vendredi 30 octobre 2009

Fermeture pour travaux jusqu'au 8 novembre...

Je sais, je sais, bien des lecteurs se sont se gaussés en lisant le titre du jour. Mais cet été qui est-ce qui c’est tapé le père Dumas en posant les trois moustiquaires ? Cicéron, Epictète, Marc-Aurèle, Tacite et Sénèque (le jeune) en édifiant dans le jardin une allée romaine ? Ben, c’est Bibi. Et maintenant, que vais-je faire pour Halloween ? Attaquer Prévert et les feuilles mortes, et ratiboiser le gazon. Relire "Moyen facile d’augmenter la solidité, la force et la durée du bois" de Buffon et en scier quelques rondins. Puis comme Rosiane vient de déménager et rentre chez elle après ses examens parisiens, j’aurais bien un truc à monter, démonter, remonter. En attendant de nouvelles aventures, je croise les doigts pour que le lave-linge ne tombe pas en panne une nouvelle fois.

jeudi 29 octobre 2009

La cantine

Dans la boite ou que je travaille, nous disposons de ce que bien des gens nous envie : un restaurant d’entreprise. Mais s’il fait bien des envieux, il ne fait pas que des heureux. Pour ma part, je n’ai à me plaindre ni du personnel ni du service du prestataire dont nous avons changé il y a moins d’un an.
La commission restaurant a organisé il y a peu un sondage de satisfaction auprès du personnel. Afin de le finaliser, le responsable de la commission restaurant a adressé par mail aux 2500 salariés du groupe en plein rush (certainement après le repas) le message qui suit :
« Bonjour à tous, Nous allons envoyer dans quelques jours les conclusions du sondage que vous avez été très nombreux à nous retourner et commenter. Toutefois, avant de le rendre public, nous souhaiterions savoir si entre juin et aujourd'hui, vous avez des remarques supplémentaires, voire des commentaires. Ainsi, nous ferons une pondération des résultats déjà obtenus et vous en proposerons les conclusions, améliorées de vos derniers commentaires. BM» Le premier à répondre à chaud a utilisé l’option « répondre à tous ». Sa réponse destine au seul responsable de la commission à donc atterri sur la messagerie des 2500 collaborateurs dont certains en ont pris connaissance illico et répondu par la même voie. D’où ce dialogue via l’intranet absolument surréaliste que je tente ici de retranscrire au mieux ci-dessous :
« Bonjour et merci de vous soucier de la qualité de ce que nous ingurgitons chaque jour. Il y a une réelle évolution de la qualité de ce que l'on nous vend. Malheureusement celle-ci est négative. 1/ qualité des mets : - de plus en plus "réchauffés", je parle là des entrées au buffet. on nous sert tous les jours les restes des plats principaux proposés les jours précédents (poulet, poisson, lentilles, pois chiches..) - la salade est toujours accompagnée de ses insectes (en même temps apport en protéines.) - on nous propose de plus en plus de pizzas. - la qualité des pâtes qui baignent dans l'eau. - les légumes fluo qui se baignent aussi. - les desserts sont très jolis mais on est souvent déçus lors de la mise en bouche. - la viande doit parfois faire l'objet d'une cuisson au grill en plus de la précédente. - la qualité des viandes cuites sur le fameux grill. - la salade de fruits : à part les pommes qui ont l'air fraîches, le reste ressemble beaucoup à ce qu'on trouve dans les boîtes de conserve. - le riz parfois al dente. - les mélanges de légumes qui donnent pas très envie (haricots verts/courgettes/maïs/blettes/salsifis/fenouils.) 2/ variété plats : nous trouvons de moins en moins de variétés (à 13h15 il ne reste plus grand-chose. 3/ disposition : - une belle rotonde a été placée en plein milieu de la salle pour faciliter les rencontres entre salariés (ça se bouscule.) 4/ disponibilité : - les longues queues, de plus en plus longues, elles démontrent de réels problèmes de recrutement (sous-effectif permanent.) De plus, pour terminer les quantités ont été diminuées. Pour ne pas terminer sur une mauvaise note, je tiens à préciser que les seules motivations restantes sont : - les employés (je précise bien employés..) qui sont charmants et font ce qu'ils peuvent - pas loin - pas cher (quoique parfois.) »
« Nous sommes d'accord avec les remarques ci-dessus. » (Signatures)
« Nous tenons à intervenir car nous sommes assez surprises de la virulence de certains propos à l'encontre de la qualité des plats servis. Nous tenons à préciser que nous sommes sur le site de Mormoileduc et que cela peut faire une différence... (?) Cependant, nous sommes en accord sur quelques points, notamment le manque de choix dès 13h.... Les quantités en baisse (mais il suffit d'en demander davantage et nous sommes servis....) Les plats chauds servis tièdes (mais des micros ondes sont à dispo !) Les grillades sont parfois sorties du congèlo et mises directement sur le grill... donc parfois la cuisson laisse à désirer et l'attente est plus longue.... Le lendemain, nous avons des plats faits à partir des restes de la veille (mais pas des jours précédents !!!!), ce qui reste au choix "je me sers", c'est nouveau et bien pratique. Les desserts sont excellents et très beaux (mais nous avons notre Christophe !!!) Nous n'avons pas à ce jour trouvé d'insectes... mais nous ne les cherchons pas non plus la petite bête.... A Mrmoileduc, en plus des Pizzas, nous sont proposées des quiches, des tartes salées, des pissaladières..... (miam !) Les pâtes sont cuites dans l'eau, nous sommes d'accord... c'est bien meilleur que dans l'huile... Les légumes fluos... on aimerait bien en avoir une fois, juste pour goûter.... Les salades de fruits, rien à dire.... En cas d'affluence en caisse, une deuxième personne arrive et tout rentre dans l'ordre. Le personnel est de plus, charmant ! Globalement et pour finir nous avons un ressenti positif sur les plats servis à Paradis, variés, frais, et malgré une hausse des tarifs le prix pour le salarié reste raisonnable....»
« Nous sommes tout à fait d'accord avec les propos ci-dessus » (Signatures mais pas les mêmes que les précédentes)
« Merci d'avoir rétabli la vérité sur Mormoileduc, car il est vrai qu'il a fallu chercher à quel site se rapportait la virulence du premier message ... »
« Nous avons la chance d'avoir un restaurant d'entreprise avec des prix tout à fait raisonnables... beaucoup ne peuvent même pas manger comme cela chez eux... »
« Je voulais juste préciser que je suis sur le site de Mormoileduc et je suis tout à fait d'accord avec les propos de mécontentement. »
« Effectivement, des insectes sont bien présents dans la salade. Lorsque l'on demande un peu plus de légumes, certains ne sont pas très contents et ne veulent pas forcément en rajouter, il faut insister. La qualité des pizzas s'est dégradée. Les entrées, tous les jours sont quasiment les mêmes. La portion des quiches a été réduite de moitié. Et maintenant si on veut prendre une salade pour accompagner le hachis Parmentier ou la quiche, il faut payer un supplément. Et pour finir, les légumes fluo sont bien présents. »
« DESOLEE DE VOUS CONTREDIRE. CELA FAIT DEUX ANS QUE JE SUIS SUR LE SITE DE MORMOILEFION LE SELF ETAIT IRREPROCHABLE TANT SUR LA QUALITE ET LE RESTE ! DEPUIS 6 MOIS CELA C’EST DEGRADE CONSIDERABLEMENT ET CELA EST VRAIMENT DOMMAGE ! PEUT ETRE QU' A MORMOILEDUC CELA EST BIEN , J' Y ETAIS AVANT , ET LORSQUE J' Y ETAIS CELA N ETAIT PAS TRANSCENDANT. JE SUIS ENTIEREMENT D 'ACCORD AVEC LES PERSONNES DE MORMOILEFION QUI ONT OSE DIRE CE QU' IL EN PENSAIENT. "
« Moi je tenais à dire que je suis un peu d'accord avec Mormoilefion et moirmoileduc. »
« Pouvez communiquer votre désaccord entre vous s'il vous plaît nous ne sommes pas ici pour polémiquer sur le restaurant d'entreprise, mais pour travailler. Merci de votre compréhension » (Signé un faux derch.)
« Au lieu de faire votre petite Guéguerre via l’intranet concernant les plats à la cantine avec l'un qui mange des insectes et l 'autre qui trouve que la pizza a un gout de pot au feu prenez le temps d'aller vous plaindre directement au responsable de votre Restaurant d'entreprise. Certains ont bien d'autres préocupations que la tartiflette à la banane. »
« Et vous pensez quoi de la tarte aux concombres ? »
« C’est déjà fait et rien ne change !!!! »
« Ils ont voulu avoir notre avis, ils l'ont !!!! »
« Ouais je suis bien d'accord ! »
« En plus c'était mieux avant mais tout le monde s'en fout alors... »
« On bosse et on s'en fout !!! »
« De toute façon la Direction s'en branle complètement, y'a qu'a voir les augmentations de salaires !!! »
« Alors que dire d'autre ! »
« On bosse et ceux qui sont pas content, qui le disent entre eux !! »
« Youppie ! Au point ou en en est ! »
« Pouvez communiquer votre désaccord entre vous s'il vous plaît nous ne sommes pas ici pour polémiquer sur le restaurant d'entreprise, mais pour travailler. » (Un autre faux derch.)
« Vous n'allez pas nous faire tout un plat »
« Moi j'aime bien la tarte aux concombres »
« Pourriez vous arrêter de vous envoyer des messages sur le sondage, nos boites mails sont inondées !!!!!! »
« Mouais!!!!!!! moi aussi, avec juste une pointe de poivre »
« Et la tarte au poil, z’aimez la tarte au poil ? »
« Champagne pour tout le monde et caviar pour les autres. »

mercredi 28 octobre 2009

Plus belle la vie !


