jeudi 31 décembre 2009

Sur son 31...

Voici venir le réveillon du Nouvel an et je ne peux que vous conseillez de suivre les rudiments du savoir-vivre prodigués par Lewis Carroll.
"Au moment de passer à table, l’homme offrira son bras à la dame qu’il escorte; il n’est pas courant d’offrir les deux.
"On a sagement renoncé aujourd’hui à la coutume de prendre le potage dans l’assiette du voisin de son voisin, mais non point à celle de demander au maître de maison son avis sur le temps, immédiatement après le premier service.
"Se servir d’une fourchette pour le potage, signifiant du même coup à la maîtresse de maison qu’on réserve la cuillère pour la pièce du bœuf, est une pratique complètement discréditée.
"Pour les mets placés devant votre assiette, nul ne peut vous interdire d’y goûter, si vous en avez envie. Toutefois, dans toutes circonstances aussi délicates, conformez-vous à l’attitude de vos voisins.
"On a toujours le droit de demander de la compote d’artichaut avec du marcassin bouilli. Il est néanmoins des maisons où l’on n‘en trouvera pas.
"On peu toujours se servir de la dinde rôtie au moyen de deux fourchettes à découper. Mais la méthode manque d’élégance.
"Nous ne préconisons pas de manger le fromage en tenant un couteau et une fourchette d’une main, une cuillère et un verre à vin de l’autre. Le geste expose à une certaine gaucherie, que la pratique la plus intense reste impuissante à dissiper.
"En règle générale, évitez de donnez des coups de pied, sous la table, dans les tibias de votre vis-à-vis, à moins qu’il ne soit de vos intimes. La plaisanterie risquerait d’être mal interprétée, ce qui est toujours fâcheux.
"Plus que l’observation rigoureuse de l’étiquette, c’est le respect dont jouis son jeune âge, qui dicte la coutume de porter un toast au garçon de la maison, sitôt la nappe ôtée.

mercredi 30 décembre 2009

Un rêve de Noël.

Le soir de Noël, peu après minuit, Charles Lutwidge Dodgson me prit la main et m’entraîna à sa suite dans le monde qui est le sien. Je m’étonne encore qu’à mon âge cet univers me fut si mal connu. L’éternel enfant qui sommeille en moi ne s’en ai jamais préoccupé plus que cela jusqu’à cette nuit magique, comme le sont les nuit de Noël, ou Isabelle, au pied du sapin, le déposa à mon attention afin que je m’y plonge et y sombre corps et âme.
Cette nuit de Noël, je l’admets, fut d’ailleurs très agitée et mouvementée, non pas à cause des libations alcooliques mais celles bien plus enivrantes de mes lectures. Curieux destin que fut le mien, transporté soudainement à La Charse en Creuse au côté de Mrs. Cogsby, personne aimable, avenante et corpulente qui jardinait par un soir d’été et dont la physionomie ressemblait étrangement à celle de Rosiane, pourtant lasse et alitée, après un mois d'hôpital, dans la chambre voisine. Néanmoins je la retrouvais en excellente forme travaillant à l’entretien de son potager en compagnie d’amis auxquels elle faisait part de ses articles zoologiques sur les Elfes, le Lori, les poichons, la colombe à aile unique sans évoquer hélas, à ma grande tristesse, le Tamatave, dont elle nous avait pourtant vanté les mérites lors de son séjour à l’hôpital sous l’emprise de l’Acupan.
Et si Rosiane n’était autre que cette enfant, cette Alice que Charles Lutwidge Dodgson sous le pseudonyme de Lewis Carroll évoque tant ?
La séance de jardinage achevé, dans la maison sommes rentrés, prendre une bonne tasse de thé. Tout en dégustant le breuvage, l’œil sur la pendule franc comtoise je ne pouvais que penser à ce que Carroll écrivait : « Que vaut-il mieux : une pendule qui est à l’heure une fois l’an, ou bien une pendule qui l’est deux fois par jour ? « La deuxième, répondez-vous sans conteste, » Fort bien, ami lecteur. Faites attention maintenant. »
« J’ai deux pendules : l’une de marche pas du tout ; l’autre retarde d’une minute par jour ; laquelle choisiriez-vous ? « Celle qui retarde, répondez-vous, sans l’ombre d’un doute ». Réfléchissez à présent : celle qui retarde d’une minute par jour devra retardez de douze heures, soit sept cent vingt minutes, avant d’être à nouveau à l’heure. Par conséquent elle n’est à l’heure à chaque retour de l’heure indiquée, ce qui se produit deux fois par jour. Par conséquent elle n’est à l’heure qu’une fois tous les deux ans, alors que l’autre est évidemment à l’heure à chaque retour de l’heure indiquée, ce qui se produit deux fois par jour. »
Quand je sortis de ma léthargie et de la maison « c’était jour de pluie : quelle dégringolade. On eût dit qu’il tombait des pots de marmelade de fraise.» A mon réveil il faisait noir. Combien de temps étais-je resté assis à méditer ainsi sur le temps qui passe ? Ma chute dans le puits avait été si interminable ? J’allumais donc et sur un coin de table vis que les œuvres de Lewis Carroll restaient sages avec une marque page à m’attendre. Il était six heures du matin mais aussi jour férié. Alors je plongeais la tête sous la couette et la pièce dans l’obscurité pour faire avec Rosiane, le lapin blanc et le Tamatave une course à la comitarde échevelée.

mardi 29 décembre 2009

La femme des Sables de Abe Kôbô (1962)

Après le choc esthétique du film éponyme de Hiroshi Teshigahara dont nous avons parlé hier, je me suis précipité sur le roman de Kôbô Abe dont est il est tiré. Cette oeuvre se qualifie facilement de Kafkaïenne tant il y règne une atmosphère de folie, de logique déformée et de combat contre la fatalité. Mais au contraire des héros de Kafka, le héros d'Abé Kôbô trouve son épanouissement ultime dans ce combat et ouvre pour le lecteur des pistes de réflexions innombrables au travers de méditations et de recherches symbolistes extrêmement riches. Un homme dont on ne connaît pas le nom disparaît un jour dans la nature. Passionné par les insectes, il avait pris quelques jours de congé pour découvrir un spécimen rare vivant dans le désert. Mais bloqué à cause d'une tempête dans un petit village au fond des dunes, il n'en sortira plus jamais. Comme les autres habitants, il devient prisonnier de ce sable qui envahit tout, qui s'infiltre dans la moindre fissure, dans la moindre parcelle de la peau. Echoué dans une maisonnette avec une femme dont on ignore également l'identité mais qui assure le titre du livre puisqu'elle garante de la vie de son compagnon d'infortune, l'homme va lutter au départ de toutes ses forces contre ce sort qu'on lui impose et va tenter à plusieurs reprises de s'échapper mais en vain. Ce sable qu'il faut sans cesse combattre, sans cesse rejeter, est l'éternel vainqueur. Jour après jour, l'homme et la femme poussent le sable hors de leur maison, hors de leur intimité: cet esclavage de tous les instants est pourtant leur seule chance de survie. Le seul répit qu'ils peuvent s'accorder consiste en des petits biens matériels comme l'achat de journaux, d'une radio les maintenant en contact avec le monde extérieur. Lorsque la femme, enceinte, est conduite à l'hôpital, les villageois laissent une échelle, ce qui pourrait permettre à l'homme de partir. Mais il prétexte une découverte sur le sable dont il lui faut absolument faire part à la femme pour remettre à plus tard son projet d'évasion:"J'ai le temps. J'ai tout le temps..". L'exergue du livre éclaire alors sa fin :"évasion sans punition, évasion sans joie". En effet, ce qui maintenait l'homme en vie, son principal but était de planifier son départ. Or, si ce dernier devient possible par un recours extérieur, comment affronter un monde délaissé depuis des mois et pour lequel on est mort sans défi à relever qui prouverait au personnage son "humanité"? Mais ce qui rend ce livre réellement fascinant c'est bien l'absence totale de caractérisation des personnages. Etres sans identité puisque sans nom, au devenir dès lors interchangeable, l'homme et la femme évoluent sans même tisser de liens entre eux. Le lecteur est condamné à répéter en quelque sorte l'histoire de Polyphème puisque si on lui demande qui est la femme des sables, la réponse ne se fait pas attendre. Personne.
Kôbô Abe, né en 1924 à Tôkyô, passe son enfance en Mandchourie. Après avoir fait des études de médecine, il se consacre à la littérature. Son premier roman, Kabé (Les Murs), obtient en 1951 le prix Akutagawa, le plus grand prix littéraire japonais. Écrivain, mais aussi militant communiste, il participe au groupe Littérature populaire, organise un cercle littéraire dans un quartier d'usines et publie dans d'innombrables revues. En 1962, paraît La Femme des sables qui obtient en France le prix du Meilleur Livre étranger. Le romancier et dramaturge est mort à Tôkyô en 1993.

lundi 28 décembre 2009

Cinema de minuit : La femme des Sables (1964)

