mardi 30 juin 2009

French Connexion

Le dernier numéro du magazine américain Jet rapporte quelques déclarations de Michael Jackson suite à la mort du Mime Marceau : Jackson nous a confié à quel point le Mime l'impressionnait, qu'il "défiait les lois de la gravité". Ils étaient devenus amis au cours de ces dernières dizaines d'années. Mais contrairement à ce qu'on a pu entendre un peu partout depuis la mort du Mime, Michael précise que ce n'est pas de Marceau que vient son fameux moonwalk. Le chanteur explique s'être inspiré "d'enfants Noirs au sens du rythme incroyable que j'ai vus danser dans le monde entier" pour créer ce pas de danse devenu célèbre en 1983. Il ajoute néanmoins que le Mime lui a "beaucoup appris" et reste l'un de ses modèles. […] "Il était formidable. J'allais très souvent voir les spectacles de Marcel Marceau, même avant de faire 'Off The Wall'," dit-il en souriant, "j'entrais sans me faire remarquer, j'allais m'asseoir dans le public et je le regardais défier les lois de la gravité, comme s'il flottait. J’ai repris certains de ses gestes pour les incorporer à mes danses."

lundi 29 juin 2009

Il n'y a pas de kangourous heureux...

On a découvert des crop circles en Tasmanie. Preuve que des extraterrestres se sont pointés dans le coin. Un crop circle, est un motif réalisé dans un champ de blé ou d'autres céréales par flexion des épis afin de représenter diverses formes géométriques. Ces formes peuvent aller d'un simple cercle de quelques mètres de diamètre à des composition de plusieurs centaines de mètres impliquant de nombreuses sections. Mais ce n’est pas dans le blé qu’on a découvert des crop circles mais dans des champs de pavots destinés à l’industrie pharmaceutique. La Tasmanie est en effet le plus exportateur mondial d'opium cultivé légalement sur le marché pharmaceutique, et l'Australie fournit environ 50% de l'opium cultivé légalement utilisé pour fabriquer morphine et autres analgésiques.
Après un examen et une traque minutieuse des extraterrestres, Lyndley Chopping, un agriculteur retraité ayant travaillé lui-même dans ces champs, a personnellement remarqué un comportement étrange de la part de kangourous squatteurs. "Ils viennent et mangent des coquelicots et ils disparaissent, puis ils reviennent et marchent en cercle de façon curieuse sur les plantations".
Donc pas d’extraterrestres, mais des kangourous complètement shootés qui se mettraient à tourner en rond de façon étrange, détruisant ainsi les plantations, ce qui ne plaît pas, mais alors pas du tout aux autorités. Rick Rockliff, un porte-parole de la société des producteurs de pavot de Tasmanie, s'intéresse de près à la question. Pour lui, le fait que la faune et le bétail consommant des coquelicots "agissent bizarrement" est un fait notoire. Il ajoute par ailleurs que si les incursions de kangourous sont plutôt rares, il [avait] déjà repéré d'autres animaux dans les champs, agissant anormalement". "Il y a eu beaucoup d'histoires sur les moutons qui avaient mangé une partie de l'après récolte, ils se promenaient dans tous les sens" a t-il indiqué. "Mais, comme producteurs, nous faisons de notre mieux pour essayer d'arrêter ce type de consommation, en particulier par le bétail, en raison de préoccupations au sujet de la contamination de la viande. "Il y a aussi un risque pour nos stocks. Les agriculteurs prennent ça très au sérieux, mais il y a eu une augmentation régulière du nombre d'animaux sauvages ces dernières années, et il est difficile pour nous de les maintenir tous hors de notre terre", avoue-t-il, impuissant.
En tout cas, dès demain, ma femme et moi, à défaut de kagourou, on se met au mouton en provenance de Tasmanie et nourri au pavot. Ensuite on se courra après, tout nu et en cercle dans l’appartement. Ca fera toujours rire les petits enfants. La vraie vie, quoi.

dimanche 28 juin 2009

Les 50 ans de la Motown

La Motown fête tragiquement ses 50 ans en perdant avec Mickael Jackson l’un des piliers de son catalogue.

Créée en janvier 1959 par Berry Gordy à Detroit dans le Michigan, le nom Motown est la contraction de Motor Town, le surnom de Detroit qui était alors la capitale de la production automobile. En lançant Motown, Berry Gordy avait pour objectif de séduire à la fois le public noir et le grand public blanc avec des chansons de soul et de rhythm and blues plus accessibles que la production de labels concurrents tels que Stax. Il organisa sa société en une véritable usine à tubes dans laquelle rien n'était laissé au hasard : il s'entoura des meilleurs compositeurs, des interprètes les plus prometteurs et apporta un soin particulier à la production. ...Dans la catégorie des auteurs-compositeurs, on notera, entre autres, Brian Holland, Lamont Dozier et Eddie Holland, Norman Whitfield et Barrett Strong, Nicholas Ashford et Valerie Simpson. De 1959 à 1971, le groupe de musiciens de studio The Funk Brothers enregistra la majeure partie des disques de la firme et participa à façonner le son Motown.

.

Parmi les artistes qui ont marqué Motown, on peut citer, parmi les interprètes, Diana Ross et The Supremes, The Four Tops, Martha Reeves and The Vandellas, Smokey Robinson, Marvin Gaye, Stevie Wonder, The Temptations, , Lionel Richie avec ou sans The Commodores et bien sur The Jackson Five et Michael Jackson pour la première partie de sa carrière solo Dès 1968, Berry Gordy fait signer un contrat à Michael et à son groupe. Les succès s’enchaînent, la légende est en marche.