Rosiane, ma belle-mère, dont nous avons déjà parlé dans ces pages, est montée à Paris passer des examens. Vous me direz, passez des examens, c’est courageux à son âge. Oui, c’est courageux, mais ce ne sont pas les épreuves du Brevet des Collèges, mais un IRM en prévision d’une opération délicate le mois prochain. Le matin même Pupuce et moi-même avions laissé sa mère dans un état de confiance et de tranquillité suprême pour la retrouvez dans un état de nerfs épouvantable moins de douze heures plus tard. Ah ! les Mystères des Hôpitaux de l’Assistance Publique. Eugène Sue aurait pu, si la vie lui en avait laissé le temps, en écrire des pages épiques sur les arcanes de l’hôpital Lariboisière à la typologie pavillonnaire et labyrinthique.
Car Paris n’est pas Guéret et le changement d’heure à Lariboisière, ben c’est tous les jours depuis 1854. Avoir rendez-vous à 12h15 et être pris en charge à 15h30, vous avez beau avoir la grille des mots fléchés de Télé 7 jours. Et tout ça sans manger. Et pas manger, alors ça Rosiane elle aime pas. Mais faut bien pour l’IRM. Alors Rosiane elle patiente dans sa chambre avec vue sur le boulevard De La Chapelle et le métro aérien en avalant son porte-mine question qu’ils y voient quelque chose quand elle passera enfin son IRM. Là-dessus, Pupuce et moi, on se pointe vers les 17h question de voir comment elle allait la Rosiane. Et là, bernique, pas de Rosiane. Alors on patiente.
J'ai fait la constatation que la ligne 2 fonctionnait bien. Puis je suis allé regarder passer mes impôts. Le couloir couleur lilas défraichi est vide et interminable. Les portes des chambres sont coquille d’œuf foncé. Les portes de services vieux rose, les placards et autres locaux bleu pétrole. Vous suivez ? Ah, vous êtes allez vomir, vous aussi, tellement c’est hideux. Je patiente. Au sol un linoléum gorge de pigeon agrémenté d’une large et zigzagante bande bleu pétrole, elle aussi. Aux murs ; tout le Musée d’Orsay. Et au plafond des tubes fluorescents agressifs, comme le reste. La chambre par contre, est jaune comme les draps. De quoi être malade. C’est normal vous êtes à l’hôpital. Et Rosiane qui n’arrive toujours pas. Alors Pupuce demande à une infirmière qui nous annonce qu’elle allait remonter puisqu’elle était descendue. C’est un peu comme quand nous sommes partis en passant par l’entrée pour sortir. Après une petite sieste dans la salle d’attente, j’ai attaqué la bande bleu en essayant surtout de ne pas marcher sur le gris gorge de pigeon. C’était pas facile avec les chariots, mais j’y suis quand même parvenu sous le regard ébahit d’une transfusée aussi jaune que ses draps. Au retour, sur une patte, j’ai attendu qu’une infirmière me laisse le passage, puis j’ai fait un petit coucou à ma copine la transfusée toujours aussi stupéfaite. Cette affaire m’a occupé un moment avant que Rosiane n’arrive sur le coup de 18h en chaise roulante, transfusée elle aussi, le verbe haut et le ventre dans les talons, d’où peut-être la chaise roulante. Alors elle nous a narrés par le menu (en attendant le sien) le circuit labyrinthique pour rejoindre la salle d’examen et surtout en revenir quand on n’a pas de plan. Car si elle avait eu un plan, il y a belle lurette qu’elle se serait barrée. Comme elle en avait pas, il a fallu qu’elle attende la disponibilité d’un aide-soignant pour la reconduire dans sa chambre. Et la Rosiane, ben il nous l’on rendu ébouriffée et affamée qui plus est. Alors quand ils sont passés pour le service Rosiane attendait de pied ferme son plateau qui ne contenait qu’un amas de purée, certainement cuisiné à l’aide d’une demi-patate naine et une compote naine elle aussi. Point barre. J’ai filé sous le pieu avant qu’elle ne sorte son flingue. Sa colocataire n’avait pas faim. Une malade certainement. Rosiane lui a piqué son pain et s’est jetée sur une soupe on ne peut plus claire comme un afghan aux Restos du Cœur. Elle faisait peine à mâchouiller son bout de pain en rouspétant. Bon, faut avouer, chez Rosiane c’est une seconde nature, mais quand même. Pupuce est allée aux nouvelles. Rosiane n’avait pas été comptée dans l’effectif pour le rata du soir. Il restait juste trois plateaux à servir à l’étage et il n’y avait plus qu’un bout de pain pour trois. Tirage au sort ? Combat au couteau ? Je sais pas. En tout cas, coup de bol, un malade ne mangeait pas. Sans doute le mort pendant la bagarre pour le bout de pain. Ca rigole pas, les Hôpitaux de Paris, je vous l'ai dit. Rosiane a donc hérité du plateau du mort et nous on s’est tirés par l’entrée avant la fermeture des visites.
J’ai appelé Rosiane ce matin. Elle sort en début d’après-midi. C’est vague. On va encore la récupérer dans un état.

mardi 27 octobre 2009

Mémoire tampon.

Depuis que je circule au beau milieu de la chaussée, je ne sais pas, mais j’ai la très nette impression que je ne fais pas l’unanimité auprès des automobilistes. Sifflets, quolibets et autres noms d’oiseaux, dont je tairais l’identité, me sont gratifiés chaleureusement. Faut avouer que depuis la mode du suicide chez France Bouldegom j’évite de raser les murs de peur de me prendre un suicidé par défenestration sur la gueule. Vous me direz que j’exagère. Que statistiquement le taux de suicide par défenestration est infime, et de se le prendre sur la gueule encore moins. J’admets. Ceci dit lorsque arrive les beaux jours et que je vais lire sous les marronniers du square Jean XXIII, qui est ce qui se la prend sur le veston la fiente de pigeon ? c’est bibi. Et là pas besoin de statistique, c’est toujours ma gueule. Alors vous comprenez mieux maintenant mon état de méfiance à circuler sur les trottoirs, un défenestré n’a rien à voir avec une fiente de pigeon. Une fiente de pigeon c’est le pressing. Un défenestré c’est au mieux l’hôpital. Parce qu’est-ce que vous croyez, Il n’y a pas qu’à France Bouldegom que tout va mal. Dans la boîte où que je travaille nous avons aussi notre lot de tension, d’injustices et de stress. Notre contingent de dépressif et notre première tentative de suicide. Sur le coup j’ai rien su. Pourtant j’aurais du me douter de quelque chose avec une voiture de pompiers et de police qui stationnaient, gyrophares en action, devant la boite. J’ai appris le lendemain que Bernard du secteur courrier a pété un câble et avalé des cachets. Il fait jamais les choses à moitié Bernard. Mais quand même tous les cachets. Lui qui bosse au service courrier. Mais au fait c’est les cachets avec les tampons encreurs ? Va falloir que je me renseigne. Valider et affranchir le courrier sans tampons encreurs, bonjour ! Les cachets de la Poste faisant mal au foie il va y avoir du retard dans les échéances à régler. Là, c’est une faute professionnelle grave. Bernard risque sa place.

dimanche 25 octobre 2009

Jusqu'à l'Ivresse.

Cliquez dessus pour agrandir l'image.
De la sixième à la Terminale au lycée Jules Ferry Place Clichy, ça créé forcément des liens. Depuis les copines ne se sont jamais quittées. Du moins pas vraiment. Des nouvelles, des cartes postales, quelques réunions dont je n’ai pas été témoin, des fortunes diverses et la vie qui nous roule sans ménagement au fond de son torrent parfois boueux.
Et les voila enfin réunies ces amies tant attendues, aux retrouvailles émouvantes où de main en main transitaient les photos des enfants tout en évoquant les images du passé, question de rafraichir la mémoire de chacune. Les maris sont venus depuis longtemps se greffer sur cette amitié de longue date sans regimber captant au hasard des bribes de vie adolescente que magnifient les souvenirs. Et moi, j’étais là, face à mes nouveaux amis à les découvrir, les regarder, les écouter, les savourer.
A table nous avons fait le tour du monde sans passeport ni bourse déliée. Nous écoutions Christine et Jean-Alain, grands voyageurs devant l’Eternel, narrer mille aventures. D’Israël, en passant par l’Egypte, la Syrie, la Jordanie, je me disais in petto qu’à sortir des sentiers battus et des voyages organisés, depuis Moïse, la région n’était que source d’emmerdements et d’incompréhension totale entre les peuples. Puis ce fut, le Mexique, l’Australie, le Cap-Vert, la Chine avec des anecdotes si savoureusement racontées qu’il m’eut bien plu d’être du voyage pour parfois me faire chier au fond du car en présence de Jean-Alain et partager avec lui le silence.
La clepsydre a fini d’écouler le temps imparti, et avec le dernier métro ils se sont évaporés dans la nuit avec, comme dans les contes de fée, l’une d’elle oubliant son parapluie. Mais je sais l’amitié tenace et je reste assuré qu’un nouveau jour se lèvera que nous boirons ensemble jusqu’à l’ivresse.

samedi 24 octobre 2009

La mal bouffe.