Jadis je fréquentais assidûment les salles obscures et comme tout bon cinéphile manquait rarement « Le Cinéma de Minuit » présenté par le talentueux Patrick Brion. C’était un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. C’était un temps où pour ne déranger personne, je m’installais dans la cuisine avec mon téléviseur portable doté d’un écran de 25cm de diagonale. Sans oublier le casque pourri aux cent mille nœuds et au cordon trop court. Mon cul sur une chaise raide et la tête dans le poste, je luttais désespérément en attendant la fin du journal de la nuit suivi des interminables pages de réclames. Le générique me tirait un temps de ma torpeur, avant de sombrer aux accents monocordes de la présentation du film par Patrick Brion que je « regardais d’une oreille distraite ».Le rituel était toujours le même. Je commençais à m’affaisser doucement sur ma chaise avant de carrément m’avachir. Puis m’accouder sur la table. Mon front se collait à l’écran pour ne pas s’écraser sur la table. Et mes yeux suivaient le sous titrage tel un balancier d’horlogerie. Si d’aventure je cherchais à me servir dans le frigo, le casque au fil trop court me rappelait à l’ordre et me défigurait. Je finissais la séance livide, épuisé mais heureux. Car mes plus grands bonheurs viennent de ces séances inoubliables.
Il y a des films que l'on quitte la gorge nouée. La Femme des sables est un film dont on sort le gosier sec après s'être aventuré dans le désert, jusqu'à plus soif.
Si le film a raflé en 1964 le Prix spécial du jury au Festival de Cannes, ce n'est sûrement pas pour sa grande quête d'abstraction. Mais parce qu'adapté de l'écrivain Abe Kobo, il se posait comme une parabole de l'aberration de toute trajectoire humaine, quelque part entre Beckett et Kafka. De fait, l'histoire de la Femme des sables tient un grain : un homme, dont le passe-temps favori est de photographier les insectes, marche dans le désert et se retrouve nez à nez avec des villageois qui lui offrent pour gîte une fosse à côté de la cabane d'une jeune veuve. L'endroit se trouve être, en fait, une poche ensablée, menacée en permanence d'être engloutie. Les habitants l'ont piégé là pour qu'il aide la femme à déblayer éternellement le sable. L'homme comprend qu'il va crever ici, comme un chien, à attendre sa ration d'eau hebdomadaire. Nulle humanité autour de lui, sinon cette assoiffée avec qui il va devoir passer le reste de sa vie.
un film génial au grand pouvoir d'attraction, en partie pour la précision malade de sa photographie, son travail en gros plan sur les textures de peau. Restent surtout ces cadrages insensés : grands plans lointains ou vision macro, ce sont des successions d'images qui n'ont volontairement plus de centre, ont perdu tout équilibre. Dans ses plus beaux moments, la Femme des sables est comme une estampe déboussolante.

dimanche 27 décembre 2009

Les scarabés décortiqués

Qu’est-ce à dire ? Qu’entends-je ? Qu’ouïe je ? Que lis-je ? Me serais-je fait refourguer un rossignol pour mon Noël 66 ? Abusé ainsi la jeunesse est une honte !!! J’étais jeune, innocent, naïf et crédule écoutant en boucle "Revolver" des Beatles sur l’unique haut-parleur à la membrane vacillante de mon électrophone, tandis que ma mère passait et repassait l’aspirateur Tornado dans un vacarme assourdissant, juste avant que je l’entende gueuler derrière la lourde : « Va me chercher une demi de beurre chez Ginette. T’en profiteras pour rapporter le panier de pinard à la mère Dallissier qu’attend après pour vaincre sa déprime.» Dix litrons de Vin des Rochers à se traîner pour deux balles la course et retrouver le bras de l’électrophone en bout de course avec un troupeau de moutons sous le saphir. Bêêêêê!!!!! Y'a pas de bê !Alors tu réessayes d'écouter les subtilités d'Eleanor Rigby, comme plsu tard celles de St Pepper's, avec l’aspirateur qui ronfle, la cocote minute qui chuinte, la machine à laver qui ronronne et l’appareillage Moulinex qui libère la femme sans oublier «Çà va bouillir» avec le grand Zappy Max à la T.S.F de la guerre. Et tout ça pour entendre ensuite gueuler dans un silence aussi soudain qu’oppressant « Tu vas m’arrêter ton crincrin et faire tes devoirs avant que ton père n’arrive !»
C’était ainsi qu’on écoutait les Beatles de mon temps. Et ce fut la même chose jusqu'à la fin du groupe. Et on en faisait pas tour un fromage avec des tripatouillages sonores pour écouter ce que personne n’avait jamais entendu, même pas les Beatles eux-mêmes !!! C'est dire.
Alors apprendre que des types ont mis quatre ans, en repartant des bandes originales toujours conservées à Abbey Road à te décortiquer les scarabées, comme des bouquets un soir de Noël, pour retirer les effets sonores laborieux, les sonneries de porte, les grincements de gonds, les pets de lapins, les baillements, la cocote qui chuinte, le lave linge qui ronflen la mère Dallisier qui tombe juste au-dessus, bourrée jusqu'à la glotte de Vin des Rochers et donner ainsi davantage de puissance au son, sans jamais altérer l’essence originale des titres – L'histoire ne dit pas si l'essence c'est du sans plomb 95 ou 98 -Tu m’étonnes, Simone. – Au mixer Moulinex à maman les Beatles pour une purée musicale spectaculaire. Vroum, vlan, pan, crac !
Tiens, les quatre premiers disques qu’étaient en mono, paraissent aujourd’hui pour la première fois en stéréo et pour les cons qu’aiment pas la séréo et préfère le pur jus, les albums suivants ont été, pour un second coffret intitulé The Beatles in Mono, remasterisés en version mono. Elle est pas belle la vie ?
Vous me direz cette nouveauté, mais c'est vieux comme le monde : « Le dix-neuvième siècle a produit une nouvelle école de musique, qui ressemble à peu près pour autant à la vraie musique que le hachis ou le ragoût du lundi au rôti du dimanche.
Bien entendu, nous voulons parler de la mode aujourd’hui répandue de diluer les œuvres d’anciens compositeurs dans une bouillon de variations modernes, de manière à satisfaire le goût affadi et dépravé de la génération actuelle. Certains baptisent cette invention « mise au goût du jour ». Dédaignant l’aimable proposition que fit Alexander Smith de « mettre notre époque en musique », ils veulent absolument mettre la musique au goût de l’époque. » Lewis Carroll.
Après avoir achetés les Beatles en 45t, en 33t mono, en 33t stéréo, en cassettes audio, en CD puis en CD Remasterisés, j’attends la renaissance du groupe avec les clones de John et Georges pour un concert unique de comme dans le temps à the Cavern de Lascaux remasterisée et un nouvel album pour 2010. Trop de la balle.
Et comme le souligne le dicton :
"Deux Beatles de mort, l'en reste deux encore !"

samedi 26 décembre 2009

Lewis Carroll

Connaissant mes amours pour la culture maraîchère, le Père Noël à mis les huit scaroles sous le sapin. 2000 pages de salades a déguster avec délice en compagnie d'Alice....
"Charles Dodgson passe son enfance dans le Yorkshire, entouré de ses frères et soeurs pour lesquels il aime créer des spectacles de marionnettes. Diplômé de mathématiques en 1854, il devient professeur à Oxford, au collègue Christ Church, en 1857. Au même moment, l'église anglicane l'ordonne diacre, et il s'engage à rester célibataire. Ses premières publications sont des ouvrages de mathématiques, mais très vite il écrit des nouvelles et des poèmes pour la revue The Train, en choisissant le pseudonyme de Lewis Carroll. "
"Alice au pays des merveilles est publié en 1865, et est inspiré par une Alice bien réelle, fille du doyen du collège où Dodgson enseigne. La toute première version est racontée aux trois fillettes Liddell lors d'un voyage en barque. Alice, fascinée, insiste pour que Dodgson en fasse un livre. L'histoire, surréaliste et farfelue, joue en permanence avec la logique et connaît instantanément le succès, tout comme De l'autre côté du miroir, en 1872 et la Chasse au Snark en 1876."
"Parallèlement, Dodgson découvre la photographie en 1856. Ses sujets préférés sont là encore des petites filles, qu'il aime déguiser avant d'en faire le portrait. On lui reproche régulièrement ces goûts un peu tendancieux, qui cadrent mal dans le puritanisme anglais. Il met un terme brutal à cette passion en 1881, et quitte au même moment l'enseignement. Il meurt à 66 ans des suites d'une pneumonie, dans sa famille, après avoir encore publié Sylvie et Bruno, roman en deux volumes et au succès nettement plus confidentiel."
"Considérées initialement destinées à la jeunesse, les œuvres de Carroll ont, depuis, su conquérir les grandes personnes qui ne cessent d'y découvrir des messages cachés."
Merci Père Noël.