“Michael Jackson n’a pas seulement marqué son siècle ou son temps, il est plus que cela, nous avons eu la joie de l’entendre quand il était là mais nous aurons toujours le plaisir de l’entendre à travers sa musique”, explique Berry Gordy. Le charisme du prodige Michael le propulse très vite en solo et en haut de l’affiche. Il va révolutionner la musique pop avec sa musique, ses chorégraphies et ses vidéo-clips. “Michael était et restera comme l’un des plus grands artistes, le maître incontesté du divertissement”, conclue Berry Gordy. »

A l'occasion des 25 ans du célèbre Label Motown un grand concert fut organisé où participèrent comme il se doit les Jackson 5 et Michael Jacskon, sur un titre on ne peut plus célèbre mais qui n'appartient pas au label car à cette époque Michael Jackson avait abandonné la Motown pour voler vers d'autres cieux.

samedi 27 juin 2009

Nassamou Malam

Nassamou Malam vient du Niger. Artisan-éleveur, il fait partie d’une association « Baraka ».
Cette année, à cause de la sécheresse, ses bêtes ont manqué de pâturages.
Il a décidé avec 2 de ses associés de venir en France vendre des bijoux. Il est d’abord allé à Nancy pour la Foire-Exposition annuelle et de passage à Paris avant de repartir pour son pays, il nous a rendu visite à la médiathèque pour présenter des bijoux touaregs et récolter ainsi quelques fonds.
La récolte a été bonne. Nassamou Malam a remercié chaleureusement celles et ceux qui ont contribué par leurs achats de bijoux touareg à apporter un bénéfice précieux pour son village.
Merci pour lui.

vendredi 26 juin 2009

A vendre

Paris Jazz Festival 2009 : le bleu des origines.

Week-end n°4 LE BLEU DES ORIGINES
samedi 27 juin15h Roland TCHAKOUNTÉ
Roland TCHAKOUNTÉ voix guitares / Mathias BERNHEIM percussions / Mick RAVASSAT dobro guitares
«Pour connaître l’âme d’un homme, il faut écouter l’émotion qui se dégage de sa musique», aime à dire Tchakounté. Ce maître de l’Afro-blues est tombé sous le charme de la note bleue à l’adolescence en découvrant la musique de John Lee Hooker dans son Cameroun natal. Après des débuts de percussionniste, c’est en tant que chanteur et guitariste qu’il s’est fait un nom en Europe comme aux États-Unis en proposant un gumbo original de racines africaines et d’influences blues, chanté en Bamiléké, sa langue maternelle. Ses compositions lui permettent de créer des atmosphères tantôt joyeuses, parfois sombres, surtout lorsqu’il évoque l’état d’abandon dans lequel l’humanité a laissé le Premier Continent.
16h30 Joe Louis WALKER.
Joe Louis Walker guitare voix / Henry Lee Oden basse / Michael J. Torsone claviers / Richard Vaughn Crain batterie / Linwood Lee Taylor Jr. guitare.
S’il n’est pas originaire du Mississippi, du Texas ou de Chicago, ce natif de San Francisco a largement contribué à donner un nouveau souffle au blues. Après avoir fait ses classes auprès des plus grands (Lightnin’ Hopkins, Earl Hooker, Michael Bloomfield…), Walker a longtemps parcouru des chemins de traverse avant de trouver son salut dans le gospel, jusqu’à ce que l’appel du blues se fasse entendre au milieu des années 1980. Depuis, Joe Louis a gravi les échelons de la hiérarchie du blues grâce à ses albums novateurs. Également producteur, il reste avant tout un showman flamboyant.
dimanche 28 juin13h30 PHIL REPTIL dans La clairière des impros
Phil REPTIL Guitariste, DJ, chanteur, illustrateur, bruitiste tout terrain, Phil Reptil nous emporte à travers son imaginaire débridé dans des voyages délirants aux frontières du jazz, de l’electro, du rock… Avec “La théorie du Reptil“, paru au siècle dernier, il s’affirmait comme un formidable alchimiste, capable de provoquer ses invités (Médéric Collignon, Christophe Monniot, Elise Caron,…). Occupé aujourd’hui par son nouveau projet Osteti et ses collaborations avec la danseuse Carolyn Carlson, il vient au Parc Floral nous proposer sa vision de l’impro lâchée, en duo avec l’univers sonore naturel créé pour le festival par Gaelle Braouezec.
15h PURA FÉPURA FÉ guitare et chant / Danny GODINEZ guitare
Personnification du melting pot des cultures dans le Vieux Sud américain, cette chanteuse et guitariste aux origines multicolores (Pura Fé est amérindienne, mais elle a également du sang italien, porto-ricain et corse !) s’attache à défendre les traditions du peuple Tuscacora de Caroline du Nord : « Les Indiens ont travaillé dans les plantations aux côtés des esclaves africains, explique-t-elle. De cette rencontre sont nées des danses inédites, des pratiques religieuses et culinaires nouvelles. » Lors de ses concerts, Pura Fé (Foi Pure en espagnol) apporte la preuve que ce métissage a également joué un rôle de première importance dans l’émergence du blues, un genre qui occupe une place centrale dans sa musique.
16h30 J.J. MILTEAU «Soul Conversation»
Jean-Jacques MILTEAU harmonica / Manu GALVIN guitare / Michael ROBINSON voix /Ron SMYTH voix / Gilles MICHEL basse / Eric LAFONT batterie
Fort de son triomphe parisien avant Noël (deux semaines de concerts à guichets fermés au Sunset) dans la foulée de l’accueil enthousiaste réservé à son dernier album en date, le premier des harmonicistes de la planète blues poursuit la Conversation récemment entamée avec les chanteurs afro-américains Michael Robinson et Ron Smyth. On peut s’attendre à ce que leur répertoire teinté de blues, de soul et de country-rock fasse mouche, les voix gorgées de soul de Robinson et Smith, la guitare de Manu Galvin et l’harmonica acrobatique de JJ dialoguant avec une force surprenante.