Selon des informations du journal Libération, on ne verra pas, dimanche dans "Zone interdite" sur M6, l’enquête de 40 minutes menée par "Tony Comiti Productions" sur les failles de la restauration rapide. « Censure », disent les journalistes de la chaîne qui protestent dans une pétition adressée à leur direction. « Juridiquement, le sujet n’était pas valide », avance une porte-parole de la chaîne. Ce numéro de Zone interdite, intitulé « Nouveaux produits, nouvelles habitudes, révélations sur nos assiettes », comportait en effet son petit lot de scoops sur la restauration rapide. Une enquête menée en caméra cachée montre d’abord que, dans un restaurant McDonald’s, les précautions d’hygiène ne sont pas respectées : hamburgers laissés en vente pendant des heures, étiquettes mentionnant la date de péremption des produits remplacées par d’autres sitôt la durée de vie du produit dépassée... L’équipe de journalistes de Tony Comiti Productions, qui réalise le reportage pour le compte de M6, prend le soin de montrer les images à la direction française de McDo afin d’obtenir une réaction. Finalement, McDo délègue un autre franchisé de sa chaîne, lequel plaide que l’hygiène est mieux respectée dans le millier d’autres McDo français. Ca n’a pas suffi à la direction de M6 : à la trappe, les révélations sur l’hygiène douteuse de McDo. Mais ce n’est pas tout. Le sujet démontrait également que les poulets censés être Halal vendus chez KFC ne sont pas abattus selon le rite musulman tel que l’établissent les mosquées françaises. Là encore, les journalistes prennent le soin de contacter KFC pour obtenir une réaction. Là encore, la direction de M6 refuse toute mention de KFC.
Tony Comiti, qui n’a pas souhaité commenter les informations de Libération, a livré le sujet tel quel à M6, sans y couper quoi que ce soit. La direction de M6 a tout bonnement écarté le reportage pour le remplacer par une rediffusion. « Le sujet était béton et journalistiquement et juridiquement, proteste un journaliste de la Six, il y avait la réponse de McDo et la réponse de KFC, cette censure fait froid dans le dos. » Aucune explication n’a été fournie à la rédaction de M6 ni à celle des magazines qui, vendredi, a lancé une pétition de protestation.

jeudi 22 octobre 2009

Copinage

Annoncer la naissance d'un blog images n'en contenant qu'une seule était un rien prématuré. Maintenant qu'il est quelque peu nourri, je peux fournir à mes lecteurs le lien vers celui-ci :
Vous le trouverez dorénavant dans la liste des liens à droite de ce blog.

lundi 19 octobre 2009

Calendrier des Postes

Week-end garderie mouvementé avec la marmaille de Wally qui a donné naissance il ya quinze jours à quatre chiots dans le vent. Selon la formule consacrée la maman et les enfants se portent bien.

dimanche 18 octobre 2009

"Un boulot pour Jeannot"

Bousculé par la polémique autour de sa nomination à la tête de l'EPAD, Jean Sarkozy risque fort de ne pas obtenir cet emploi dont il rêvait tant.
Actifs depuis toujours dans la lutte pour l'intégration professionnelle des jeunes de banlieue, les Jeunes Verts ont décidé de venir en aide à ce jeune habitant du 92 victime de mauvaise orientation professionnelle. A partir d'aujourd'hui les Jeunes Verts ouvrent une Agence Pour l'Emploi de Jean Sarkozy (APEJS) : "Un boulot pour Jeannot".
N'hésitez pas à envoyer vos offres d'emplois, qui correspondent à sa formation et à ses compétences, à l'adresse : unboulotpourjeannot@jeunesverts.org Les meilleures offres d'emploi seront bientôt publiées sur le site internet: http://jeunesverts.org/unboulotpourjeannot (qui sera ouvert dès l'arrivée des 10 premières offres).
En attendant, les Jeunes Verts ont déjà déniché quelques offres sur Internet qui correspondent à son profil de BAC+2 :
- CDD de 6 mois, standardiste au sein d'une association d'aide aux anciens traders de la Défense, Bac +2, salaire : 1200 euros net /mois, blackberry pro, 100 actions de Lehman Brothers offertes.
- stage de 3 mois, assistant au sein du cabinet du vrai maire de Corbeil-Essonnes, Bac +2, salaire : 300 euros net/mois et 10 actions du groupe Dassault offertes.
- stage de 5 mois, assistant du speechwriter au sein de l'équipe de campagne de Valérie Pécresse (pour remplacer Taguy), Bac +2, salaire : 400 euros net/mois et 5 tickets resto.
- stage de ramasseur de balles pour les matchs de barrage de l'équipe de France pour la Coupe du Monde 2010. Salaire : un maillot avec l'autographe de Gignac.
Les Jeunes Verts sont également inquiets par le nombre croissant d'échecs des jeunes en Licence. Nous souhaitons donc bonne chance à Jean Sarkozy pour cette énième tentative de passage en Master de Droit.
Courage Jeannot

samedi 17 octobre 2009

Schubert : Le voyage d'hiver

On se serait attendu à ce que le ténor anglais Mark Padmore, connu pour ses succès dans le répertoire baroque (des cantates de Bach aux tragédies lyriques de Rameau), aborde le lied romantique dans un esprit «historique» : accompagné par un pianoforte du XIXe siècle, en ajoutant à son chant des ornements improvisés. Du baroque, Mark Padmore a préféré ne retenir que la leçon d'engagement dramatique, à la dévotion du sens des mots comme du lest des notes. Il ne pouvait s'associer à meilleur partenaire, à complice plus inspiré que son compatriote le pianiste Paul Lewis. Digne émule de son mentor Alfred Brendel, qui accompagna souvent le baryton Dietrich Fischer-Dieskau dans des cycles de lieder, Paul Lewis se comporte en effet à son clavier comme un metteur en scène de théâtre à sa régie. Changement à vue du décor, réglage des poursuites de lumières, chorégraphie des déplacements, le Steinway de Paul Lewis est un dramaturge complet. Déambulation tout intérieure, les vingt-quatre lieder du Voyage d'hiver déroulent la chevauchée en surplace d'un jeune amoureux trahi par son égérie. Avec, pour toile de fond, une sombre fantasmagorie de lande désolée, de cimetière à l'abandon. Tour à tour blizzard et sirocco, un vent méchant s'engouffre dans les arbres, des rafales de doubles-croches font tournoyer la girouette, cingler la neige sur la face livide du voyageur. Le timbre boréal de Mark Padmore projette sur les vers de Wilhelm Müller un reflet nacré de givre blanc. Au dernier lied - passage de relais à un mendiant joueur de vielle -, la musique, comme épuisée, se fige - accords en creux, mélodie en lambeaux. Chanteur et pianiste s'immobilisent, comme les deux personnages d'En attendant Godot, Vladimir et Estragon, à la fin de la pièce : « Alors, on y va ? - Allons-y ! » Ils ne bougent pas, ajoute Samuel Beckett. Gilles Macassar

vendredi 16 octobre 2009

"Un art sans présence, c'est de la décoration."