vendredi 25 décembre 2009

Sémaphore de Noël

Position haute : tout est calme
Le 24 décembre vers 17h30, les voies d’accès aux deux extrémités de ma rue ont été bloquées par les forces de l’ordre afin de laisser passer le convoi officiel. Gyrophare et sirènes en action Rosiane est rentrée incognito suivie par les véhicules officiels, les véhicules de sécurité, les journalistes et les nombreux fans en Vespa, vélo, skate, planche à voile, patinette, skis nautiques, tapins à moulettes et tutti quanti, qui n’est autre qu’un petit véhicule italien absolument ridicule, mais là n’est pas notre propos.
Même en filtrant les entrées et en triant les cartons d’invitation, l’appartement est devenu trop étroit face à l’affluence. Faut dire aussi que Brice n’a rien trouvé de plus malin que convier tout le personnel de la place Beauvau. A croire que la démission soudaine de Rosiane de la BRB lui est restée sur l’estomac et qu’il n’a rien trouvé de mieux comme vacherie. Passons pour Bauveau. Mais pour les cirques Pinder et Bouglionne ce n’était pas prévu. Surtout avec les ménageries. Et l’autre con de la FEDT qui n’arrêtait pas de faire chier à me courir après pour que Rosiane signe un contrat en exclusivité. Comme si elle était en état pour une tournée internationale. Les cons. Comment ? FEDT ? Fédération des Eleveurs Dresseurs de Tamatave. Comme si nous avions que ça à foutre de dresser des Tamataves. Soudain, la colère m’a pris et je t’ai jeté tout le monde à la rue à grands coups de lattes dans le cul. BRB ou pas BRB. Pinder, Bouglionne, Zavatta, Gruss, Clowns Trapézistes, jongleurs et Tutti Quanti, cette petite voiture italienne absolument ridicule.
Une fois le calme revenu, nous avons pu réveillonner. Deux crevettes plus tard, j’ai tout de suite remarqué que le sémaphore portable de Rosiane lançait des appels de détresse. En position haute tout allait bien. En position basse nous l’avons glissé sous le sapin et nous avec en attendant le Père Noël qui ne vient jamais comme tout le monde.
Position basse : Alerte à Malibu

Joyeux Noël

Ah les bandes annonces originales. On n'y comprend rien, mais c'est comme les boules de neige dans la gueule, on en redemande.....

jeudi 24 décembre 2009

De Grandes Espérances (1861)

Dickens reste intimement lié à l’esprit de Noël et à ses enchantements. D’ailleurs Hollywood ne s’y est pas trompé en adaptant pour cette fin d’année «Un chant de Noël » sous le titre «Le drôle de Noël de Scrooge»
De la lecture lointaine d’un des romans de la maturité de Charles Dickens « De grandes espérances » me sont restés à jamais gravés en mémoire deux personnages qui joueront l’un et l’autre un rôle crucial dans la vie du narrateur le jeune Pip : celui du bagnard évadé Magwitch qui ouvre les premières pages du roman et surtout celui de Miss Havisham …
A moins que ma mémoire ne m’abuse. Car encore une fois, le cinéma à joué un rôle déterminant dans le choix de mes lectures futures. Avouons aussi, que ce soit pour Olivier Twist ou Les Grandes Espérances, les adaptations qu’en a tiré David Lean sont absolument savoureuses et très proches de l’univers littéraire de Dickens.
« Notre pays est une contrée marécageuse, située à vingt milles de la mer, près de la rivière qui y conduit en serpentant. La première impression que j'éprouvai de l'existence des choses extérieures semble m'être venue par une mémorable après-midi, froide, tirant vers le soir. A ce moment, je devinai que ce lieu glacé, envahi par les orties, était le cimetière (…) ce grand désert plat, au delà du cimetière, entrecoupé de murailles, de fossés, et de portes, avec des bestiaux qui y paissaient çà et là, se composait de marais ; que cette petite ligne de plomb plus loin était la rivière, et que cette vaste étendue, plus éloignée encore, et d'où nous venait le vent, était la mer ; et ce petit amas de chairs tremblantes effrayé de tout cela et commençant à crier, était Pip.(…)
Les marais formaient alors une longue ligne noire horizontale, la rivière formait une autre ligne un peu moins large et moins noire, les nuages, eux, formaient de longues lignes rouges et noires, entremêlées et menaçantes. Sur le bord de la rivière, je distinguais à peine les deux seuls objets noirs qui se détachaient dans toute la perspective qui s'étendait devant moi : l'un était le fanal destiné à guider les matelots, ressemblant assez à un casque sans houppe placé sur une perche, et qui était fort laid vu de près ; l'autre, un gibet, avec ses chaînes pendantes, auquel on avait jadis pendu un pirate. L'homme, qui s'avançait en boitant vers ce dernier objet, semblait être le pirate revenu à la vie, et allant se raccrocher et se reprendre lui-même. Cette pensée me donna un terrible moment de vertige ; et, en voyant les bestiaux lever leurs têtes vers lui, je me demandais s'ils ne pensaient pas comme moi. Je regardais autour de moi pour voir si je n'apercevais pas l'horrible jeune homme, je n'en vis pas la moindre trace; mais la frayeur me reprit tellement, que je courus à la maison sans m'arrêter. »
Elevé, à la mort de ses parents par sa sœur, Pip semble promis à l'existence obscure d'un jeune villageois sans fortune. Dès les premières pages, le destin de Pip bascule lorsqu'il se voit obligé d'aider un forçat évadé, Abel Magwitch, à se libérer de ses chaînes. Puis son existence est bouleversée une seconde fois quand il fait la connaissance de l'étrange Miss Havisham, qui vit recluse dans son manoir de Satis House en compagnie de sa fille adoptive, Estella, au nom prédestiné, dont la froide beauté exalte et désespère tout à la fois le jeune garçon.

Pip & Estella

Lorsqu'une série de circonstances exceptionnelles permet à Pip de recevoir l'éducation d'un gentilhomme et d'espérer entrer en possession d'une immense fortune (l'expression « grandes espérances » désigne une promesse d'héritage), le jeune homme y voit l'occasion rêvée de conquérir l'inaccessible Estella. Pip se rend donc à Londres et oublie ses anciens amis. Surtout, au fil des années, il renie le milieu modeste dont il est issu. Enfin, lorsqu'il découvre l'identité du mystérieux bienfaiteur à qui il doit tous les changements survenus dans sa vie, ses illusions s'évanouissent, de même que ses « espérances ». C'est en adulte, formé par l'expérience, qu'il reprend le chemin de son village et de Satis House.

Pip & Miss Havisham Le thème du temps, peut-être plus qu'ailleurs dans l'univers romanesque de Dickens, intervient constamment au long du récit. Il est symbolisé d'abord par le personnage de Magwitch, le forçat évadé qui vient réclamer justice, mais aussi, d'une manière spectaculaire, par l'omniprésence de Miss Havisham, l'éternelle fiancée éternellement vêtue de sa robe de mariée, qui arrêta jadis toutes les horloges de sa demeure et appartient désormais aux grands mythes populaires de la littérature britannique.

"J'entrai donc, et je me trouvai dans une chambre assez vaste, éclairée par des bougies, car pas le moindre rayon de soleil n'y pénétrait. C'était un cabinet de toilette, à en juger par les meubles, quoique la forme et l'usage de la plupart d'entre eux me fussent inconnus ; mais je remarquai surtout une table drapée, surmontée d'un miroir doré, que je pensai, à première vue devoir être la toilette d'une grande dame. Je n'aurais peut-être pas fait cette réflexion sitôt, si dès en entrant, je n'avais vu, en effet, une belle dame assise à cette toilette, mais je ne saurais le dire. Dans un fauteuil, le coude appuyé sur cette table et la tête penchée sur sa main, était assise la femme la plus singulière que j'eusse jamais vue et que je verrai jamais. Elle portait de riches atours, dentelles, satins et soies, le tout blanc ; ses souliers mêmes étaient blancs. Un long voile blanc tombait de ses cheveux ; elle avait sur la tête une couronne de mariée ; mais ses cheveux étaient tout blancs. De beaux diamants étincelaient à ses mains et autour de son cou et quelques autres étaient restés sur la table. Des habits moins somptueux que ceux qu'elle portait étaient à demi sortis d'un coffre et éparpillés alentour. Elle n'avait pas entièrement terminé sa toilette, car elle n'avait chaussé qu'un soulier ; l'autre était sur la table près de sa main, son voile n'était posé qu'à demi ; elle n'avait encore ni sa montre ni sa chaîne, et quelques dentelles, qui devaient orner son sein, étaient avec ses bijoux, son mouchoir, ses gants, quelques fleurs et un livre de prières, confusément entassées autour du miroir. Ce ne fut pas dans le premier moment que je vis toutes ces choses, quoique j'en visse plus au premier abord qu'on ne pourrait le supposer. Mais je vis bien vite que tout ce qui me paraissait d'une blancheur extrême, ne l'était plus depuis longtemps ; cela avait perdu tout son lustre, et était fané et jauni. Je vis que dans sa robe nuptiale, la fiancée était flétrie, comme ses vêtements, comme ses fleurs, et qu'elle n'avait conservé rien de brillant que ses yeux caves. On voyait que ces vêtements avaient autrefois recouvert les formes gracieuses d'une jeune femme, et que le corps sur lequel ils flottaient maintenant s'était réduit, et n'avait plus que la peau et les os. J'avais vu autrefois à la foire une figure de cire représentant je ne sais plus quel personnage impassible, exposé après sa mort. Dans une autre occasion, j'avais été voir, à la vieille église de nos marais, un squelette couvert de riches vêtements qu'on venait de découvrir sous le pavé de l'église. En ce moment, la figure de cire et le squelette me semblaient avoir des yeux noirs qu'ils remuaient en me regardant. J'aurais crié si j'avais pu."