jeudi 25 juin 2009

Toutes Suites : Rostropovitch

“J’ai joué des Suites de Bach, les plus joyeuses pour célébrer l’événement. Mais je ne pouvais pas oublier tous ceux qui avaient laissé leur vie sur ce mur en essayant de le franchir. J’ai donc joué la sarabande de la deuxième suite à leur mémoire, et j’ai remarqué un jeune homme qui pleurait”, expliquera Mstislav Leopoldovitch Rostropovitch. Le soir de la chute du mur de Berlin, en 1989, les téléspectateurs du monde entier le découvert, au pied du mur, dans la foule, assis sur une chaise et jouant du violoncelle. Homme parmi les hommes, porté par l’universalité de la musique de Bach pour signifier au monde son amour d’une liberté, enfin arraché au siècle présent. 19 ans après, c’est au tour du capitalisme financier de trembler, engloutissant en une semaine un mur invisible d’argent aussi impressionnant qu’opprimant. J’ai voulu içi signifier un hommage à tous ces défenseurs de la liberté, et dire combien la plus belle des musiques peut être au côté des opprimés et non servir un marché au rouage terrifiant et quasiment Orwellien, comme on pouvait le voir hier, aujourd’hui et certainement demain. Que la musique élève l’âme, dépasse les histoires de chacun, les siècles, les idéologies, doit nous rappeler qu’en chacun d’entre nous, quelques chose ne meure jamais et nous est commun à tous. Comme une étincelle d’éternité qui brille pour nous, ici bas, sous le nom de Liberté. Cependant toujours à reconquérir car elle n’est qu’une trace, laissé par plus grand que nous, qu’un voyage avec la musique de Bach révélé par le violoncelliste Rostropovitch peu nous faire saisir, un moment. Et y demeurer serait une erreur. Ça reviendrait à confondre la beauté de la forme avec le fond, qui la signe. En ce sens, Rostropovitch en se posant au pied du mur de Berlin, n’a fait que respecter cette symétrie de l’art, donné à tous pour tous les hommes, quelques soient leurs combat pour la justice la liberté et la vérité. S’en détourner, reviendrait à donné des gages aux oppresseurs, dans leur folie qu’est le tutoiement avec l’Eternel.

mercredi 24 juin 2009

François Béranger ou que reste-t-il de nos amours ?

Dans le paysage de la chanson française de ces trente dernières années, la voix de François Béranger est une voix essentielle. Et, s’il fallait, avec Trenet, se poser la question de nos jeunesses vagabondes et insoumises, sur l’air de "Que reste-t-il de nos amours ? / Que reste-t-il de ces beaux jours ?", à des guenilles que se disputent nos anciens compagnons d’espérance, au fond de leurs cénacles, de leurs boutiques ou de leurs ministères, l’une des premières réponses qui viendraient à l’esprit de ceux qui n’ont rien renié serait sans doute : "La voix, les mots de Béranger". Bien sûr, il ne fut pas le seul. D’autres noms se bousculent au seuil de l’objectivité. Mais ce sont ses chansons qui balisent peut-être le mieux ces années 70 où tout semblait soudain possible et où l’espoir d’un monde plus juste faisait lentement son chemin vers le pouvoir. Avons-nous donc été naïfs de croire en cet espoir au point de signer tant de chèques en blanc ! Avons-nous donc été idiots d’oublier la vieille mise en garde de Louise Michel qui nous disait que tout pouvoir est maudit ! Bien que sachant toujours avec précision où étaient ses cibles prioritaires, Béranger ne nous a jamais bercé d’illusions ; et c’est sans doute à cause de cette lucidité et de cette sincérité sans faille qu’avec le recul ses chansons nous sont restées si chères. Sans doute aussi pour cela que d’aucuns le tiennent pour un ours et pour un emmerdeur, alors qu’il se contente d’être d’une absolue franchise, tout en refusant vraiment – ce qui chez lui n’est ni une posture ni une coquetterie – de se plier aux simagrées du show-business. Essentielle, sa voix l’est d’autant plus que nous avons cru l’avoir perdue au cours de ces longues années de désillusion où les voleurs d’espoir bradaient leurs promesses à l’encan. Au début de ces funestes années 80, Béranger fut le premier à oser poser la seule question réellement importante : "Le vrai changement, c’est quand ?" Crime de lèse-majesté, dont la sentence avait déjà été écrite, bien des années plus tôt, par Guy Béart : "Le chanteur a dit la vérité / Il doit être exécuté !" Car les chanteurs sans compromissions sont souvent des armes à double tranchant, dont les chansons vous reviennent en pleine figure, par la rue, comme des boomerangs. Mais on ne fait pas taire une voix comme celle de Béranger pour de si médiocres raisons ; et sa lassitude personnelle, après une douzaine d’années de tournées incessantes, pesa plus lourdement que n’importe quelle censure sur cette absence prolongée. Jusqu’au jour où l’envie de revenir dans la lumière des projecteurs le reprit comme un soudain besoin de soleil. Et c’est précisément ce qui ressort de ses derniers albums, portés par une musique chaude et savoureuse, comme un fruit que l’on presse à même la bouche. Comme s’il s’agissait de donner une nouvelle fois raison à René Char qui disait que "la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil."

lundi 22 juin 2009

Nuit de la Photographie contemporaine

Dans le cadre de la 32ème foire de St Germain se tiendra le lundi 22 juin la Nuit de la Photographie contemporaine de 14 h à minuit. A noter parmi les artistes la présence de Anne Boudard dont j'ai pu admirer le très beau travail argentique noir et blanc sur l'ile de Ré à la Galerie du quai de Sénac à la Flotte en Ré début Juin.