Rétrospective du 14 octobre 2009 au 8 mars 2010, centre Georges Pompidou.
Certains artistes ressemblent à leur oeuvre. Tel est Pierre Soulages. Lorsqu'il vous accueille sur le seuil de sa maison-atelier de Sète, face à la Méditerranée, à côté du cimetière marin où repose Paul Valéry, l'impression est saisissante. Du dernier colosse de l'abstraction d'après-guerre se dégage d'emblée une imposante présence. Lumineuse. Qui, sous les dehors d'une apparente austérité, va de pair avec une extrême courtoisie, une culture et une curiosité qui sont l'apanage de l'honnête homme mais aussi d'un artiste à part. Ami de Giacometti, de Hartung et de Rothko, le maître de l'"outrenoir" aura su rester fidèle à une même ligne, tout à la quête d'un art de l'essentiel, sans, pour autant, cesser d'innover. Eloge de la lumière dans l'ombre, oeuvre au noir conçue dans la solitude.
La rétrospective qui va s'ouvrir au centre Pompidou est la plus grande consacrée à un artiste vivant dans ce musée. Que montrera-t-elle ?
Le terme de rétrospective m'a toujours déplu. Je n'ai jamais aimé regarder vers l'arrière. L'important, c'est la toile que je ferai demain. Je préfère parler d'une exposition d'ensemble. Elle déploie soixante-trois ans de mon parcours : des oeuvres de mes débuts, à partir de 1946, jusqu'aux polyptyques de grand format récents - certains datant de 2009. Elle s'inscrit dans une continuité : ce goût pour le noir, qui m'accompagne depuis l'enfance. Lorsqu'on me donnait des couleurs pour peindre, je préférais tremper mes pinceaux dans l'encrier. Sans doute mon attirance pour cette couleur remonte-t-elle à cette époque. L'exposition commencera avec des brous de noix, des goudrons... Des matières banales, vulgaires, mais que j'aimais.
Vous êtes donc resté fidèle à la même ligne esthétique ?
Oui, mais avec une rupture, en 1979, autour de laquelle s'articule la scénographie de l'exposition. Cette rupture s'est produite incidemment tandis que je peignais. J'étais alors persuadé de rater le tableau auquel je travaillais et, malgré cette conviction, je continuais à peindre. Quelque chose d'extrêmement fort en moi m'y poussait. Je ne peignais plus avec le noir dont la toile était entièrement recouverte, mais avec la lumière réfléchie par les différents états de surface du noir. Cette lumière venant du noir dépassait le simple phénomène optique. Cela m'a bouleversé. C'est à ce moment que, sur le modèle des termes "outre-Rhin" et "outre-Manche", qui désignent d'autres pays, j'ai inventé le mot "outrenoir". Une manière de désigner, là aussi, un autre pays. Un autre champ mental que celui atteint par le simple noir.
Vous êtes souvent considéré comme le peintre de mono-chromes noirs. A vous écouter, il s'agit d'un malentendu.
Absolument ! Il faut voir avec ses yeux, et pas avec ce qu'on a dans la tête. En réalité, mon travail est monopigmentaire mais à l'opposé du monochrome. Une salle à mi-parcours de l'exposition dissipera, j'espère, ce malentendu. Mes toiles seront accrochées dans cet espace où sol, murs, plafond seront également noirs. Grâce à ce dispositif, on verra que, dans mes peintures, il s'agit d'une lumière réfléchie, transformée et transmutée par le noir. Ce qui m'intéresse, c'est d'explorer les variations possibles des états de surface du noir. Et, avec une grande économie de moyens, de jouer des intensités de moments différents. Lorsqu'on y réfléchit, le noir est fondamental dans l'histoire de la peinture. Il y a trois cent quarante siècles, des hommes sont descendus peindre dans l'obscurité totale des grottes et peindre avec du noir. N'est-ce pas troublant ?
Vous faites sans cesse référence à la lumière qui émane de vos tableaux. Vos recherches s'apparentent-elles à une quête métaphysique ?
Pour moi, non. Mais on peut dire que le noir est la couleur de notre origine. Avant de naître, nous sommes dans l'obscurité. Puis nous voyons le jour et nous allons vers la lumière. C'est ce que pensaient les Rose-Croix. Pour des raisons métaphysiques, Robert Fludd, un rosicrucien, a fait le premier carré noir, en 1617. Ce n'est pas Malevitch, en 1915, comme on le croit souvent.Si ce n'est par sa dimension métaphysique, comment définir une oeuvre d'art ? Un jour, au Louvre, j'ai été bouleversé par une sculpture mésopotamienne. Je me suis demandé ce que j'avais à voir avec l'homme qui a fait cela, il y a des siècles : je ne connais pas ses idées, nous ne partageons ni la même culture, ni la même religion. J'ai alors compris que mon intérêt n'était pas tourné vers ce que représentait l'oeuvre elle-même mais tenait à la forte présence qui s'en dégageait, liée aux qualités physionomiques de ses formes et non à une tentative "illusionniste" de restituer les apparences. Un art sans présence, c'est de la décoration. Je suis toujours allé dans ce sens.
Qu'en est-il de la dimension, elle, bien matérielle, de vos oeuvres ? Vous privilégiez, de longue date, les grands formats.
J'ai privilégié aussi - je l'analyse a posteriori - la verticalité. Très tôt, j'ai délaissé le chevalet pour peindre à même le sol, mais j'ai toujours pensé et vu mes toiles debout. J'ai abandonné les châssis standards du commerce et préféré décider moi-même des dimensions et des proportions de mes toiles. En général, j'ai choisi des rapports de dimensions irrationnels, plus dynamisants. Par exemple, celui qu'il y a entre la diagonale et le côté du carré. Je trouve cela plus agréable à l'oeil.
Parallèlement à votre exposition au centre Pompidou, Henri Loyrette, le directeur du Louvre, vous a proposé d'accrocher une de vos oeuvres dans une salle du musée. Quel est l'intérêt pour vous, artiste contemporain, de vous confronter aux grands maîtres ?
J'ai choisi une salle que j'aime particulièrement, celle de la première Renaissance italienne, à côté de La Bataille de San Romano, de Paolo Uccello, que, depuis toujours, je place au plus haut des chefs-d'oeuvre de la peinture. Ma toile sera accrochée sur un mur qui fait face aux fenêtres, de telle sorte qu'elle renverra la lumière. Dans cette salle règne aussi la Maestà, de Cimabue, que j'admire énormément. Lorsqu'on entre, on ne voit qu'elle. Il n'est pas question de comparer des oeuvres aussi étrangères les unes aux autres. Cependant, installer une de mes toiles dans un tel lieu a un sens. En effet, c'est à cette époque que se situe la transition entre la peinture byzantine et la technique "illusionniste" qui aboutit à la perspective. A ces deux conceptions de l'espace s'ajoute celle d'une peinture abstraite comme la mienne. La lumière venant des fonds d'or de la Maestà me fait également penser à l'espace rencontré dans ma peinture "outrenoir". Dans les deux cas, elle vient vers le regardeur, créant un espace devant le tableau. C'est ce que j'ai pensé la première fois que j'ai vu une exposition de Picasso, à la fin des années 1930. Mes camarades n'y voyaient que de la foutaise. Moi, je n'étais pas choqué. J'ai tout de suite été impressionné et intéressé. J'y voyais un lien avec les arts primitifs. Ce n'était pas si éloigné des émaux médiévaux de Conques. Guernica est très proche de l'Apocalypse de Saint-Sever ! *
Vous avez très tôt développé des liens avec les Etats-Unis et compté de grands peintres américains parmi vos amis. Ces rencontres ont-elles eu une influence sur votre parcours ?
J'ai exposé dès 1949 à New York, avec quatre autres peintres abstraits français. Ce fut un flop total. Mais tout le monde nous a vus. J'ai eu plusieurs expositions personnelles à la galerie Kootz et j'ai régulièrement participé à des expositions dans différents musées, dont le MoMA, qui s'appelait encore à l'époque le Museum of Modern Art. Ce n'est que beaucoup plus tard, en 1957, que je suis allé aux Etats-Unis. Pollock n'était plus là mais j'y ai alors rencontré De Kooning, Motherwell, Kline... Et Rothko, avec qui la première rencontre a été orageuse. Il m'a agressé dans une soirée, et ma réponse fut telle qu'il m'a invité à déjeuner chez lui le lendemain. Ainsi a démarré notre amitié, à partir d'une prise de becs. Plus tard, j'ai bien connu aussi Newman. Nous avions tous en commun de faire de la peinture abstraite sur de grands formats. Mais ces rencontres n'ont pas été déterminantes et ne m'ont pas influencé. J'exposais déjà depuis plus de dix ans. Mes influences sont à chercher loin ailleurs. Plutôt du côté de la peinture romane, de l'art préhistorique.
Etes-vous sensible à d'autres formes d'expression ?
J'aime le théâtre, l'architecture, le cinéma... Citizen Kane m'avait emballé. J'ai eu des cinéastes comme collectionneurs : Charles Laughton, Otto Preminger, Clouzot, entre autres. Aujourd'hui, je suis moins libre de mon temps. Je travaille aussi beaucoup dans mon atelier. Ce que je fais est exigeant, demande de la concentration et de l'effort physique. La poésie m'a en revanche toujours accompagné.
Avec une prédilection pour un genre en particulier ?
Des poètes du Moyen Age aux contemporains. J'apprécie particulièrement l'un des premiers troubadours, Guillaume d'Aquitaine, et notamment l'un de ses poèmes, dont j'ai fait ma profession de foi esthétique. Il y est question du "pur rien", d'une insatisfaction perpétuelle, comparable à celle de l'artiste, et du refus des théories. Toutes choses qui m'ont toujours guidé. Je l'ai souvent répété : "C'est ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche." Cela m'a conduit à changer ma perception de la peinture, comme avec l'"outrenoir". Quand on sait ce qu'on va faire, on est un artisan. Ce n'est pas ma conception de la création artistique. De la même manière, lorsqu'on m'a sollicité pour réaliser les vitraux de l'abbatiale de Conques, j'ai été amené à inventer un nouveau verre afin de respecter au mieux la lumière naturelle et l'esprit du lieu. Il faut savoir rester curieux.
Le futur musée Soulages, qui ouvrira en 2012 à Rodez, votre ville natale, reposera-t-il sur cette philosophie ?
J'ai en effet souhaité qu'y soit montrée, en particulier à travers les divers épisodes de la fabrication des vitraux de Conques, la part du hasard dans la création et dans l'invention de nouvelles techniques. Une démarche fondée sur la recherche, où l'inconnu a sa part. Si on garde les yeux ouverts, l'imprévu est toujours possible. Et peut devenir déterminant. J'ai souvent dit que j'étais contre les musées d'artistes, trop souvent semblables à des mausolées. Un musée doit être vivant. J'ai accepté ce projet à une autre condition : que soit créé un espace de 500 m² pour accueillir des expositions temporaires.
La création de ce musée est-elle pour vous une forme de consécration ?
Non, je n'ai jamais rien recherché de tel. Plus de 100 grands musées dans le monde ont déjà acquis mes oeuvres. Si j'ai eu la chance d'être reconnu très tôt, dès 1948, c'est grâce à une exposition collective qui a circulé en Allemagne. Et le premier historien d'art à entrer dans mon atelier, la même année, était américain : James J. Sweeney, conservateur du Museum of Modern Art. Les Français, au début, m'ont avalé de travers. A Paris, on s'est aperçu que j'existais parce que les étrangers s'étaient intéressés à ma peinture. Ma première grande exposition personnelle en France - Malraux était alors ministre de la Culture - a eu lieu en 1967, au Musée national d'art moderne. Mais elle arrivait après l'Allemagne, la Hollande, la Suisse... D'ailleurs, la préface du catalogue précisait que, si j'étais ainsi honoré, c'était en tant qu'ambassadeur de la peinture française à l'étranger !
Cela ne vous a pas empêché de devenir l'artiste français vivant le plus cher. L'un de vos tableaux a été adjugé, il y a quelques mois chez Sotheby's, 1,5 million d'euros.
Que des gens aiment ma peinture, j'en suis ravi. Mais l'art comme commerce ne me concerne pas. Que signifie être le peintre français le plus cher ? C'est le marché qui veut ça. Je n'aime pas davantage les biennales, où tous les artistes combattent derrière le drapeau de leur pays, comme aux Jeux olympiques. L'art n'est pas une compétition, avec un premier et un second. Chaque artiste est unique, irremplaçable. Une oeuvre n'est pas non plus un moyen de communication. C'est quelque chose de bien plus profond, qui va à l'essentiel.
Entretien par Annick Colonna-Césari, Stéphane Renault.