mercredi 23 décembre 2009

Cinéma de Minuit : Onibaba (1964)

Jadis je fréquentais assidûment les salles obscures et comme tout bon cinéphile manquait rarement « Le Cinéma de Minuit » présenté par le talentueux Patrick Brion. C’était un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. C’était un temps où pour ne déranger personne, je m’installais dans la cuisine avec mon téléviseur portable doté d’un écran de 25cm de diagonale. Sans oublier le casque pourri aux cent mille nœuds et au cordon trop court. Mon cul sur une chaise raide et la tête dans le poste, je luttais désespérément en attendant la fin du journal de la nuit suivi des interminables pages de réclames. Le générique me tirait un temps de ma torpeur, avant de sombrer aux accents monocordes de la présentation du film par Patrick Brion que je « regardais d’une oreille distraite ». Le rituel était toujours le même. Je commençais à m’affaisser doucement sur ma chaise avant de carrément m’avachir. Puis m’accouder sur la table. Mon front se collait à l’écran pour ne pas s’écraser sur la table. Et mes yeux suivaient le sous titrage tel un balancier d’horlogerie. Si d’aventure je cherchais à me servir dans le frigo, le casque au fil trop court me rappelait à l’ordre et me défigurait. Je finissais la séance livide, épuisé mais heureux. Car mes plus grands bonheurs viennent de ces séances inoubliables. Onibaba est de ceux-là.
Dans un gigantesque champ de roseaux isolé du monde, deux femmes attendent le retour d’un homme, fils de l’une, époux de l’autre, parti à la guerre. Pour survivre, elles piègent et assassinent les soldats égarés, dont elles revendent les armes et les vêtements à un receleur. Arrive un jour un compagnon de leur disparu, qui leur annonce la mort de celui-ci. Il se joint très vite aux activités meurtrières des deux femmes. Mais sa présence perturbe l’équilibre de la vie dans ce purgatoire, car la tension sexuelle ne tarde pas à se faire sentir. Le triangle amoureux qui se met en place aura des conséquences tragiques. Des roseaux à perte de vue, ondulant au gré du vent, un monde extérieur invisible d’où ne proviennent que des ombres, le décor d’Onibaba évoque essentiellement un purgatoire, une certaine idée de l’enfer sur terre. Shindô situe son action dans une espèce de no man’s land où les roseaux s’étendent jusqu’à l’infini, où le monde extérieur existe sans doute, mais ne se manifeste que sous la forme de soldats égarés, destinés à y périr. Les seules exceptions à cette uniformité sont des cavités, la caverne de l’usurier, ou le trou sans fin du titre où disparaissent les corps des samouraïs assassinés, et bien entendu les deux huttes où s’abritent les rares humains survivants en ces lieux – et même leur comportement en ces lieux est limité aux fonctions vitales essentielles, copulation et alimentation. Cet environnement on ne peut plus primitif est donc le cadre idéal pour l’expression des pulsions humaines les plus essentielles : une toile quasi-vierge où, comme Shindô le fait lui-même remarquer, le rythme des roseaux se balançant épouse celui de l’expression des passions. Un décor entièrement naturel, donc, où va se développer l’humanité dans ce qu’elle a de plus basique. A première vue, elle semble d’ailleurs plus animale qu’humaine : pour survivre, elle tue et copule, point. C’est justement la part d’humanité des personnages qui va compliquer ce qui pourrait n’être qu’une situation naturelle. La belle-mère voit dans l’irruption de ce voisin une menace sur la survie bien organisée qu’elle avait mise en place. La présence du mâle étranger implique son abandon à plus ou moins long terme, sa belle-fille n’ayant aucune forme d’affection pour elle, et par conséquent sa survie. Le considérant comme à peine plus qu’un animal, elle s’offre à lui, pensant que n’importe quelle ‘femelle’ lui conviendra. Là est sa grande erreur, puisque l’homme prétend choisir sa compagne. C’est donc la naissance d’émotions essentiellement humaines telles que la jalousie qui va mettre en péril l’équilibre naturel de la forêt de roseaux.
Dans Onibaba, les humains se débattent avec leurs pulsions, et la rencontre avec le samouraï masqué relève plus de l’insolite que du fantastique véritable. Onibaba peut également être considéré comme un manifeste esthétique : le film est servi par les magnifiques compositions picturales de Kiyomi Kuroda. Autant les comportements des personnages témoignent de l’agitation, autant les cadrages sont soignés, voire sophistiqués – La photographie travaille sur des contrastes poussés, accentuant les ombres, et détachant les corps du mouvement incessant des roseaux, un peu comme pour signifier que la chair n’est que passagère. Et l’impression d’étrangeté globale est soutenue par une partition faisant la part belle aux percussions et aux accents proches du free jazz. Une œuvre d’une très grande beauté plastique de même qu’une analyse passionnante des rapports humains.

mardi 22 décembre 2009

Je ne connais pas la Provence

Jean Giono & son ami Lucien Jacques
"Je ne connais pas la Provence. Quand j'entends parler de ce pays, je me promets bien de ne jamais y mettre les pieds. D'après ce qu'on m'en dit, il est fabriqué en carton blanc, en décors collés à la colle de pâte, des ténors et des barytons y roucoulent en promenant leur ventre enroulé de ceintures rouges; des poètes officiels armés de tambourins et de flûtes "bardent" périodiquement en manifestations lyriques qui tiennent moins de la poésie que d'une sorte de flux cholériforme.J'aime la noblesse et la grâce, et cette gravité muette des pays de grande valeur. Non, je n'irai jamais dans cette Provence qu'on me décrit.Pourtant j'habite les pentes d'une colline couverte d'oliviers et, devant ma terrasse, Manosque et ses trois clochers s'arrondit comme une ville orientale.La Durance qui coule au fond de notre petite vallée sent déjà s'approcher les grandes plaines du Comtat. Pendant les crues de cet hiver, les hautes barres d'eau qui traversaient notre vallée mettaient à peine sept heures pour aller à Avignon.Et la montagne de Lure nous abrite; or elle bouche le mont Ventoux, et ce pays-ci je ne le quitterai jamais; il m'a donné, il me donne encore chaque jour, tout ce que j'aime.On est d'abord touché par un silence qui repose sur toute l'étendue du pays. Sur les vastes plateaux recouverts d'amandiers à l'époque où les arbres sont en fleur, on entend à peine le bruit des abeilles. On peut marcher des journées entières seul avec soi-même, dans une joie, un ordre, un équilibre, une paix incomparables. Non pas tous à la fois, mais un à un, vous laissant toujours un ami végétal et fleuri qui vous accompagne un peu plus loin puis vous laisse, vous ayant confié à un autre, et ainsi la terre peu à peu monte et vous fait pénétrer dans le ciel à mesure que vous passez des bras de l'amandier aux mains des tilleuls, puis des châtaigniers, puis des trembles et alors l'ondulation des terres vierges toutes nues se compose devant vous avec les lentes harmonies d'une ivresse divine.Il faut alors quelques pas - et ils ont l'air de parcourir une distance magique - pour apercevoir la toiture du monde; les immenses montagnes avec leurs pentes glacées. Il a suffi d'un jour pour que ce pays vous ait fait comprendre l'organisation la plus noble de la terre. Sa simplicité pleine de sagesse vous a obligé à la plus paisible, à la plus durable des joies. Il vous a entouré d'une logique si éblouissante que vous êtes désormais habité par un dieu de lumière et de pureté.Mais il prépare votre retour par des chemins noués à des ruisseaux. Rien ne troublera plus votre sérénité. Le mariage de votre âme et de ce pays ne se défera plus. Pour retrouver les hommes, vous n'avez plus besoin de descendre. Vous les trouverez à cette hauteur: silencieux et sévères comme la terre, travaillant dans des champs qui entourent des temples, labourant des vergers d'oliviers au milieu de l'ordre des collines, reposant leurs regards par le spectacle de leurs villages agglomérés comme des nids de guêpes au milieu de la blanche odyssée des nuages.Vous aurez le désir d'être comme eux; vous entrerez sous la couverture de tuiles du village gris. On vous verra peut-être encore une fois au détour du chemin et puis vous pénétrerez sous la toiture du village et on ne vous verra plus: comme ces ruisseaux d'eau pure que personne ne voit, qui vivent sous la toiture des montagnes, dans la splendeur des roches profondes; comme tous ceux qui on disparu ici dont on n'entend jamais plus parler, et puis, un jour, à la croisée d'un chemin, on rencontre un homme, on se dit:"Mais je le connais."Puis on se dit:"Mais non, voyons, il n'était pas si vert."Ne l'ayant pas reconnu tel que la joie et la paix quotidiennes l'ont changé.Il paraît qu'il existe une Provence en félibres. Je ne la connais pas."
Jean Giono