Olympus E-P1 PEN

Après René Coty, sous la présidence de Charles de Gaulle, OSS 117 officie toujours et encore. Et que tient en en main notre brillant agent pour opérer une de ses missions ? Un Olympus PEN issu d’une famille de compacts qui trouvera son aboutissement avec les Olympus Pen FT.
L'ère de gloire du demi-format commence par un challenge technique lancé par Olympus.
Le résultat sera le Pen, lancé en 1959, un petit compact qui utilise une pellicule demi-format en référence au format initial de cinéma sur la pellicule 35 mm qui est de 18x24 mm afin de réduire la taille de l'appareil mais aussi dans un souci d'économie pour le consommateur puisqu'il peut réaliser deux fois plus d'images que sur un film 135.
Le Pen sera suivi par plusieurs évolutions poussant toujours plus vers la simplicité et l'automatisme, jusqu'au Pen F commercialisé en 1963 qui sera accompagné de tout son système reflex miniature. Les choix technologiques semblent tenir en un mot: compacité. Et de ce côté, c'est plutôt une réussite. Le Pen F est plus petit qu'un télémétrique contemporain, avec les avantages de la visée reflex et est incomparable avec les reflex 24x36 des années 60, lourds et encombrants. A l'épaule, il ne pèse que 600g avec son objectif standard Zuiko 38 mm f/1.8.
Prise dans le lot avec mon Olympus Pen. Copyright Papou 2000.
Olympus Pen (1959)
Avec l'ère numérique, les compacts aux capteurs d’une taille ridicules se sont taillés une bonne place auprès du grand public avec des modes entièrement automatisés, un look agréable, une taille de guêpe et des prestations honorables. Bref le grand public a renoué avec la photographie, ce dont personne ne se plaindra.
La famille photo se partage donc le gâteau avec les professionnels d’une part dotés d’un matériel sophistiqué, performant, onéreux pour ne pas dire inabordable; les experts, qui bénéficient eux aussi des avancées technologiques avec des boîtiers certes encore chers, surtout lorsque l’on connaît leur durée de vie en moyenne; un renouvellement du parc optique qui s’étend du haut de gamme à la gamme standard, et d’autre part, les amateurs photovores de plus en plus friands des technologies multiples. A quand les gaufres, la chantilly et la glace avec son compact ? Sans parler de la prestigieuse maison Leica et de son magnifique M8, certaines marques se sont penchées sur les souhaits des photographes d’avoir en poche un appareil léger compact et performant doté d'une optique fixe et lumineuse et permettant de faire pratiquement jeu égal avec les réflex. Ricoh et son GR 1 s’y est essayé avec des résultats, selon les journaux spécialisés, peu concluant, capteur encore petit, réactivité médiocre. Sigma avec son DP 1 et aujourd’hui son DP 2 a fait de même mais en dotant son appareil d’un capteur grande taille comme sur ses appareil à visée réflex et un enregistrement des fichiers en RAW (fichiers bruts non compressés), mais, toujours selon les tests spécialisés, encore faillibles sur bien des points.
Bref, le compact idéal pour les experts voire les pros n'a pas encore vu le jour, même si certaines maisons prennent le bon chemin comme Canon avec la série GR ou Panasonic et la série des LX, décliné par Leica avec les D-Lux.
Sans trop vouloir s'avancer sur les tests à venir des journaux spécialisés, il va falloir compter dsormais avec l’arrivée dès juillet du petit dernier de la technologie Olympus E-P1 PEN ? Un nom qui rappelle étrangement quelque chose .aux aficionados de la marque avec ses belles optiques Zuico qui dotaient la série réflex des OM et les compacts de la marque.
Les passionnés l’attendaient, Olympus l’a fait ! Si vous hésitez encore entre reflex et compact, optez pour son EP-1 ! Dans sa finition métal, il ressemble au compact argentique haut de gamme d’autrefois et pourtant il embarque le capteur Four Thirds grand format (17,3 x 13 mm) des derniers reflex Olympus. Comme eux, il offre la possibilité de changer d’optique. Mieux qu’eux, il permet de tourner des vidéos HD 720p au son stéréo. Idée géniale que celle d’un APN compact à grand capteur et objectif interchangeable où Olympus innove encore en rendant ce petit boîtier abordable et stylé.
Premier avantage : l’encombrement réduit. Sa petite taille permet aux pros d’emmener ce bloc-notes partout. Aux experts de ne plus se surcharger de matériel ! C’est dans un boîtier de 335 g, deux fois plus léger et plus petit (120x70x 36 mm) que le dernier reflex E-620, qu’Olympus a réussi à intégrer le capteur au rapport 4/3.
Deuxième avantage : des photos de qualité reflex. Le grand capteur – 10 fois plus grand que celui d’un compact classique – permet une diminution du bruit de fond. Les images auront ainsi des noirs plus purs, enfin dépourvus du classique moutonnement rouge, vert, bleu. La définition en hautes sensibilités sera grandement améliorée : il n’est plus nécessaire au constructeur de lisser les images pour cacher le bruit coloré.
Troisième avantage : les optiques plus légères. La gamme des optiques qui accompagnent la sortie du E-P1 n’est pas encore très riche, mais grâce à l’aide de tous les constructeurs affiliés au standard Micro Four Thirds, elle compte déjà 6 optiques dont 4 Panasonic. Le 17 mm pancake (équivalent 24x36 d’un 34 mm) d’un poids plume de 71 g ouvre la voie des optiques ultralégères. L’adaptateur MMF-1 permet déjà de rendre compatibles tous les objectifs dédiés au Four Thirds classique d’Olympus, Panasonic et Sigma.
Quatrième avantage : la vidéo HD 720p en 30 images par seconde. Il fait mieux que la majorité des reflex hybrides. Même si cette fonction n’est pas une priorité sur des APN, elle devient un plus incontournable, lors de réunions de famille.
Bref le Olympus E-P1 PEN serait-il en voie de devenir le compact idéal ?
Objectif interchangeable avec une focale fixe équivalente à un 35mm f2.8.
Viseur externe colimaté.
Capteur format 2/3.
Format RAW
Priorité diaphragme ou vitesse.
Reste à tester la vitesse de mise au point de l'autofocus, la rapidité de prise de vue et le résultat des fichiers obtenus.
A suivre

dimanche 21 juin 2009

Voilà l'été : Karavan Papou à un an...