jeudi 15 octobre 2009

Salon du matériel photo

Attiré par la fièvre de l’or mon grand-père a brûlé ses économies pour s’enfuir au Klondike jouer les orpailleurs dans la rivière du lapin. Rapidement sans le sou et mort de faim, il a fini sherpa pour des cintrés du bulbe dans la vallée de Yosemite au Sierra Nevada à se coltiner des chambres photographiques, des valises d’objectifs, des châssis porte films et tout le toutim chimique pour le développement. De quoi crever les mules et dégoutter à jamais mon grand-père de la photographie. « GLC ! GLC !» gueulait-il à qui voulait bien l’entendre quand il avait trop bu. Gros, Lourd et Chiant ! voulait-il dire, préférant le dessin à la photo et la chambre à condition d’y coucher avec des filles. De retour en Europe, il fit trente-six métiers, pas convaincu du tout par l’avenir de la photographie aux améliorations bien trop lente pour lui. Déchiré à l’absinthe, il eut une illumination et dessina sur un coin de nappe ce qui à ses yeux devrait être le prototype même d’un appareil photo petit format. Nappe que lui piqua un allemand qui commercialisa l’affaire en 1925 sous le nom de Leica. Après la photographie, mon grand-père fut complètement dégoutter des affaires et sombra dans l’alcoolisme ruinant sa famille et son foyer. L’arrivée du film en rouleaux, des foldings et autres conneries du genre ne le convainc pas. Il mourut sans avoir jamais pris une seule photographie. Son fils, fort de l’héritage paternel s’offrit en hommage à son père un catalogue Kodak. Il hésitait encore lorsque le Nikon F pointa son nez avec un mono objectif 35mm vers la fin des années 50. Mon père, donc, attendit que celui-ci fasse réellement ses preuves avant de se décider. Il fit bien car le Nikon F2 lui succéda un peu plus de dix ans plus tard lui-même remplacé par le Nikon F3 en 1980, l’année même de sa mort. Preuve s’il en est qu’il faut savoir patienter. Surtout que l’année suivante, juste au moment ou encore sous le coup de chagrin, j’ai failli craquer pour l’argentique, Sony présenta le Mavica, premier appareil photo analogique doté d’un CCD de 279000 pixels et des brouettes. J’ai eu du pot. Comme quoi faut jamais se laisser submerger par l’émotion. En moins de vingt ans nous sommes passés d’un capteur de 279000 pixels et des brouettes à 111 millions de pixels sur un capteur CCD à usage astronomique. Cette avancée technologique laisse augurer dans les années à venir la grande exposition du Siècle autour des grilles du jardin du Luxembourg : «les Cons vus du ciel.» En attendant, je me renseigne et j’observe. On n’est jamais trop prudent avant d’acquérir du matériel fiable.
Salon de la Photo du 15 au 19 octobre 2009 Porte de Versailles.

mercredi 14 octobre 2009

Mon frangin


Parmi les rares photos de famille que je possède, celle de mon frère ainé dégage le charme suranné de celles d’un Doisneau ou d’un Ronnis, loin des clichés scolaires traditionnels. Mauvais élève, bagarreur, déconneur, il à fait les 400 coups. Pas un bel exemple à suivre, donc. Il fut pendant longtemps ma référence. Je suis arrivé dans sa vie alors qu’il avait 14 ans. A ma naissance, il m’a langé et donné le biberon bien plus souvent qu’à son tour, tandis que ma mère s’y refusait, acceptant difficilement cette maternité tardive. Dans les années soixante, mes premières joies du camping se sont passées en compagnie du jeune couple que formait Marie-Louise et Jean-Luc.
Cette photo ne cesse de m'émouvoir et de me faire rire. Il a fêté cette année ses 70 ans. La vie lui a roulé dessus et ne l'a pas épargné, mais dans les bons moments il conserve toujours ce pétillement dans l'oeil et cet air gouailleur qui savaient me charmer et opèrent encore aujourd'hui.

lundi 12 octobre 2009

We Want Miles

Le Musée de la Musique consacre une rétrospective du 16 octobre 2009 au 17 janvier 2010 à l'un des grands créateurs de la musique du XXème siècle : Miles Davis (1926-1991). Cette exposition, présentée sur 800 m², propose de retracer le parcours du musicien, de la ville de son enfance, East St Louis, jusqu'au concert rétrospectif qu'il donna sur le site même de la Villette à Paris. Quatre séquences thématiques s'enchaînent chronologiquement afin que les visiteurs puissent découvrir les grands temps de sa carrière en découvrant films inédits, partitions originales manuscrites, instruments, documents originaux, costumes de scène... Miles Davis, dont on connaît la férocité depuis sa savoureuse autobiographie, redoutait une chose par-dessus tout : se retourner sur son passé. Il n'a consenti à le faire qu'à la fin de sa vie, pour deux concerts, qui eurent lieu quelques semaines avant sa mort. Sans doute avait-il raison de se tenir à l'écart de la nostalgie… L'un de ces deux événements, qui s'est tenu le 10 juillet 1991 à la Villette, est diffusé à la fin du parcours intitulé «We Want Miles !», installé en face de la Grande Halle, dans la Cité de la musique.
Résumer soixante-cinq années d'une vie aussi riche et complexe que celle du trompettiste constituait une gageure dont les concepteurs de l'exposition se tirent admirablement. Adoptant un découpage chronologique, la navigation est d'une grande fluidité : on est accueilli par la voix du maître. Ces cordes vocales passées à la paille de fer sont aussi caractéristiques que le son de sa trompette bouchée.
Quand d'autres projets du même calibre s'attachaient aux objets et à l'anecdote, la scénographie place la musique au centre du dispositif, à travers des « sourdines », manières de cabines dans lesquelles sont diffusés les morceaux emblématiques des ruptures stylistiques d'un musicien jamais fixé dans une formule, fût-elle celle du succès. De grands panneaux photographiques rythment le parcours, comme des têtes de chapitre : photo de sa ville natale (Saint Louis), image du studio new-yorkais dans lequel furent gravés Kind of Blue et les albums avec Gil Evans - une ancienne chapelle.
Le premier niveau se termine avec l'évocation du second quintet des années 1960 et la photo d'une Ferrari incarnant l'éclatante réussite du gamin noir qui confia un jour que son vœu le plus cher aurait été d'être blanc. À l'étage inférieur, on est accueilli par la diffusion du concert de l'île de Wight et les expérimentations électriques d'un homme assoiffé de reconnaissance, qui comptait séduire le public blanc, appuyé par sa maison de disques. Psychédélisme des pochettes, électricité furieuse des instruments : l'accrochage plus heurté des salles répond aux secousses d'une époque dans laquelle Davis finira par s'égarer. Un cul-de-sac qui se traduira par un silence de plusieurs années, illustrées ici par un long tunnel sombre dans lequel est offert He Loved Him Madly, cri d'amour désespéré de trente minutes donné en hommage à Duke Ellington, disparu en 1974.
La dernière partie de l'exposition s'attache à montrer comment Davis a su exploiter son image jusqu'à la nausée, de son retour à sa mort. Films de publicité, tenues de gangster dérisoires, mitraillette de pacotille. Le parallèle avec le Gainsbourg usé de la période Gainsbarre, qui couvre les mêmes années (1981-1991), est troublant. Jusqu'à la musique, pathétique tentative de se raccrocher au wagon de la mode, qui favorise alors boîtes à rythme martiales et synthétiseurs criards. Les vitrines exhibant les tenues de la fin de sa carrière, dignes de celles d'un riche souteneur, replongent au cœur d'une décennie dans laquelle Davis s'expose littéralement. Les quelques toiles présentées trahissent l'influence envahissante de Jean-Michel Basquiat. Deux des tableaux de ce dernier illustrent la phase durant laquelle Davis avait rejoint Charlie Parker et Dizzy Gillespie dans les clubs de la 52e Rue, à Manhattan.
Commissaire de l'exposition, Vincent Bessières a prêté son œil d'expert et sa passion sans tomber dans l'hagiographie. « Même après avoir travaillé de longs mois sur ce projet, je ne cerne toujours pas la personnalité réelle de Miles Davis », avoue-t-il humblement.
Alors autant diffuser la musique, ce que ce parcours propose en invitant les visiteurs à brancher un casque d'écoute pour entendre les chefs-d'œuvre inaltérables de la période 1949-1972

samedi 10 octobre 2009

Gustave Flaubert, une manière spéciale de vivre.