dimanche 20 décembre 2009

Le Tamatave

Je sais, c’est moche de se moquer des personnes âgées sous hallucinogènes. « Tu verras quand tu auras son âge, si tu y arrives ! » ajoutent les cyniques, sans oublier le « pauv’con » que l’on peut lire dans leurs regards.
Dans le temps, ma mère me souhaitait une bonne guerre, question de me mettre un peu de plomb dans la cervelle à pas vouloir finir mes rutabagas en temps de paix. Maintenant qu’elle m’a foutu la paix, ce sont les autres qui aspirent aux pires atrocités médicales à mon encontre, question de se venger de mes lamentables pitreries. Ah la sollicitude humaine ! Parce-qu’en règle générale, les autres sont très forts pour vous faire la morale, vous accabler de reproches et vous faire culpabiliser à mort. Ils n’ont qu’à y aller à l’hosto tous les jours se taper la Piste aux Etoiles et les cours de l’Ecole des Beaux Arts. Je voudrais bien voir leur gueule après. Nous quand on en sort de l'hôpital on est pas très tagada-pouêt-pouêt. C'est tout juste si on a pas envie de réserver une chambre. Ou se jeter dans le canal St Martin faire quelques longueurs avant de rentrer. Alors, permettez, exorcisons le mal. Rions du malheur des autres. Rions donc de nous-mêmes.
Connaissez vous les Tamataves ? Ces petits lémuriens malgaches. Enfin je dis cela, mais je n’en sais rien. C’est juste le nom de cette ville de Madagascar qui m’y a fait penser. En tout cas, Rosiane en a plein la chambre des Tamataves. Cette variété pas plus grosse qu’un cochon d’inde (ou un chiot Jack Russel), d’une couleur tirant sur le beige, dotée de quatre pattes et d’une boule rouge avec laquelle ils attrapent la nourriture pour s’alimenter. En entrant dans la chambre, j’ai fait gaffe de ne pas en écraser un. Nous avons déjà suffisamment d’emmerdes sans en rajouter. Je me suis installé dans le fauteuil et j’ai observé les Tamataves avec Rosiane. Elle est incollable en zoologie des Tamataves. J’ai même failli en adopter un. Mais elle a sombré dans le sommeil avant de me dire ce que ça mange un Tamatave. Pourvu qu’ils ne meurent pas de faim.

samedi 19 décembre 2009

Papaver Somniferum 3

résumés des épisondes précédents : Papaver Somniferum 1 Papaver Somniferum 2
Quand l’annonce est tombée sur les téléscripteurs la nouvelle a fait sensation : Rosiane a démissionné de la BRB. Place Beauvau Brice était sous le choc. Faut dire se séparer de son meilleur élément depuis l’affaire tchétchène, il y a de quoi faire grise mine par les temps qui courent. « J’ai le cerveau qui mijote et je tiens rien dans les mains. Qu’est-ce que j’irais foutre à la BRB.» Lucide, la Rosiane. C’est sûr, qu’en ce moment tu files un gros calibre à la Rosiane, elle se loge vite fait une balle dans le pied. Déjà qu’elle n’est pas en forme. Quand ce n’est pas une infirmière qu’elle te plombe pour une purée de tubercules pas fraîs. Et si d’aventure le professeur Cornet de Lariboisière, le brave homme qui travaille en binôme avec le chirurgien de Johnny, lui rend une petite visite de courtoisie, alors là c’est direct une bastos dans la tête. Vous ne tirez pas une carte chance, vous ne passez pas par la réa, rendez-vous directement à la morgue. Pas de demi-mesure avec Rosiane. Alors nous lui avons confisqué ses armes.
En attendant des jours meilleurs, ils lui ont administré un nouvel anti-douleur : l’Acupan. Bien sûr il y a quelques effets indésirables et Rosiane les a tous, notamment l’excitabilité, l‘irritabilité, et les hallucinations.
Accrochée à sa potence de lit, elle nous a joué sa Gina Lolobrigida dans Trapèze avec Burt Lancaster, et Toni Curtis, ses deux aide-soignants pour la toilette du matin. Remarquable et sans filet. J’ai crains pour sa santé.Entre deux numéros, tandis que Pipo & Mario étaient en piste, elle nous a confié que ce fameux peintre espagnol, qui avait eu tant de succès, certainement Picasso, marchait lui aussi à l’Acupan. Elle voyait très distinctement sur les murs jaunes de l’hôpital les toiles du peintre ibérique. A moins qu’elle n’est confondu avec les Delaunay mais je n’ai pas cherché à la contrarier. L’art, c’est quelque chose de tellement personnel.

mercredi 16 décembre 2009

Meurtre d'un bookmaker chinois (1976)

E
Troisième film de l'hommage d'Arte à John Cassavetes, mercredi 15 à 23h30.
En 1978, au festival de Berlin, john cassavetes s'entretient avec Michel Ciment pour la revue Positif, au sujet de son film "meurtre d'un bookmaker chinois" (voir vidéo).
« Avec Meurtre d’un bookmaker chinois, John Cassavetes s’empare du film noir en conservant totalement sa conception du cinéma et sans céder aux règles du genre. Son style lent, authentique, transpire dans chaque plan de ce film sur un homme pour qui son métier – patron de boite de striptease – représente toute sa vie. Avec un Ben Gazzara superbe, Meurtre d’un bookmaker chinois est l’une des pièces maîtresses d’un réalisateur unique et atypique, en rupture totale avec les conventions du cinéma actuel.(…) (…)« Film noir très original et si caractéristique du style de Cassavetes, Meurtre d’un bookmaker chinois, totalement dénué d’artifices et d’effets gratuits, fait partie de ce que le cinéma peut offrir de plus authentique. Une leçon pour de nombreux réalisateurs actuels. »

mardi 15 décembre 2009

Maréchal nous voilà !....

Il n'y a pas qu'à Copenhague qu'il faudrait être pour lutter contre la pollution.
Nous en avons enfin la preuve : dealée par des personnes âgées, la jeunesse de notre pays abuse de substances illicites et dérange la quiétude des voyageurs dans les trains. Heureusement, il y avait une caméra de surveillance.

lundi 14 décembre 2009

Shakespaere & Cie...

Longtemps, si la question me fut posée, ma réponse aurait été : Shakespeare ne connaît pas ! Mais heureusement, grâce au cinématographe, il existe des séances de rattrapage pour les mauvais élèves pour peu qu’ils aient le sens de la curiosité aiguisé. Il y eut donc Orson Welles, Roman Polanski, Kenneth Branagh, Laurence Olivier, Mankiewicz, sans omettre les belles découvertes que furent les adaptations d’Akira Kurosawa avec « Le château de l’Araignée » pour Macbeth et « Ran » pour le Roi Lear. Après le choc entre les textes et les mises en scène, j’étais mûr pour le théâtre.
« Au début des années 80, Ariane Mnouchkine rêve d'un grand cycle Shakespeare : une dizaine de pièces. Elle n'en montera que trois, Richard II (1981), La Nuit des rois (1982) et Henry IV, première partie (1984), dont elle a fait elle-même la traduction et qui seront données au Théâtre du Soleil à la Cartoucherie de Vincennes, au festival d'Avignon et dans quelques grandes capitales. Trois Shakespeare, cela constitue, de toute façon, un triptyque impressionnant. Les trois pièces se souviennent avant tout du théâtre oriental, un théâtre asiatique (japonais notamment ; l’Angleterre et le Japon ne sont ils pas des îles) dont l'équipe du Soleil reprend et réinvente les codes sans vouloir reproduire un genre dramatique particulier. Les maquillages sont tantôt blancs, tantôt polychromes. Il y a des masques grimaçants. Les costumes sont d'une splendeur orientale époustouflante où juste la fraise vient rappeler le monde élisabéthain. Il n'y a d'autre décor que des tapis et, sur le mur de fond, une grande tenture qui, pour Henry IV, évoque un soleil éclaté. Les acteurs courent, gesticulent avec une exubérance maîtrisée et le double sens du collectif et de l'individualité. Ils manient des bâtons et des drapeaux, s'assoient en tailleur sur des tapis, projettent loin leur texte. »
Et ce fut une illumination, un coup de foudre qui porta mes pas vers la Cartoucherie plusieurs soirs de suite entre 1980 et 1984 avant d’en revoir le cycle complet lors de son achèvement.
En 2008 la bibliothèque de la Pléiade, chez Gallimard, vint enrichir son catalogue de deux volumes Histoires de William Shakespeare regroupant les pièces dites historiques telles que : Henri VI, Richard III, Richard II, Henry V, Henry IV, Henry VIII….. On vient de me les offrir pour mon anniversaire. Je crains, avec bonheur, quemon hiver ne soit shakespearien.

dimanche 13 décembre 2009

Une femme sous influence (1974)