Karavan Papou à un an. Rock n' Roll, non ? Et en dépit de mon air faraud, la vie n'est pas simple. Tout à commencé un peu avant ce 21 juin 2008, message intégralement retranscrit ci-dessous et qui rapporte dans le détail la création de karavan Papou.
Samedi 21 juin 2008. C’est l’été, La fête de la Musique, le quart de finale de l’Euro entre les Pays-Bas et la Russie, et nous, nous allons manger chez les enfants. N’allez pas croire que je n’aime pas les enfants. Surtout les miens. Mon fils à une femme adorable, deux chats qui le sont tout autant, un appart’ sympa avec vue imprenable du 13ème étage sur le périph’, non vraiment le problème n’est pas là.De plus je suis content d’aller chez lui. Ca fait des lustres que l’on n’a pas eu le temps de se poser un moment pour causer tranquille. Entre les pauvres, la politique et le boulot, sa femme et lui courent tout le temps. Quand ils vont se lancer dans la gériatrie j’aurai peut-être une chance de les croiser.Tiens, juste pour vous donner un exemple : pour le blog « oui, Papa, tu devrais essayer, c’est très facile, tu créés ton blog en trois minutes », « Ah ! Bon. On fait ça quand ? », « Jeudi, après le boulot. »Viens le jeudi, le boulot et l’après boulot. Pour Yann l’après-boulot rien avant dix neuf heures. Avec les lois Sarkozy je vais boire une mousse avec mon fils à deux heures du matin.J’attends. L’Autriche est au coude à coude avec la Pologne. Le premier but, je l’ai pas vu. « Tu me diras quand il est moins le quart pour le four ! ». Le temps de baisser les yeux sur l’horloge de l’Hi-fi et «Buuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuutttttttttttt !!!!!!!!!!!!! ». Je suce un Xanax. On sonne. C’est Yann. Je sors le Picon, je sers les mousses. J’ai une vague ressemblance avec James Joyce, un œil sur Yann, l’autre sur le téléviseur. Yann ne se rend compte de rien. « Alors on se le fait ce blog ? ». Tout est prêt. Rien ne fonctionne. Le PC ne veut rien savoir. On ouvre Blogger doté d’un tableau de bord de Maserati. Je mets un casque. Yann me fait faire un tour rapide. Je me laisse vite griser par la vitesse. « T’as une photo ? Un titre ? » J’ai tout préparé. On installe la photo. Une vue de mer prise au Bois-Plage qui me rappelle les toiles d’Edward Hopper. « Ah mais ça va pas, ça, Papa, ta photo elle est trop grande ! » En effet, l’Edward Hopper est comme découpé au cutter. Il en reste plus qu’un petit bout dans un coin avec Karavan Papou écrit dessus. A peine démarré et déjà deux pneus crevés, la caravane. Encourageant. « Il faut la réduire sous Photoshop », « Quelle heure qu’il est pour le four ? » Je baisse les yeux. « Buuuuuuuuuuuuuuuuttttttttttttttttttttttttt !!!!!!!!!!!!! ». Toujours rien vu. Je crois que je vais aller me détendre en bord de mer. Pendant que je regarde la mer et les mouettes, le Yann s’active comme un malade. « Fichier…..Enregistrer pour le web….Et clic ! » On regarde l’écran. Match nul. « Papa, c’est pas normal, chez moi en ½ seconde c’est fait ». C’est vrai qu’il mouline un peu, mais bon, laissons lui le temps sinon y va se vexer. De toutes les façons c’est un rituel, dès que Yann touche à mes affaires plus rien ne fonctionne. Il à comme un fluide pourri. Déjà par le passé avec une clé USB…..Stop, je m’énerve. Et l’autre qui mouline. Je ferme toutes les activités. J’éteins. Ca prend des heures. «Ton logiciel, c’est un bourrin !» Et ça le fait rire. Ca va finir par un bourre pif dans sa gueule à ce salle gosse. Fichier……Enregistrer pour le Web….entrée. Bug ! «T’es sûr que ça marchait avant, Papa ?», Qu’est-ce qu’il crois, que j’ai tout détraqué le bouzbir avant qu’il arrive !!!! ».« C’est pas grave ! » Quoi, c’est pas grave. Il en à de bonne, lui, c’est pas grave, un ordi pas fini de payer qui fume à mort. « Bon, Papa, tu l’as réduira plus tard. Pour le texte, regarde, créer un message par exemple titre : pouêt pouêt, texte : coin coin. Facile ! » Afficher le blog. « Tu vois c’est simple ! », « Quelle heure qu’il est ? Holala ! Faut que j’y aille, Aurélie n’a rien à manger et je n’ai pas fait les courses !!! ». Vlam ! Il est parti. Je reste déconfis. « Il est passé pour quoi au juste», « Pour le blog. », «Et ça marche ?». Comment expliquer qu’Edward Hopper est roulé en boule comme un collant sale dans un coin avec Pouêt Pouêt et coin, coin.Voilà, c’est ça Yann, toujours à courir, toujours pressé. Et toi tu te d’emmerdes avec Pouêt Pouêt, coin, coin.Mais au fond ce n’est pas cela qui m’inquiète. Le pire reste à venir. Buster Keaton est invité. Ce n'est pas grave. Buster Keaton, c'est Julien, le frère d'Aurélie, le roi de la vanne qui tue ! Le spadassin de la critique. Il t'escagasse d'un bon mot et sans rire. Non, ce que je crains le plus c’est de me retrouvé coincé entre deux enceintes acoustiques, un baobab et un ficus géant à grignoter des carottes bio trempé dans du Guismo tandis qu’un malien déraciné adepte de la guitare à une corde me niquera les esgourdes. Faut le vivre pour comprendre.Quand je mets du clavecin ou de la viole de gambe à la maison, Yann devient tout pâle. Il devrait donc comprendre que la vie est dure pour tout le monde. Mais non il s’entête. « Et ça, Papa, tu connais ? » C’est obligé ?Et comme il s’entête et que malien chante fort et que tout le monde parle fort, ben, on s’entend plus. Alors, je bois. Et quand il me largue à minuit bien tassé in the street, je dévale la rue Eugénie Cotton avec les jambes dans le même état, glisse la rue Compans en trombe, dévale la rue Botzaris et là, je prends mon envol. WROUAAAAAAAAAAAAM ! « Le commandant Flipo et son équipage vous souhaites bienvenue à Bord du vol Place des Fêtes, Place du Colonel Fabien. Nous sommes actuellement à 2,50 mètres d’altitude au-dessus des Buttes-Chaumont, la température intérieure du commandant est de 38°5. »Le malien me tambourine dans la tête. Et il n’est plus le seul : il a été rejoint par les chants et danses du Burundi, des Rockeurs éthiopien, des youkouleles malgache, l’Astor Piazzola burkinabé, les tambours du Zaîre et les bendirs berbères ; j’ai toute l’Afrique dans la calebasse. Je suis le Mungo Park du Xème arrondissement. Je survole les sources du Niger.Youpiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!L’atterrissage est difficile, Je me suis crashé dans mon pieu avec un reste de vieille crise de palu de mes années de Colonies complètement drogué au paracétamol. Trois jours à m’en remettre.Le prochain coup qu’ils viendront à la maison, se sera folklore creusois : le Turlututu, les maçon de la Creuse, Lou Pélélé, La Chièbre bure….je vais te les faire chier grave. Quand ils prendront le taxi, ils seront incapables de lui donner leur adresse.Ce soir, il me faudra être tolérant : c’est mon fils, tout de même et puis c’est la fête de la musique avec chez moi : La fanfare d’Ouzbékistan, Taqtic de Toast, Le Bal des Trépassés, les Singes Savants, Hocine…. On n’est pas couché !
Cet homme est dangereux et c'est mon fils.... Les Négresses Vertes - Voilà l'été envoyé par rycko35. - Regardez d'autres vidéos de musique.