Lors d'une série de conférences données par Pierre-Marc de Biasi sur "Les manuscrits de Flaubert" dans l'auditorium du Musée d'Orsay, il y a de ça plusieurs années, je me souviens de cet orateur, accompagné de quelques notes, capable de captiver son auditoire sur les recherches manuscrites, racontées comme une véritable et passionnante enquête policière. Pierre-Marc de Biasi, chercheur au CNRS et producteur à France Culture, est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages sur Flaubert - dont il a assuré l'édition critique des Carnets de travail et du Voyage en Egypte (Grasset)
Qu'est-ce qu'une vie d'écrivain? Une enfance, des amours, des voyages, des amitiés, des soucis d'argent, des mondanités, des succès, des revers... Mais, au fond, tout cela a-t-il quelque chose à voir avec l'oeuvre, l'écriture, le style? Et qu'est-ce qui fait que cette vie-là, précisément, est celle d'un écrivain?
Ces questions touchent toute entreprise biographique mais elles deviennent cruciales quand on aborde une figure comme celle de Gustave Flaubert. Si son oeuvre a révolutionné le romanesque, c'est au nom de nouvelles exigences - l'impersonnalité, le refus de conclure, la relativité des points de vue - qui installent au coeur de son écriture une figure du vide : " personnalité de l'auteur : absente."Comment, dans ce cas, partir à la recherche de l'écrivain sans trahir son projet? Pour lui, l'oeuvre est tout, l'auteur n'est rien. Le plus beau cadeau que pourrait lui faire la postérité serait de ne rien savoir de sa vie contingente, en lisant ses textes comme s'il n'avait jamais existé... Le problème s'aggrave encore si l'on considère l'autre aspect des choses : le versant "guenilles" de sa vie. Là, c'est bien pire : non seulement nul ne doute que Flaubert a existé, mais chacun peut se faire ne idée très précise de son agenda en se plongeant dans les cinq mille pages de sa Correspondance. A l'impersonnalité structurale de l'oeuvre répond une exceptionnelle réussite de l'écriture du quotidien, tour à tour profonde, cinglante, drôle, émouvante... C'est en jouant sur ce double registre que Pierre-Marc de Biasi ressuscite ici son Flaubert. De l'œuvre à l'existence, en perpétuel aller-retour. Avec, entre les deux, "une manière spéciale de vivre"...
Pierre-Marc de Biasi; Gustave Flaubert une manière spéciale de vivre; Grasset

vendredi 9 octobre 2009

Chaud devant !

Le petit sur le flanc, j'ai crains le pire. Je l'ai isolé dans sa chambre,enfilé une combinaison et parlé à travers l'hygiaphone : « T'as mal où ? - Au ventre. – Le ventre, c’est vague. -Vertiges, mal au ventre, diarrhées, vomissements .» me fut répondu entre deux gémissements. « T'as de la température ? - Je crois – Comment ça, tu crois ! t'en as ou t'en as pas ? » Le petit a ouvert la porte. J'ai levé la tête. « Je suis un peu chaud » qu'il m'a fait. Je l'ai palpé. Effectivement, l’était un peu chaud ? « Bon, j'appelle. » Le temps de récupérer le bigophone sous un fatras chez l’égrotant. « Allô ! Service Médical de Paris ! Oui, c'est pour le petit, il a des vertiges, mal au ventre, de la diarrhée et des vomissements. Pardon ? 16ans. Pardon ? De la température ! oui, je crois. Il est un peu chaud, en fait. S'ill'a prise récemment ? » Je m’informe. « Loulou, tu l'as prise quand ta température ? –Ce matin. - Et t'avais combien qu'on me demande ? - 38° - allô, il avait 38°.Et maintenant ? Ben, il a un peu chaud. Combien ? Je sais pas. » Je m’informe. Loulou ! T'as combien maintenant ? - Je sais pas. - Y sait pas. Comment ? Vousvoulez sa température. » Je l’informe. « Loulou ! Va falloir laisser tomber un peu tout ça et me prendre ta température, fissa ! Allô, voulez pas que je vous rappelle ? Non, vous avez tout votre temps. » Bon, alors me voilà parti à la recherche du thermomètre dont la placed'origine est désespérément vide. Rien dans la salle de bains, rien dans lapharmacie. Je plaque ma main sur le téléphone. « Loulou ! Où qu'il est lethermomètre ? - Je sais pas. » Putain de gosse à jamais prendre soin des affaires. Sur tout le thermomètre. Pourvu qu'il ne se le soit pas oublié dans le rectum. Il le sentirait quand même. Et moi de courir partout avec les Urgences Médicales de Paris en ligne à la recherchede ce foutu de thermomètre tandis que le petit surfe sur Facebook. En casde panique il vous vient parfois de ses idées. J'ai vidé la boîte à outil,les tiroirs de la cuisine, mes poches. Jeté un œil dans le frigo. Rien. " Vous êtes sûr que vous avez besoin de sa température ? - Oui, monsieur. Pas de température, pas de médecin. - Ah bon ! » Je replaque ma main sur le bigophone.« Elle veut ta température ! » je souffle au gosse. - Et comment je faissans thermomètre ? » J'ai soudain des envies de meurtres. « Allô ! Il a comme ce matin en fait. - C'est à dire. - Ben, 38° - Vous aurez quelqu'un dans deux heures – Deux heures ! - Nous sommes surbookés – La grippe. – La grippe et le reste. » Clac ! Le reste, c’est comme qui dirait moi, avec le gosse un peu chaud, sans thermomètre, qui se tord de douleur devant Facebook. C’est terrible de voir son gosse souffrir comme ça, répondant à la fois au téléphone et à ses texto, tout en gardant l’œil rivé sur Facebook. On dirait un agent du F.B.I. Quel talent. Et toujours pas de thermomètre. Je fais un tour tranquille pour la forme. Même l’étui a disparu. C’est un vol manifeste. Heureusement Pupuce est passée à la pharmacie et nous en ramène un nouveau que l’on ôte fébrilement de son emballage. Il est bleu avec un bel écran digital et un embout souple pour ne pas se blesser en cas de précipitation. Il est beau, il est bleu mais il ne fonctionne pas. Dans aucun rectum d'ailleurs. Pas d’affichage, pas de bip, rien ! L’émotion, peut-être. Avant c’était simple, que ce soit au mercure ou à l’alcool toujours la même méthodologie ancestrale. On se le secouait. On se le mettait. On se comptait une minute. On se le retirait. On se le lisait. On se le nettoyait. On se le rangeait et basta ! Maintenant faut sortir de Polytechnique. Alors Pupuce et moi on se retrouve avec le thermomètre en carafe en quatre morceaux sur la table du salon. On sonne à la porte. C’est les Urgences Médicales de Paris. Le toubib jette un œil sur le thermomètre en puzzle. Il nous trouve un rien drôle. A croire qu’il est venu spécialement pour nous. Il ausculte le petit, diagnostique une gastro, ordonnance et s’en va. Sur le pas de porte il rejette un œil au thermomètre et à nos gueules de merlans pas frais. «Ce doit être la pile.» Clac !
Faché tout rouge je descends à l'oficine me faire rembourser. Ils m'en refourgue un neuf que je ne peux même pas essayer sur place. "Imaginez, si tout le monde faisais comme vous." Et alors ! C'est un peu vrai, mais bon c'est encore m'a gueule qui l'a dans le cul avec du made in China. Et je vois bien à la gueule de l'autre qu'il me prendrait presque au mot : si tu l'a dans le cul, t'a s qu'a prendre ta température. Et toc ! Imparrable. C'est bien de l'humour de pharmacien, tient.
En tout cas, moi, je te le teste. Et vlan ! Bip! Bip! Bip! Bip! 37°.
"Tu vois bien qu'il ne marche pas, j'ai pas de fièvre. - Ce n'est pas une obligation non plus, la fièvre. - Précise. - Demain, tu vas au boulot. - Et le petit ? - Trois jours de repos."
Sale gosse.