Décidemment la chaîne ARTE nous gâte avec la diffusion d’ « Une femme sous influence » de John Cassavetes, après d’Opening Night mercredi dernier.
Il a fallu attendre 1992 pour découvrir certains films de John Cassavetes. Grand amateur Gérard Depardieu entreprend de faire connaître en France l'œuvre du réalisateur américain. Ayant acquis les droits de ses films, il en favorise la diffusion au cinéma et à la télévision dont une Femme sous influence que présente Arte lundi 14 à 20h30.
« Écrit par Cassavetes pour sa femme, Gena Rowlands, Une femme sous influence est un hommage ambigu dont la beauté et la cruauté n'en finissent pas de fasciner. Mabel veut plaire à son mari, mais le regard des autres la force à se conduire d'une façon étrange. Le mari, les enfants, les amis du couple deviennent les témoins et la cause involontaire de son dérèglement. Peu à peu, c'est la société entière qui semble porter sur Mabel un regard hostile, et ce regard - en même temps que le nôtre - va la mener à l'hôpital psychiatrique. La caméra de Cassavetes épouse les moindres troubles du comportement imprévisible de son héroïne : elle attend ses enfants dans la rue... le bus scolaire a du retard... elle s'inquiète... ses mouvements deviennent peu à peu incertains... les gens l'évitent... elle demande l'heure en vain... les passants ont peur d'elle, elle dérape... Cassavetes filme au scalpel la progression de ce glissement. Les gros plans sur le visage défait de Gena Rowlands, allongée dans la blanche lumière commune des draps et du jour filtrant des persiennes de sa chambre, sont aussi inoubliables que ceux dépeignant le bonheur de Sylvia Bataille dans l'herbe d'Une partie de campagne de Renoir, un autre "film phare" de l'histoire du cinéma. » Comme l’écrit Aude Fauvel : « Une femme sous influence est un film sur l’hystérie, du moins sur ce que notre société considère comme tel, mais aussi un film communautaire sur la famille. Film communautaire car, comme souvent chez Cassavetes, l’équipe de tournage, les acteurs et les distributeurs sont des amis ou des parents. Cassavetes conçoit le cinéma comme une véritable expérience humaine et collective, ce qui lui a permis d’extirper de ses acteurs les émotions les plus vives. C’est également une œuvre sur la famille, qui opère une plongée directe dans l’intimité d’un couple et de son fonctionnement. L’hyperréalisme du film ne conduit pourtant pas au voyeurisme et le regard porté par la caméra reste d’une grande pudeur. Si les scènes qui se succèdent distillent un sentiment de malaise, c’est qu’elles capturent avec justesse les réactions de chaque personnage. Ainsi, plutôt que d’insister sur le visage crispé de Mabel lors de ses crises, la caméra souligne les expressions de peur et d’incompréhension qui paralysent son entourage. En capturant de l’intérieur l’intimité de cette famille américaine, Cassavetes évite toute subjectivité. Il retranscrit avec authenticité le sentiment d’étouffement social et familial, mais se garde de tout jugement vis-à-vis des personnages. »
Sorti en 1974, « Une femme sous influence » tient une place fondamentale dans la construction du mythe Cassavetes. Il est aussi un point d’orgue dans la carrière de sa femme Gena Rowlands. Une femme sous influence (#3.2) envoyé par birdy66. - Court métrage, documentaire et bande annonce.

samedi 12 décembre 2009

Poupée Dora poupée caca !

J'ai sucé, c'est pas bon !
Noël approche et les choix se dessinent pour savoir quels cadeaux seront déposés sous le sapin. Si les parents sont attentifs à faire plaisir à leurs enfants, ils doivent aussi être vigilants pour ne pas offrir des jouets contenant des substances toxiques.
L'association 60 millions de consommateurs a testé soixante-six articles pour enfants. Trente ont été épinglés en raison de la présence de "substances chimiques à risque", indique le mensuel dans son numéro de décembre. Ainsi, sur 25 jouets en plastique étudiés, neuf contiennent du phtalate à des concentrations supérieures à 0,1 %. Utilisé pour rendre plus souples les plastiques, le phtalate est classé parmi les substances repro-toxiques susceptibles de perturber la reproduction. "Deux poupées sur six, dont la célèbre Dora ou les Swimmer Beedibies, contenaient des phtalates parmi les plus dangereux", poursuit le magazine. Sur cinq coffrets de maquillage analysés par 60 millions de consommateurs, quatre contenaient des métaux lourds. .Ces composés sont toxiques et"ils devraient être systématiquement absents", souligne l'association. Ce qui est loin d'être le cas, car on en trouve aussi dans certaines peintures et pâtes à modeler. Les jouets en bois ne sont pas épargnés. Six sur les quinze analysés par l'association en contenaient, et neuf du formaldéhyde. Ce polluant, l'un des plus répandus dans l'intérieur des maisons, est classé cancérogène.
Plomb, arsenic, mercure...
Mais le problème est mondial. "80 % des jouets viennent de Chine". Aux Etats-Unis, un tiers des jouets contiendraient des produits toxiques, selon une enquête d'un institut de consommateurs américain, rendue publique le 2 décembre : 32 % des 700 jouets testés contenaient des métaux lourds ou des produits chimiques dangereux pour la santé, comme du plomb, de l'arsenic ou du mercure. Parmi eux, des produits qui rencontrent un grand succès auprès des enfants comme un kit de bicyclette pour Barbie, des ponchos pour enfants du grand distributeur Wal-Mart ou des sacs à main en plastique à l'effigie, encore, de la poupée Dora.
Pour ne pas tomber dans la psychose, la nouvelle édition du guide jouets de l'association WECF donne quelques conseils pratiques aux parents pour repérer la présence de substances dangereuses. (source le Monde.fr)
Joyeux Noël à tous.

vendredi 11 décembre 2009

Supercalifragilisticexpialidocious

La tête à rien ou à pas grand chose, j’ai quitté hier au soir l’hôpital le cœur lourd, laissant derrière moi dans une chambre blafarde, Rosiane avec un état de santé et un moral déplorables.
Carrefour de deux arrondissements, la Place du Colonel Fabien reste d’une tristesse affligeante. L’approche de Noël n’y change rien, comme si plus rien ne devait jamais se passer dans ce périmètre sinon se répéter les jours comme un lundi de novembre sous la pluie. A défaut de me jeter dessous, je me suis jeté dans le métro pour en sortir quelques stations plus loin dans le XXème, presque le bout du monde, à la station Jourdain.
J’ai alors jailli en pleine lumière dans un décor de cinéma où l’esprit de Noël brillait de mille feux. Les boutiques animés, les illuminations reflétées par la pavé mouillé, une atmosphère féerique qui a mis un peu de baume au cœur et chassé la noirceur de mon âme.
Mon fils est alors arrivé et après un restaurant indien, le Samsara, 3 rue Jourdain, que je ne saurais que trop recommander, nous avons passé une excellente fin de soirée ensemble dans l’univers de la Fée Carabine, de Daniel Pennac, aux forts contrastes paysagers où des immeubles récents côtoient des maisons faubouriennes et des anciens ateliers, des ruelles et des passages qui conservent la mémoire de ce Belleville ouvrier et rural.
Et en rentrant chez moi depuis les Buttes-Chaumont, je me suis senti des plus ragaillardis, me prenant à siffler, allez savoir pourquoi, une chanson magique tirée d’un film qui a enchanté mon enfance : Mary Poppins. Minuit sonnait quelque part. Je venais d’avoir 57 ans. Ce qui prouve que l’enchantement n’a pas d’âge et que l’univers des fées est toujours présent aux yeux de ceux qui veulent bien les voir. Les fées et les anges veillent sur moi. Yann en est un. Merci fiston.

jeudi 10 décembre 2009

Jean Giono : Un roi sans divertissement (1947)

Même s’il situe une grande partie de son œuvre en Provence, Giono n’est pas un écrivain régionaliste. Il n’y a pas de verve à la César, Panisse et Escartefigue dans ses livres et même si Pagnol a « interprété » pour le cinéma certains de ses romans, ce qui a pu entretenir une certaine confusion, l’univers des Giono « première manière » ressemble par sa dramaturgie plutôt au thème de Jean de Florette qu’à la trilogie pagnolesque. La comparaison entre les deux hommes s’arrête d’ailleurs là.
Mais longtemps je l’ai cru. Et c’est sans doute pour cela que je l’ai ignoré, pensant lire du Pagnol plutôt que du Faulkner. Car la Provence de Giono n’est pas plus réelle que le comté de Yoknapatawpha de William Faulkner, auquel le comparait d’ailleurs l’écrivain Henri Miller par la complexité de sa prose et la dureté de son récit. Les hommes y sont les fils d’autres hommes avec des filiations encombrantes, des passions invivables où la vie ne leur épargne rien.
C’est à la lecture, tardive donc, de « Un roi sans divertissement » que j’ai découvert un Giono noir. A travers le puzzle de témoignages tardivement recueillis, sont reconstitués des événements étranges et meurtriers survenus entre 1843 à 1847, dans un village du Trièves, dans les Alpes françaises où, les hivers sont interminables, et le village, coupé de tout, est enfoui et immobilisé sous la neige et dans la brume. Le capitaine Langlois est chargé de l’enquête.
C’est une enquête progressant à partir de témoignages peu fiables ou contradictoires, regroupés par un narrateur désinvolte qui invente lorsqu’il manque des pièces. Ce n'est que par la reconstitution de ces fragments, cet emboîtement virtuose des voix, comme dans un puzzle, que le lecteur peut prétendre appréhender les ressorts fondamentaux de l'intrigue et des personnages.
Monsieur V. (l’assassin), l’homme qui n'a pas de divertissement, et Langlois (l’enquêteur) nous sont des mystères psychologiques. « Un roi sans divertissement », reste un des textes les plus difficiles que Giono ait écrits, et doit être interprété, presque décrypté, parce qu’il n'explique rien.