vendredi 19 juin 2009

Visa Denied

Lu sur le blog du Comité de Soutien aux philosophes. "Moi qui ai tant voyagé, sans souci, passant avec facilité les files « passeport européen », et attendant tranquillement l’heure de l’embarquement avec un bouquin, je vais désormais avoir un autre regard sur les aéroports, depuis que j’ai vu les coulisses de Ben Gourion, ses agents de sécurité, et son petit centre de rétention. Vendredi 12 décembre, 15h à Paris. Depuis que je suis partie de la maison, trente trois heures auparavant, j’ai peu dormi, peu mangé ; beaucoup attendu. Ma première rencontre fut, à Tel Aviv, la jeune femme qui contrôle les passeports. Elle regarde mon nom. Hésite. Me demande le prénom de mon père, esquisse une moue dubitative. Le prénom de mon grand-père, me fait répéter plusieurs fois. Le nom de ma mère. Un nom français, ça ne l’intéresse pas. C’est quoi le nom de votre père déjà ? Vous avez de la famille ici ? Non, mon père est d’origine tunisienne. Se tourne vers son collègue, montre le passeport. Décide de m’emmener dans une salle d’attente pour « contrôle de sécurité ». Plusieurs Arabes dans la salle d’attente : ils arrivent des Etats-Unis et viennent rendre visite à leur famille en Palestine. Ils passent à plusieurs reprise dans le petit bureau d’interrogatoire ; les deux filles de quatorze et seize ans aussi sont interrogées, séparément. Je les regarde, j’échange quelques mots mi-anglais mi-arabe avec le père qui sourit de toutes les rides de son visage ; sois patiente ma fille, tout ira bien. Enfin, on m’appelle pour un entretien, avec une femme très gentille, qui visiblement ne croit pas que je viens en touriste. Elle n’est pas satisfaite, me renvoie dans la salle d’attente. Après une heure, on m’appelle pour un deuxième entretien. On reprend depuis le début : mon nom, celui de mon père et de mon grand-père, mon itinéraire et le but de la visite, qui je connais en Israël. Je donne le nom de mon ami israélienne, son numéro de téléphone. Le nom de l’ami allemand qui va me rejoindre aussi. Vous voyagez seule ? Oui. Vraiment, vous n’avez pas peur ? Non, je devrais ? Vous voulez aller où ? Je détaille un itinéraire lu dans Lonely Planet. Vous irez en Cisjordanie et à Gaza aussi ? A Gaza, certainement pas, par contre j’aimerais bien, si c’est possible aller à Bethlehem, pour Noël. Troisième entretien, avec deux jeunes filles. L’une est très méfiante, elle a un ton cassant ; je l’appellerai Judith, c’est une guerrière. Elle me dit qu’ils ont beaucoup de problèmes en Israël avec les Français qui « ne connaissent rien à la situation » et « viennent pour jeter des pierres aux soldats ». Je réponds que je n’ai pas d’a priori sur « la situation » , que je ne jette pas des pierres sur les gens en France et je n’ai pas l’intention de venir en Israël pour jeter des pierres sur les gens. Je viens visiter le pays, et j’ai bien l’intention de respecter les lois. Judith me demande ma religion. Mes réponses la laissent encore plus suspicieuse : elle n’est pas convaincue par le multiconfessionalisme séculier de ma famille. Décidément je ne rentre pas facilement dans ses cases. - Pourquoi vous venez en Israël, pourquoi maintenant et pourquoi toute seule ? Vous n’avez pas d’ami ? vous savez que vous êtes au milieu du conflit du Moyen Orient ? D’ailleurs qu’est-ce que vous pensez de ce conflit ? Je ne lui dis pas ce que je pense de cette inquisition idéologique. Je réponds, très sincèrement, que je veux découvrir le pays, ses habitants, et comprendre. - Mmm . Vous faites partie d’associations, d’organisations humanitaires ou de défense des droits de l’homme ? Drôle de question. Lorsqu’on passe la frontière américaine, on doit indiquer si on est membre d’uneorganisation terroriste. Je me demande quelle menace Israël craint réellement – quel Holopherne cette Judith veut décapiter… Elle me renvoie dans la salle d’attente, pour trois heures encore. J’essaie de lire. Ironie du sort, j’ai entre les mains Cassandre de Christa Wolf. Lecture trop dramatique, ses visions m’effraient, je ferme le livre. J’écoute de la musique, la télévision hurle en hébreu. Je suis appelée pour un nouvel entretien, avec une femme des services d’immigration. Je l’appellerai Léa, cette femme au visage doux et au ventre arrondi. Léa me dit que les choses ne vont pas bien pour moi. Ils ont trouvé des informations sur mon compte, sur internet. Quoi donc ? Vous avez un ami musulman en prison aux Etats-Unis. Un « ami » en prison… fait-elle allusion aux prisonniers de mon étude sur le Supermax ? (j’ai fait des recherches dans les prisons de l’Etat de Washington l’année dernière) Après un moment de flottement je réalise qu’elle fait référence à une des pétitions que j’ai signées, concernant un Palestinien-Américain emprisonné sans procès sur de prétendus liens avec des mouvements islamistes. J’essaie d’expliquer que ma signature ne signifie pas que je cautionne les opinions de cette personne – et ce n’est pas un ami ! Léa répond qu’elle ne peut faire confiance à quelqu’un qui veut détruire son pays. Elle pose la main sur le bébé niché dans son ventre. Elle ajoute qu’ils ont plus d’informations sur moi encore, mais refuse de me dire quoi – des groupes Facebook probablement… Léa me dit que dans ces circonstances, je ne pourrai entrer qu’à la condition de trouver quelqu’un en Israël pour poser sur moi une caution de 8 000 euros, alors j’aurai un visa de deux semaines avec interdiction d’aller en Cisjordanie. Sinon, prochain vol pour Paris, le lendemain matin. Mon amie Noga appelle la direction de la sécurité de l’aéroport, pour tenter de débloquer la situation ; elle propose de payer la caution, mais il est déjà plus de dix heures du soir, et ils exigent la caution en liquide, et immédiatement. Tant pis si les