jeudi 8 octobre 2009

Soutien au documentariste José Chidlovsky

Peut-on encore aujourd’hui réaliser un documentaire sur des personnes privées de papiers ?
Pour s’être immergé dans le sujet, le réalisateur José Chidlovsky risque aujourd’hui d’être inculpé :La société Zadig , avec le soutien du Conseil Régional de Midi-Pyrénées, s’est investie dans la production de Journal de Sans Papiers, documentaire auquel travaillent depuis plusieurs mois les réalisateurs Rabeha El Bouhati et José Chidlovsky. Tourné dans les régions parisienne et toulousaine, ce film traite des conditions de vie de personnes privées de papiers, en témoignant de leur quotidien, de leurs peurs et de leurs espoirs par le biais de caméras qui leur ont été confiées. L’un des protagonistes principaux de ce documentaire est une jeune femme d’origine algérienne : S.F. ; à l’anniversaire de ses 18 ans, elle a déposé en avril dernier une demande de titre de séjour en préfecture de Haute-Garonne. Elle a déclaré à cette occasion être hébergée au domicile de José Chidlovsky. Alors qu’elle attendait ardemment son passage à l’âge adulte comme une promesse d’émancipation, elle redoutait aussi, la date approchant, de devenir une “sans papiers” en âge d’être expulsée. C’est dans une crise de désespoir que les réalisateurs l’ont sauvée in extremis d’une tentative de suicide alors qu’elle enjambait la balustrade d’un balcon situé au 11è étage de sa tour.
Depuis ce jour, S.F. a vécu effectivement chez le réalisateur. À son dossier, étaient joints de nombreux témoignages attestant de sa parfaite intégration à la société française et de son profond désir d’émancipation. Une attestation de Zadig certifiait par ailleurs l’implication sincère et talentueuse de S.F. dans ce projet documentaire.
Quelques semaines après avoir déposé cette demande, S.F. recevait de la Préfecture une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF), exécutoire dans un délai d’un mois. Depuis, la jeune femme vit dans la peur et la clandestinité.
Courant août, deux policiers en civil de la Police Aux Frontières (PAF) se sont présentés au domicile toulousain de José Chidlovsky, afin de procéder à son interpellation, ainsi qu’à celle de S.F. N’ayant pas de réquisition, le réalisateur a refusé de leur ouvrir et ceux-ci sont repartis en lui signifiant oralement l’objet de leur visite, le menaçant de revenir l’embarquer prochainement, menottes au poignets.
Début septembre, José Chidlovsky apprend officiellement que la PAF souhaite l’interroger sur « les conditions de séjour en France de mademoiselle S.F. » Ayant confirmé la présence de S.F. à son domicile, il apprend faire l’objet d’une procédure judiciaire en qualité d’« aidant ».
Convoqué lundi 5 octobre, José Chidlovsky a été entendu pendant 2h30 à la PAF de Toulouse-Blagnac. L’infraction à été reconnue et le dossier transmis au Procureur de la République qui doit maintenant décider de son éventuelle inculpation. Si José Chidlovsky est inculpé, il encourt 5 ans de prison et 30 000 € d’amende, aux termes du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) Selon Monsieur Besson, seuls les réseaux de passeurs étaient visés par l’Article L 622-1 du Ceseda punissant “toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenter de facilité l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger en France.” Nous ne mettons pas en doute la bonne foi du ministre mais, si tel est le cas, pourquoi le réalisateur José Chidlovsky risque t-il une inculpation alors qu’il ne fait « que » tourner un documentaire ?
La réalisation d’un tel projet suppose une qualité de relation, un don de soi et une confiance réciproque, qui ne sauraient s’évaporer au seuil d’un domicile. Rabeha El Bouhati et José Chidlovsky auraient-ils dû laisser S.F. sombrer dans le désespoir, au propre comme au figuré ? Auraient-ils dû renoncer à leur responsabilité personnelle et professionnelle, en l’abandonnant à son sort ? Zadig production considère que non, que l’exercice de l’activité de documentariste se trouve mise en danger par cette procédure judiciaire engagée à l’encontre d’un réalisateur. Un film documentaire est en quelque sorte un lieu de rencontre et d’échanges entre son réalisateur et ses personnages, un lieu respectueux de l’autre, un lieu d’hospitalité réciproque, bref tout à la fois un lieu commun, singulier et pluriel, à l’image de la communauté humaine.
L’ensemble de notre profession est concernée par cette atteinte à la pratique d’un genre qui, à notre sens, se fourvoie lorsqu’il se passe d’humanité. Mais, au-delà, nous voyons planer dans cette procédure inédite entravant le libre exercice de notre activité, la menace de poursuites à venir à l’encontre de la libre parole artistique et journalistique. Aujourd’hui, plus qu’un réalisateur, ce sont les libertés de création et d’expression démocratique, qui semblent suspectes d’activité délictueuse et risquent d’être poursuivies.
Félicie Roblin, Paul Rozenberg, producteurs de Zadig Production.

mercredi 7 octobre 2009

Demain c'est Karnaval.



Vous avez déjà mangé des biscottes avec un masque d'Elan ?

Dès la fin de la Première guerre mondiale, chaque village comptait ses morts et faisait édifier un monument en hommage à ses enfants disparus. Et pas question de manquer à l’appel sous peine d’être montré du doigt à la vindicte populaire comme de mauvais français planqués, tandis que les vrais, eux, sauvaient la nation au péril de leur vie.
Eh bien maintenant c’est pareil. Enfin pas encore. En tout cas dans la boîte où que je travaille nous sommes tranquilles : nous avons notre premier contaminé par la grippe H1N1. Lorsqu’ils ont appris la nouvelle, imaginez un peu la stupeur dans son bureau. « Skippy à le H1N1 ! »
J’explique pour ceussent qu’ont pas suivi l’affaire depuis le début. A la boîte ou que je travaille, pour lutter contre la pandémie tout en conservant notre bonne humeur, nous sommes dotés de masques personnalisés comme à Disneyland. Moi, je suis déguisé en Elan. Surtout qu’on rentre dans la période brame et puis si je perds ma place je pourrais assurer un intérim pour le Père Noël.
Eh bien Serge, notre malade du H1N1, il était déguisé en Skippy le kangourou. Et Skippy il est sur le flanc. Stupéfaite, Daisy a reposé le taille-crayon sur le bureau de Skippy. Shrek qui suçait un stylo chouré la veille était aussi vert que son masque. Les autres faisaient pas les fiers. Les alentours du bureau se sont vite retrouvés désert et sécurisé comme une scène de crime. On attend d'un moment à l'autre l'équipe des Experts. Réunion d’urgence dans le bunker directionnel pour définir des règles d’hygiène en cas d’alerte 6 déclaré par les autorités sanitaires. Même Jack Bauer dans 24 heures chrono aurait pas fait mieux. «De ma prise de service, jusqu’à la fin de mon service, je porte le masque de mon Héros favori. Si je suis en contact avec du public je dois porter le masque FFP2 de mon héros favori. Ce masque doit être changé toutes les quatre heures et jeté dans la poubelle réservée à mon héros favori. » « J’évite les réunions ou en raccourcis la durée, porte le masque de mon héros favori et garde une distance de deux mètres avec mes collègues. » Déjà qu’on parle un peu du nez avec le masque, alors s’entendre à deux mètres de distance, bonjour.
« Je nettoie toutes les deux heures avec un produit désinfectant et selon les protocoles les surfaces et les points de contact. »
« Je ventile les locaux, après installation de filet protecteur aux fenêtres pour éviter les défenestrations intempestives de personnel psychologiquement fragile. »
« Je me lave les mains au moins trente secondes aussi souvent que possible et j’utilise un papier à usage unique pour sécher les mains et fermer le robinet avant de le rouvrir pour me relaver les mains. »
C’est bien simple, désormais équipé amphibie et d’une citerne de cinquante litres de gel désinfectant, j’arriverai à l’ouverture de la boite pour installer mon petit barda près du lavabo et de la poubelle du masque de mon héros favori.
Je crois que le pire c’est la cantine.
« Pour limiter au maximum les risques de contamination, suppression du salad’Bar, dessert’Bar, plateau de fromages, fruits, jus de fruits frais, pain frais, grillades, pizzas, condiments, micro-onde et fontaine à eau. » « Les entrées, plats et desserts seront dressés ou achetés en conditionnement individuels. » « Les horaires d’ouverture de la cantine seront étendues de 5h00 à 18h00 afin d’étaler la fréquentation et de limiter le nombre de personnes présentes au même moment en salle. » « Lavage antiseptique des mains. Prise du plateau complet conditionné. Installation en salle en respectant la distance de deux mètres entre chaque consommateur. Il est interdit de se déplacer durant repas sans masque. En fin de repas je remets un nouveau masque de mon héros favori, dépose mon plateau sur la desserte, jette mon ancien masque et me nettoie les mains avec une solution hydro-alcoolique.» Je ne sais pas si ces mesures draconiennes vont ralentir notre productivité, mais en tout cas, nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

lundi 5 octobre 2009

La salle de bain de ma grand-mère

A Servian, dans l'Hérault, la maison de ma grand-mère était minuscule. Le tout à l'égout a été installé à la fin des années 60. Avant les eaux usagées se déversaient dans les rigoles, à la plus grande joie des mioches qui faisaient courir des billes dans le caniveau. Les seaux d'aisance étaient vidés tôt le matin par la Tinette qui annonçait son passage à grands sons de cloche.
En été, ma tante Elvire mettait la lessiveuse à chauffer au soleil d'août pour le bain des enfants. J'ai profité avec joie, comme mes deux frères ci-dessus, de cette installation rudimentaire où je me lavais avec un savon de Marseille bien trop gros pour mes petites mains d'enfant.