mercredi 9 décembre 2009

Opening Night de John Cassavetes (1978)

Comment faire un film sur la société du spectacle après le Opening night de John Cassavetes ? Cela semble, en effet, une tâche particulièrement ardue après la splendide fresque réalisée par le maître du cinéma indépendant américain. Une fois de plus, c'est une Gena Rowlands époustouflante qui s'accapare du rôle principal, celui de Myrtle Gordon, une célèbre comédienne. Myrtle est la vedette d'une pièce de théâtre dans laquelle elle incarne une femme viellissante. Un soir, elle assiste à la mort d'une admiratrice qui tentait de l'approcher. Choquée, Myrtle refuse de jouer son rôle plus longtemps. La troupe qui l'entoure essaye de lui faire changer d'avis mais les hallucinations et les crises dont souffre l'actrice deviennent de plus en plus régulières. Et le soir de la première approche. Comme dans Une femme sous influence, John Cassavetes explore la fragilité d'une femme, ce coup-ci d'une comédienne. Son héroïne, tantôt monstrueuse tantôt incroyablement humaine, tente d'exorciser le fantôme d'une jeune morte et l'angoisse du vieillissement. Une descente aux enfers et une intensité dramatique qui laissent le spectateur troublé. Opening night est l'un des plus beaux portraits de femmes jamais réalisés au cinéma. Gena Rowlands offre à la caméra aimante de son époux un mélange bouleversant de force et de fragilité. Certaines images demeurent inoubliables comme ce plan de Myrtle, seule dans la foule new-yorkaise, ivre, angoissée et pourtant décidée à affronter son choix, celui de la vie.
Fils d'un homme d'affaires grec, John Cassavetes abandonne vite ses études pour rejoindre l'American Academy Of Dramatic Arts. Acteur de télévision au début des années 1950, il fonde en 1957 un atelier de perfectionnement d'acteurs à New York. Il tourne en 16 mm un exercice d'improvisation qu'il finance en lançant une demande d'emprunt dans une émission de télévision. Carrière au cinéma En 1955, John Cassavetes débute au cinéma comme acteur avec Nuit de terreur d'Andrew L. Ston. Il enchaîne les films (Face au crime, 1956, de Don Siegel ; L'homme qui tua la peur, 1957, de Martin Ritt ; Libre comme le vent, 1958, de Robert Parrish) avant de passer de l'autre côté de la caméra. En 1960, il réalise Shadows. Le thème, l'amour entre un Blanc et une jeune noire, est approché du point de vue de la communauté noire. Interprété par des inconnus, le film se distingue par une large place laissée à l'improvisation. Photographié en extérieurs réels, il porte l'empreinte d'une nouvelle écriture cinématographique : le plan long, débarrassé des ellipses narratives, plié au rythme du langage parlé. Le montage même n'échappe pas à cette règle d'un travail en perpétuelle évolution. Un détail qui a son importance : la musique souligne à merveille le swing de la caméra. Ce premier film devient le porte-drapeau de la nouvelle vague américaine. Too lates blues (1961), qui raconte la déchéance d'un joueur de jazz idéaliste, est critiqué à sa sortie par son producteur, la Paramount. Un enfant attend (1963), dernière apparition de Judy Garland à l'écran, suscite les mêmes réticences. En 1967, John Cassavetes joue dans The Dirty dozen de Robert Aldrich, puis, en 1968, dans Rosemary's baby de Roman Polanski. Il revient ensuite à un cinéma artisanal, hors Hollywood. Faces (1968), réalisé sans argent, constitue un de ses chefs-d'oeuvre. Ce tableau de la faillite des rapports conjugaux représente 6 mois de tournage et 2 ans et demi de montage. L'intensité du jeu des acteurs résulte d'une totale spontanéité d'expression. La caméra traque et interprète les moindres mouvements du visage comme des intentions possibles, révélatrices de désirs cachés. Reconnu, Cassavetes entre dans une période faste. Il tourne Husbands (1970), la dérive de trois hommes mariés avec Peter Falk et Ben Gazzara ; Ainsi va l'amour (1971), Une femme sous influence (1973) où Gena Rowlands incarne une mère déchirée entre plusieurs rôles. Gloria (1980), un polar tourné à New York, est son plus grand succès public. Gena Rowlands y interprète une comédienne ratée et traquée par la Mafia. Meurtre d'un bookmaker chinois (1976), dans la même veine, met en scène Ben Gazzara en propriétaire d'une boîte de strip-tease dans un Los Angeles hanté par des tueurs. Après Opening Night (1978), réflexion pirandellienne sur le théâtre ou la vie, Cassavetes reçoit la consécration pour Love Streams (1983). Adapté d'une pièce de théâtre, le film dresse un bilan du couple Cassavetes-Rowlands. Le cinéaste y développe ses thèmes traditionnels : la mort, la folie, la solitude. Après Big trouble (1985), Cassavetes, malade, commence Begin the Beguine avec Peter Falk et Ben Gazzara. Il meurt brutalement en 1989. (La Cinémathèque française)
OPENING NIGHT ARTE le 9 décembre 2009 à 23h25; le 11 à 14h45.

mardi 8 décembre 2009

Video Surveillance

Ah les joies de la vidéo surveillance pour tous. vendredi dernier dans une boutique de cartes téléphoniques, rue Louis Blanc, dans le 10e arrondissement de Paris. Deux policiers en civil se sont livrés à des vols, comme on peut le voir sur les images de la vidéo surveillance ci-dessous. A 20h00, deux policiers en civil poussent la porte de la boutique, bonnets sur la tête. L’un enfile son brassard de police et montre aux vendeurs son arme accrochée à sa ceinture. L’autre montre sa carte, puis effectue un contrôle de papiers. Les policiers demandent ensuite aux employé de baisser le rideau de la boutique, le temps du contrôle. Peu après, l’un des fonctionnaires ouvre un tiroir, se sert à plusieurs reprises et emporte le tout dans un sac. Les vendeurs réalisent ce qui est en train de se passer mais ne parviennent pas à bloquer les deux policiers qui sortent de la boutique.
Un ds policiers a été arrêté....par des passants. Deux flics filmés en flagrant délit de vol envoyé par SuperBeurkMan. - L'info internationale vidéo.

lundi 7 décembre 2009

Papaver Somniferum 2

Comme le dit Rosiane elle-même : « j’ai le cerveau qui mijote. » Mai ça y’est ! Nous avons fini par avoir le fin mot de l’histoire à propos de l’hôtel Beauvau (lire le message précédent). Ce n’étais pas une arrestation, comme nous avions pu le penser au préalable, mais une promotion. Ouais, une promotion. D’où les ballons et les agapes dans sa chambre d’hosto de l’hôpital Saint-Louis pour fêter tout ça. Car Rosiane n’en étais pas à son coup d’essai avec l’affaire Tchétchène. Elle opérait de longue date avec licence de tuer comme James Bond. Quelle surprise donc pour toute la famille, de voir les efforts de toute une vie pour sauver la nation du péril enfin récompensés. Et pas n’importe qu’elle récompense : elle prend ni plus ni moins que la direction de la BRB, qui comme chacun sait n’est pas la Banque Républicaine du Burundi, mais la Brigade de Répression du Banditisme rattachée à la Direction régionale de la police judiciaire de la préfecture de police (DRPJ). Ah ! les truands n’ont qu’à bien se tenir, avec Rosiane à la tête de la BRB, ça va dézinguer sec les réseaux du gangstérisme un à un. D’accord, cela va occasionner des frais supplémentaires avec la construction de nouvelles centrales pour y loger tout ce beau monde. Mais c’est pour la sécurité nationale et la sécurité ça ne se monnaye pas. Bien entendu il y aura toujours des esprits chagrins pour rétorquer que l’insécurité aujourd’hui est avant tout sociale : risque de perdre son emploi ou de ne pas en trouver, de ne pas être soigné correctement, de ne pas trouver un toit.. Et les politiques du tout répressif ne rendront pas nos rues plus sûres. Certes, certes, certes, mais est-ce une raison pour mettre ma belle-mère au chômage alors qu’elle vient de décrocher à 73 ans un emploi senior ?