banques sont fermées. Noga appelle à l’aide un ami avocat. Rien n’y fait. De mon côté, je suis fatiguée et dégoûtée. Je n’ai plus envie d’entrer dans ces conditions. J’ai envie de retourner voir Léa pour lui dire que c’est dommage qu’elle ne m’ait pas laissé la chance de voir ce qu’était Israël, que je n’en connaîtrais que les crimes qui passent à la télévision ; mais je n’ai plus l’énergie de jouer les pasionarias. Je reste affalée sur mon banc, je n’ai même plus faim. On m’appelle pour la fouille – de mes sacs, de mes habits, tout est épluché, et passe au détecteur d’explosifs. Celles qui me fouillent sont très jeunes, elles font probablement leur service militaire. Elles ne sont pas méchantes, et sont presque plus gênées que moi lorsqu’elles me demandent de retirer mon pantalon. Personne n’est méchant, mais personne ne m’explique pourquoi le visa d’entrée m’est refusé. Courte nuit dans une cellule. Je me dis que ce n’est pas trop mal pour une prison : c’est presque comme une auberge de jeunesse un peu miteuse, sauf qu’il y a des barreaux aux fenêtres et que la porte n’a pas de poignée. Les geôliers ont eu la délicatesse de laisser des sandwiches sur la table. Les heures passent. Je révise mentalement tout ce qu’ils peuvent avoir trouvé sur internet, qui me compromettrait à leurs yeux. Le plus évident, ce que j’ai écrit sur les Palestiniens en Syrie, ils ne l’ont même pas soulevé : j’aurais bien aimé pourtant répondre à des questions sur mon travail avec l’agence de l’ONU. J’aurais bien aimé aussi énumérer les pays que j’avais visités, expliquer pourquoi j’avais un passeport neuf. Mais la question qu’ils répétaient toujours était : est-ce que j’ai de la famille en Israël – ou dans les territoires. Je n’étais pas crédible comme touriste, seule, avec un programme trop vague. Et un nom arabe. Je pense à Jérusalem, que je ne verrai pas. J’ai l’impression irréelle d’être dans un mauvais rêve. Je ne me suis pas battue, je n’ai pas même insisté pour savoir ce qui me rendait suspecte à leurs yeux, de quoi ils avaient peur. Je n’ai même pas appelé le consulat, alors que j’avais préparé le numéro dans mon petit carnet. Un homme, dans le centre de rétention, insistait pour appeler son ambassade ; le gardien a refusé ; il a insisté ; le gardien a appelé sa supérieure, qui s’est mise à hurler sur le pauvre homme que c’était elle qui décidait, que lui était en situation irrégulière (enfin, on lui avait refusé le visa d’entrée, comme moi), qu’il n’avait aucun droit, et qu’il ferait mieux de rentrer immédiatement dans sa cellule sinon ça se passerait mal. L’insaisissable. C’est le fondement du pouvoir discrétionnaire. Ce sur quoi on n’a pas prise, donc pas de droit. Des policiers m’ont amenée à l’avion : Tel-Aviv – Paris via Rome. Je suis assise près d’une étudiante, qui discute avec son voisin de derrière des sites qu’elle veut visiter à Paris. Elle a mon âge. Je ne parle pas avec elle. Je me sens timide : si elle savait ? si elle m’avait vue sortir de la voiture de police pour monter dans l’avion ? Ses remarques sur l’inhospitalité des Parisiens m’agacent, mais en pensant à « chez moi », je m’apaise un peu. Le périple n’est pourtant pas fini : au sortir de l’avion, les hôtesses me font signe d’attendre. C’est la police italienne qui doit venir me chercher. Je ne comprends pas, je suis en Europe maintenant, chez moi, de quel droit m’imposent-ils encore d’être une dangereuse indésirable ici ? Je m’effondre en larmes dans le poste des carabinieri. Je n’ai rien fait ! Un officier très gentil me prend dans son bureau ; il regarde ma petit fiche d’un air confus, il ne sait pas quoi faire de moi. Il hausse les épaules, esquisse un sourire en me tendant un mouchoir, et décide de mettre fin à cette situation humiliante et absurde. Je peux partir dans la zone de transit, et aller me chercher un café avant le vol pour Paris. Je regarde mon passeport sur lequel a été apposé le tampon « Israel – visa denied ». Je me demande si je pourrai revenir un jour – ils ont pris ma photo et mes empreintes digitales. Pourtant, ce dont ils avaient peur, de toute évidence, ce n’était pas d’activités violentes (je suis une petite aspirante à la recherche universitaire, certainement pas une jeteuse de pierres). Il ne s’agissait pas d’un problème de sécurité, mais d’un problème idéologique. Forcément, avec mon nom arabe, je risquais de ne pas être trop réceptive à la propagande gouvernementale. Avec les événements des semaines suivantes – l’offensive israélienne sur Gaza – j’ai aussi compris la réticence des services de sécurité à laisser entrer des « touristes isolés ». De retour à Paris, je reçois des messages d’amis, d’amis d’amis à qui l’on a fait suivre l’histoire, et qui l’ont eux-mêmes fait suivre ; de boule de neige en boomerang me sont revenus mots de sympathie, de révolte, et nombre de récits personnels. Des Israéliens qui déplorent que leur police étouffe la démocratie au lieu de protéger le pays. Une Palestinienne, professeur d’histoire à l’université de Bir Zeit, qui a peur de se voir refuser l’entrée chaque fois qu’elle revient d’une conférence à l’étranger. Ma copine Amal : étudiante en littérature aux Etats-Unis (elle ne pouvait plus supporter la condescendance dont elle faisait l’expérience à l’Université de Tel Aviv), elle me rappelle combien, en tant qu’ « Arabe Israélienne », ou plutôt, comme elle dit, « Palestinienne de 1948 », elle est traitée comme une étrangère suspecte chaque fois qu’elle revient chez elle, dans le pays dont elle a la nationalité. Je suis désolée de remuer chez ceux qui me lisent tant de mauvais souvenirs, d’attentes, d’humiliations, de déceptions. Mais je me sens plus forte avec leur soutien, car la honte revient à ceux qui se trompent d’ennemi. Yasmine Bouagga. Avril 2009