dimanche 4 octobre 2009

Ce jour là : Les amoureux du Pont de Arts, 1957

Les Amoureux du Pont des Arts, 1957
Ce jour-là, c’était le début du printemps, les feuilles étaient encore toutes petites et je me promenais au bord de la Seine, j’avais toujours grand plaisir à marcher sur les quais, avec mon appareil. Cette même année, j’avais photographié Les Amoureux de la Bastille. Je me souviens que j’étais monté tout en haut de la Colonne parce que la lumière était particulièrement belle, une lumière d’hiver, de janvier, très blanche. J’avais été guidé par elle, comme souvent, et c’est là que j’ai fait une de mes plus belles photos, qui a fait le tour du monde. En carte postale, en puzzle, en tee-shirt, en poster. J’aimais monter tout en haut de la colonne, j’y venais souvent, Paris était si beau, vu de ce point. J’étais seul, je faisais une série de photos et je m’apprêtais à rentrer chez moi. C’est là que j’ai vu ce couple, de dos, qui regardait le panorama. Je les ai photographiés juste au moment où le garçon posait un baiser sur le front de sa compagne. Très délicatement. Je pensais que c’était un couple d’étrangers jusqu’au jour où, en 1988, j’ai appris, qu’ils tenaient un café-tabac, de l’autre côté de la colonne, et qu’ils avaient encadré le poster dans leur bistrot. Nous sommes devenus copains, j’allais souvent prendre un casse-croûte chez eux. Riton et Marinette. En fait, ils étaient aveyronnais. Et au moment de la photo, ils ne pouvaient d’ailleurs pas se douter qu’entre les boucles du fer forgé de la colonne on voyait une petite boutique, qui allait plus tard devenir leur bistrot. Ils étaient encore fiancés à ce moment-làMais une saison avait passé depuis ce jour de janvier, et je marchais donc, tranquillement, sur les quais. Je suis obligé de passer au présent pour raconter la suite. Je remarque une barque arrêtée et dans cette barque, je surprends un couple assis, curieusement installé. Je fais deux photos. Une première photo, où le garçon n’embrasse pas encore la fille mais se prépare à l’embrasser?: c’est ce moment que j’avais envie de capter, cette espèce de suspens, on se dit que peut-être elle ne va pas accepter son baiser, on se dit oui non, oui non ? Et la deuxième photo, je l’ai faite au moment où ils s’embrassent vraiment. Mais c’est celle qui précède le baiser qui me plaît davantage, avec ce geste très fragile juste avant l’acquiescement. En développant la photo, je me suis aperçu qu’il n’y avait pas de rames sur la barque?: elle était simplement accrochée au quai. Ils avaient dû sauter dedans très vite, pour être soi-disant isolés. Sur le côté, on voit aussi une vieille voiture avec la roue de secours accrochée au porte-bagages, on n’en a plus beaucoup fait de ce modèle par la suite. Elle a même un marchepied.

samedi 3 octobre 2009

Clément Lépidis : l'Arménien

L’entrée de Clément Lépidis dans la carrière des lettres fut assez atypique. C’est à l’âge de quarante-quatre ans qu’il commença à écrire et à publier. La « révélation » lui est venue tard… sur un lit d’hôpital où il s’ennuyait ferme. Un ami qui lui rendait visite lui offrit un livre d’Henri Miller, et lui, qui jusque-là ne lisait guère, découvrit la passion de la littérature. Sa vie en fut bouleversée. Il quitta son foyer, changea de métier et se mit à écrire… En une trentaine d’années, il devait publier près de trente livres dont plusieurs lui valurent reconnaissance et notoriété.
Dans la période troublée que nous traversons, il est indispensable de saluer son roman "L'Arménien" d’où se dégage le portrait toujours d’actualité des déracinés. L’histoire a pour cadre principal le quartier Belleville où les minuscules ateliers de chaussures tenus par des Arméniens ou des Grecs étaient installés au fond des cours, dans des greniers ou des chambres d’hôtel. Lépidis était aussi "dans la chaussure", rue Piat, avant de se tourner vers l’écriture à partir de 1964. Le héros du livre est un émigré arménien ? Aram Tokatlérian, fraîchement arrivé d’Istanbul chez Milonas, un Grec, dont la fabrique est prospère. Milonas, comme tous les émigrés, souffre de l’exil. Pour se donner du courage et se sentir à sa place dans notre pays, il vante sans cesse la France et en décrit avec emphase les régions et les monuments sans les avoir jamais visités en "scrutant" des cartes postales accumulées dans un tiroir.
Amoureux du Paris populaire il vivait souvent douloureusement les transformations de son quartier bien-aimé. Son oeuvre de romancier touche par sa capacité à restituer la vie de ceux que l’on nomme un peu abusivement les simples gens. Clément Lépidis avait expérimenté trente-six métiers, trente-six misères. Dans l’un de ses tout derniers livres, « les Tribulations d’un commis voyageur », il raconte les aventures d’un adolescent de Belleville qui lui ressemble comme un frère et qui, pendant l’Occupation, fait ses premières armes comme représentant de commerce, vendeur de lames de rasoir, de brosses à dents et de capotes anglaises. Il fut ainsi lui-même tour à tour représentant en produits de beauté, apprenti cordonnier, fabricant de chaussures, photographe… Et c’est dans cette expérience sociale diverse qu’il a puisé la matière picaresque de ses livres. Fils d’immigré, il a connu le racisme, mais aussi la vie partagée des hommes et des femmes d’origines diverses, le brassage heureux des cultures et l’échange des musiques que font les peuples. Il fut un grand ami de Jo Privat, l’accordéoniste, et un passionné de flamenco. Son oeuvre de titi parisien est largement ouverte sur le sud. Elle restera non seulement comme le témoignage d’un Paris en partie disparu, mais aussi comme une expression de la vitalité de l’esprit populaire qui se transforme et ne meurt pas, et surtout comme une affirmation de la fraternité humaine.
Clément Lépidis, né en 1920, est décédé en 1997 mais il reste L’Arménien, Les oliviers de Macédoine, Les émigrés du soleil etc...

vendredi 2 octobre 2009

Je me souviens...

"Je me souviens des lilas pleuvant sur les trottoirs, je me souviens des odeurs de cuir et de colle qui s’échappaient des ateliers, je me souviens du bougnat de la rue Piat et de son bœuf gros sel, je me souviens du funiculaire, je me souviens du curé qu’on appelait Archimède, rapport à ses principes, je me souviens de Tania qui devint plus connue sous le nom d’Édith Piaf...Je me souviens des laborieux du dépliant au coin des rues, je me souviens d’Herbin’s, roi du vélo, dévalant à toute pompe la rue de Belleville, je me souviens des champions de billard dans la grande salle de la Vielleuse, je me souviens de l’escalier de la rue Vilin, je me souviens que Marcel Thill, le boxeur, faisait faire ses costumes rue Piat, je me souviens d’un fameux déjeuner avec Mistinguett...Je me souviens du lavoir de la rue Jouye-Rouve, je me souviens des jeux de boules dans les jardins fleuris, je me souviens de Brodsky le tailleur, mon voisin, emmené par la police française lors de la rafle du 16 juillet 1942, je me souviens de Gégène, de Tatave, de Milo le mécano, de Bille d’acier et de Quiqui la praline, je me souviens… du 20e arrondissement."
Clément Lépidis.

jeudi 1 octobre 2009

Ma grand-mère Mathilde

Hier, Sophie des Grigris a rendu hommage à sa grand-mère, celles de ses enfants, celle de mon fils et à la mienne, "ces grands-mères piliers" comme elle l'écrit elle-même, en citant un extrait d’une de mes nouvelles «Pleurer la nuit»
Elle a accompagné ce texte d’une photo de sa fille Apolline, une jeune photographe qui mérite que l’on pousse parfois la tenture de son univers pour y flâner et respirer les fragrances du temps qui passe.
Mathilde est le seul de mes aïeux que j’ai connus. Les autres sont partis trop tôt ou suis-je arrivée trop tard pour les saluer.
Du plus loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours connu Mathilde comme sur cette unique photo que je possède d’elle. Elle était aveugle. Je la rencontrais durant le mois d’août passé dans sa minuscule maison du village de Servian dans l’Hérault. Je la retrouvais toujours à la même place dans un large fauteuil en osier. Elle se tenait raide dans une robe sombre, les cheveux relevés en chignon, le visage tout chiffonné de vie et de travail, rendu plus maigre encore par les lunettes noires à monture énorme. Mon père posait les valises et ma mère embrassait Mathilde. Puis, je devais m’avancer vers elle. De ses doigts secs et noueux, elle me palpait de la tête aux pieds pour mettre à jour sa mémoire. Elle me trouvait joli. Elle me trouvait grandi. Elle me trouvait toujours trop maigre et nerveux comme une petite chèvre de montagne. Elle me serrait enfin dans ses bras et nous nous embrassions. Puis nous n’échangions plus rien d’autre que des bonjours quotidiens, moi emporté par la fièvre des vacances et elle retranchée dans l’obscurité de son silence.
La nuit, je dormais sur une paillasse dans sa chambre. Je n’ai jamais eu cette complicité citée par Sophie dans l’extrait de «Pleurer la nuit». Alors je l’ai inventé en imaginant mon fils Yann et sa grand-mère maternelle. J’aurais aimé être complice avec ma grand-mère et avoir une "maman". Mais personne ne nous appartient sauf dans nos souvenirs.
Merci Sophie.