dimanche 6 décembre 2009

Papaver somniferum

Il s’en passe de belles en pleine nuit dans les sous-sols de l’hôpital Lariboisière. Tandis que les rats en profitent pour faire une sarabande malicieuse entre les lits des opérés dans la salle de réveil, les dalles en pierre de taille se décèlent une à une pour laisser sortir des ossuaires des dizaines de Tchétchènes. Rosiane les a identifiés immédiatement en les entendant parler cette langue caucasienne de la gare du nord le Нохчийн мотт, langue nakho-daghestaniennes qu’elle a étudiée avec Georges Dumézil et dont elle est diplômée universitaire.
Comme le dit le proverbe là où il y a du Tchétchène il n’y a pas de plaisir, elle s’est donc décaniller vite fait avec son lit à roulettes pour regagner sa chambre à l’hôpital St Louis. Pour ceux qui ne connaissent pas Paris, Lariboisière, St Louis à la force des bras sur lit à roulettes datant de Louis XIV, c’est pas gagné. Mais notre Rosiane à du caractère et beaucoup de courage, elle y est arrivée. C’est le propre des héros de réussir là ou le simple mortel échoue. Et Rosiane c’est un peu notre Hercule à nous. Que d’épopée.
Enfin sa chambre elle l’a retrouvée. Et décorée figurez-vous avec de jolies ballons multicolores au plafond et des petits-fours sur la table et ses filles qui discutaient avec des membres de la famille et une flopée d’autres invités à te faire un tintouin de tout les diables. « Non mais des fois, voyez bien que je suis malade ! Vous vous croyez où ? C’est pas un dancing ici, c’est un hôpital. Allez, tout le monde dehors ! » On a flippé un max devant cette colère homérique et on s’apprêtait à quitter la chambre quand les flics sont arrivés pour embarquer Rosiane au ministère de l’Intérieur place Beauvau. On s’est carapaté vite fait pour la laisser de démerder toute seule avec le Brice certainement à propos de cette affaire de Tchéchènes. Rosiane devait en savoir plus qu’elle n’en avait l’air. Ce n’est pas pour rien qu’elle s’était trissée de Lariboisière. Bien entendu à l’hôtel Beauvau, ils on eu beau pousser à droite, pousser à gauche, tirer, forcer, lever, reculer, quand ça rentre pas, ça rentre pas. Pourtant les portes sont grandes. Mine de rien, un lit à baldaquins datant de Louis XIV ça te prend une de ces places. Et Rosiane qui gueulait qu’elle venait d’être gravement opérée et qu’elle n’avait rien à foutre à l’hôtel Beauvau. Et Rosiane quand elle gueule, elle gueule. Alors les flics en sueur on été obligés d’abandonner. Et elle s’est retrouvée dans sa chambre à St Louis avec l’équipe de nuit à raconter son escapade avant de sombrer à nouveau dans le sommeil.
Voilà ce qu’elle nous a raconté quand nous sommes passés lui rendre visite l’autre soir. Il y avait encore quelques ballons et des restes de petits-fours sur la table. Le décor des lendemains de fête.
Quant à moi, face à ce monde de merde, je me demande si je ne vais pas me mettre à la Morphine.

samedi 5 décembre 2009

Toutes suites : Yo-Yo Ma inspired by Bach

Au départ du projet : celui d’un travail en collaboration entre le violoncelliste Yo-Yo Ma, des artistes et des cinéastes, autour des Suites pour violoncelle seul de Bach.
Cela donne un mélange étonnant, mais inégal, où doivent se conjuguer les impératifs afin de créer une harmonie entre les créateurs, les cinéastes et le musicien. De cette expérience a été tiré un triple DVD ainsi qu'un double CD de l'intégrales des Suites de Bach.
La Suite n° 1, The Music Garden, la musique de Bach est servie par la paysagiste Julie Moir Messervy, pour une promenade virtuelle dans le plus étonnant des jardins jamais conçus.
The Sound of the Carceri, pour la Suite n°2 le cinéate recrée en trois dimensions les prisons fictives de Piranesi autour du violoncelliste Yo-yo Ma.
Falling down stairs (Suite N°3).Sarabande (Suite N°4) De la rencontre entre le soliste Yo-Yo Ma, le chorégraphe Mark Morris et les réalisateurs Barbara Willis Sweete et Atom Egoyan, est né ce mariage tout en douceur de la danse, la musique et du cinéma. Avec la participation exceptionnelle des danseurs étoiles Lori Singer, Don Mc Kellar, George Sperdakos et Arsine Khanjian..
Dans Struggle for hope (Suite N°5) Une découverte des traditions et chorégraphies japonaises sur la plus universelle des suites de Bach. Six gestures (Suite N°6). Yo-Yo Ma célèbre Bach, en compagnie des 2 patineurs de renommée internationale Jane Torville et Christopher Dean

vendredi 4 décembre 2009

Sommet de Copenhague ?

Je ne suis détenteur ni du BAFA ni du brevet de scoutisme international. Pour entrer à Greenpeace peau de balle. Parce qu’il faut certainement suivre une formation paramilitaire dans un des camps d’entraînements qu’ils ont un peu partout dans le monde. C’est pas possible autrement. Il n y a qu’à voir la condition physique de la dizaine de militants Greenpeaciens qui ont envahi l'hémicycle de l'Assemblée nationale ce mercredi lors des débats en cours sur la conférence de Copenhague. Alors que le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo venait d'achever son discours, une bonne dizaine de militants, qui étaient assis parmi le public dans les tribunes, ont retiré leurs vêtements pour exhiber des tee-shirts où l'on pouvait lire Greenpeace et ont arboré des banderoles jaunes indiquant «Aux actes, monsieur le président». L'une de ces militants a réussi, dans le brouhaha général, à descendre depuis les tribunes du public, via une corde, jusque dans l'hémicycle au niveau des travées des députés UMP. Elle a été évacuée manu militari, tout comme les autres manifestants. Gonflés, quand même. Une façon comme une autre de s’entraîner avant de s’attaquer au sommet de Copenhague. Tout le monde en parle du sommet de Copenhague. Je ne vois pas autre chose comme sommet de Copenhague que le radhus, l’hôtel de ville, où ils pourront balancer des saumons pourris sur la gueule de tous ces cons. Enfin je m’en fous, mais on va encore bien se marrer.

jeudi 3 décembre 2009

Le Hussard sur le toit

L’histoire est fort belle, même si elle n’est guère vraisemblable. C’est en se promenant un jour à Briançon, que Giono découvre tout à fait par hasard, chez un brocanteur rue dite de la Grande Gargouille, un sabre sur lequel, plus tard, il prétendra avoir vu, gravé sur la lame, le nom de son grand père, Jean-Baptiste Giono. Il faudra un peu plus de quinze ans pour le retrouver perdu aux fontes d’un hussard de 23 ans qui n’a pas hésité à le dégainé pour occire un indicateur autrichien le baron Schwartz. De son aveu même, le hussard Angelo Pardi est un croisement de son grand-père et de Fabrice Del Dongo. A ce dernier il emprunte la noblesse, la nationalité, la gravité, l’appétit pour le mystère, les gestes expressifs, la fougue. Il a l’admiration pour l’Arioste, qui lui présente des modèles de chevalerie. Il a la piété qui lui vient de sa mère. Au préalable, dans l’esprit de Giono, le cycle du hussard faisait à l’origine partie d’un vaste projet, d’une décalogie étalée sur un siècle avec des allers et retours historiques et générationnels. Des dix volumes projetés, il ne reste que quatre titres connus : Angelo, Mort d’un Personnage, le Hussard sur le toit, Le Bonheur fou. Dans le Hussard sur le Toit, après de longues déambulations au contact de la mort et de la maladie, Angelo, entré sans prudence dans la ville de Manosque, tombe sur un petit groupe qui l’accuse d’empoisonner les fontaines. On le poursuit, on le traque, même. Il se cache. Une porte s’ouvre dans son dos. Il s’enfonce dans une maison- un cimetière – et grimpe au sommet de celle-ci, où il découvre la nuit « chargée d’étoiles, des étoiles si ardemment embrasées qu’il peut voir les toitures agencées les unes aux autres comme les plaques d’une armure. » Quoi qu’il en soit, voici Angelo sur son toit d’où on ne peut passer son temps à observer la mort contre laquelle un sabre ne peut rien. Alors, Angelo descend dans les entrailles de la maison et commence avec l’apparition dans la lumière d’un candélabre, « d’un petit visage en fer de lance encadré de lourds cheveux bruns », prendra alors naissance d’une des plus belles histoires d’amour de notre littérature, celle que connaissent sans qu’apparemment rien ne se passe entre eux, le hussard démonté et Pauline de Théus. Ensembles façe à la mort et folie des hommes, ils vivront une vie aventurière où le sabre trouve enfin sa raison d’être, quand ce ne sont pas les pistolets d’arçon que manie Pauline avec une certaine aisance. Hélas dans un monde de mort, les pistolets et le sabre ne peuvent rien contre la maladie. Atteinte par le mal, Pauline est sur le point de succomber. Angelo lui applique le traitement qu’il a tant de fois employé pour d’autres mourants, même en s’attaquant aux jambes de la malade, faisant fi des « marques extérieures de respect ». Pauline mourra bel et bien, c’est le sort de tous les humains, choléra ou pas, mais beaucoup plus tard âgée de 88 ans dans « Mort d’un Personnage » sous l’œil de son petit fils, Angelo, ce qui tend à prouver que cet amour ne fut pas que platonique. Pauline, un peu dérangé, vit dans le souvenir perpétuel d’Angelo, et elle essaie de retrouver les traits du bien aimé dans ceux du petit garçon. Mais ceci est une autre histoire.