capitalisme et l’économie de marché ». Une image et une culture dites « populaires », « mais qui, en réalité, ne sont qu’artificielles et n’ont rien à voir avec le peuple ». Une culture ayant le peuple pour fantasme. Une machine à décerveler Qui est responsable ? Sans hésitation, Peter Watkins répond : la télévision. « Si la télévision avait pris ue direction différente durant les années 60 et 70, la société serait aujourd’hui beaucoup plus humaine et juste, cela ne fait aucun doute pour moi. Les effets des mass media audiovisuels sont énormes, et souvent dévastateurs, d’autant plus que nous n’avons pas voulu en tenir compte et que les systèmes éducatifs n’ont pas rempli leur fonction. La culture de masse qui a été imposée, vulgaire, étroite et brutale, faite de simplisme et de voyeurisme, regorgeant de stéréotypes sexistes et chauvins, vouée au culte de l’argent, doit être tenue pour responsable de bon nombre de désastres. L’impact social de la "monoforme" est dévastateur. » La Commune,c’est pour Peter Watkins une manière de s’opposer à la machine à décerveler. Le film commence par un plan-séquence faisant découvrir le lieu du tournage après la dernière scène, informant que le film a été tourné pendant treize jours en plans-séquences, puis les acteurs se présentent et présentent leur personnage. Nous sommes à la fois en mars 1871 et aujourd’hui. « Nous vous demandons d’imaginer le 18 mars 1871 », est-il signifié ; les regards caméra fusent, comme dans un reportage. On découvre bientôt deux journalistes d’une télévision locale... Le dispositif de tournage, le système de fabrication et le procédé de narration sont explicites. Tout au long du film, par l’artifice, le public est sans cesse renvoyé à sa condition de spectateur, et donc à son sens critique. « J’espère,martèle Peter Watkins, que La Commune sera un outil d’apprentissage pouvant aider à disséquer et à mettre en cause les conventions du cinéma et de la télévision. Ainsi, les textes des cartons, les intertitres, comme ma détermination à ne pas respecter une durée préétablie indépendamment du sujet, sont là pour défier le mécanisme des médias audiovisuels. » Le pari de La Communeest de filmer d’abord des idées, d’incarner de la pensée, en montrant les mécanismes de matérialisation des idées, comment les idées deviennent actes. En résulte un film sur l’idée de la Commune, sur cette idée toujours vivante, où l’on voit le soulèvement parisien non comme un échec mais comme le début d’une réflexion, le commencement d’une conception de la solidarité et de l’engagement. Avec de nombreux parallèles avec notre époque : le racisme, la place et le rôle des femmes, l’inégalité des richesses, la mondialisation, la censure, la faillite de l’école... Il ne faut pas aller voir ce film pour y rencontrer les têtes d’affiche d’alors, les Louise Michel, Jules Vallès et autres insurgés : ce n’est pas le sujet. Tout en étant mû par un grand souci d’exac titude historique, le projet, parce qu’il est protéiforme, est hautement plus ambitieux. C’est la parole populaire, la naissance de cette parole, et la démocratie à l’aube du XXIe siècle. C’est, également, la difficile élaboration d’un discours et d’une démarche collective, car La Commune n’est pas non plus un panégyrique du premier pouvoir révolutionnaire prolétarien : tâtonnements, errements, divergences individuelles et conflits ne sont pas occultés. C’est, encore, la volonté de ne pas réaliser un film « en sens unique » et de repousser les frontières habituelles entre le public et les médias, même si, vigilant, le réalisateur confie qu’il a « conscience de ne pas avoir évité tous les pièges » . « Ce film permet de s’interroger sur cet outil qu’est la télévision, sur la part qu’il peut prendre dans l’intervent ionnisme social, commente le producteur Thierry Garrel. C’est un pavé dans le marigot de la production audio vi suelle. » Insoumis « work in progress » qui se déroule lentement (durant plus de cinq heures !) sous le signe tourmenté de l’espoir en davantage de démocratie. « La durée, affirme encore Thierry Garrel, n’est pas un problème quand le sujet le mérite. Nous sommes prêts à bousculer la grille d’une soirée (2)... » Quant au cinéma, le film, même dans une version plus courte, n’a pas encore trouvé de distributeur (3)... De Lituanie, Peter Watkins ne désarme pas : « C’est la démocratie qui est en jeu. Il faut que les formes alternatives soient reconnues. Il faut que l’enseignement des médias encourage la pensée critique plutôt que d’inciter à la continuation et à la reproduction bête et servile de ce qui existe. Mon film La Commune contribue à ce combat. Il encourage aussi à la lutte révolutionnaire qui est désormais indispensable en cette aurore du nouveau millénaire... »