jeudi 18 juin 2009

Exilés afghans dans le dédale de l'Europe

Exilés afghans dans le dédale de l'Europe Par Carine Fouteau
Il est afghan et a parcouru la moitié du globe, de Kandahar à Paris, entrois mois. Il voyait l'Europe comme une terre d'accueil, il s'y retrouvepiégé, momentanément tout du moins, sans logement fixe ni travail nifamille. Abdullah Alizai a 22 ans. Il a l'air d'un jeune homme de cet âge,basket, tee-shirts superposés, jean. Souriant, mais visiblement fatigué. Il s'est senti menacé par les talibans au point de s'enfuir de chez lui.Son père et son frère ont été assassinés, dit-il, entremêlant le françaiset l'anglais pour raconter son histoire. Au printemps 2008, sa décisionest prise: il quitte sa mère, direction le Pakistan en bus, traverse àpieds les cols enneigés de la frontière irano-turque, «nous marchions lanuit pour ne pas nous faire repérer», et roule vers la Grèce caché dansdes camions.Aux abords de l'UE, son récit devient flou, exprès. Abdullah Alizaiconnaît les embûches de la législation européenne. Tout indice d'uneprésence dans un pays autre que la France risque de compromettre lademande d'asile qu'il a déposée à l'Office français de protection desréfugiés et apatrides (Ofpra). Selon le règlement de Dublin II, ilpourrait être renvoyé en Grèce ou en Italie, par exemple, si sesempreintes y étaient retrouvées dans le fichier Eurodac. Voilà six moisqu'il attend une réponse, «je deviens fou», répète-t-il. «Je n'ai nullepart où aller. J'ai dépensé 6.000 euros pour venir jusqu'ici, j'ai vu deschoses que je n'aurais pas dû voir, des gens horribles, des pauvres quicouraient pour échapper à la police, je me suis cassé les poignets entombant, j'ai eu peur souvent. Maintenant, je n'ai plus rien. Je pense, jepense, tout le temps, c'est tout.»Demandes d'asile déposées par les Afghans en Europe. Réalisée par ThomasHonoré, cette carte est issue de «Géographie critique des politiquesmigratoires européennes», à paraître en septembre 2009 chez Armand Colin.Le taux de reconnaissance du statut de réfugié est représenté parl'intensité de la couleur à l'intérieur des cercles (du plus clair au plusfoncé: du pourcentage le moins élevé au plus élevé).À peine arrivé à Paris en juillet 2008, Abdullah Alizai fonce vers Calaisdans l'espoir de traverser la Manche. Il n'a pas de contacts là-bas, maisil parle couramment l'anglais. Lors de son parcours, il accumule desinformations sur les «meilleurs» trajets et destinations. À lui de fairele tri entre les rumeurs, les idées reçues et les données recoupées etstratégiques. À lui de gérer son argent, de faire son chemin entre lespasseurs véreux et les amis plus ou moins désintéressés, de repérer lesmilitants associatifs susceptibles de l'aider à trouver un endroit pour sedoucher, une couverture ou des chaussures de rechange. «À Calais, enfin,dit-il, j'ai retrouvé beaucoup d'Afghans! J'ai pu discuté avec eux. Ça m'afait du bien.» Il remet à jour son stock d'informations: le prix dupassage (300 euros à ce moment-là – cela peut monter jusqu'à 800 lorsquela présence policière est renforcée), les autres voies d'accès, commeDunkerque ou plus au nord sur les côtes belges, le chemin vers les paysscandinaves, «plus risqué» par l'Allemagne, etc.L'Angleterre, destination par défautComme lui, ils sont des centaines de milliers d'Afghans, d'Irakiens et deSomaliens, entre autres nationalités, à être entrés dans l'Unioneuropéenne par la frontière gréco-turque: 150.000 personnes y auraienttransité«illégalement» par la voie maritime ou terrestre en 2008, selon leministère de l'intérieur grec.Guide en anglais et farsi rédigé par un migrant distribué à Athènes.Parmi les migrants, l'Angleterre continue d'avoir la cote, malgré ledurcissement de sa politique migratoire. Ce pays n'est pas vu comme uneldorado, mais un lieu où il est possible de demander l'asile et de sefaire comprendre. «Là-bas, au moins, c'est clair, dit Abdullah Alizai.Soit ils vous expulsent tout de suite, soit vous déposez l'asile, et là,ils vous trouvent une place dans un ‘home'.» Après une mission de cinqmois en Grande-Bretagne aux côtés d'exilés, Lily Boillet, présidente del'association Terre d'errance dans le Pas-de-Calais, confirme que ce pays, hors de l'espace Schengen maissignataire du règlement de Dublin II, est doté d'un système de prise encharge des demandeurs d'asile. D'abord placés dans des «hostels», lescandidats sont ensuite répartis dans toute l'Angleterre «dans des petitesmaisons ouvrières».«Une fois que la demande est estimée fondée, écrit-elle dans son mémoire(voir sous l'onglet Prolonger), le demandeur d'asile est automatiquementpris en charge le temps de la procédure. Je n'ai vu aucun demandeurd'asile à la rue, contrairement à ce que j'ai pu observer en France.»Mais, «si vos empreintes ne sont pas claires ou si on a trouvé trace devotre passage ailleurs sur le sol européen, ou l'existence d'uneprécédente demande d'asile, vous serez généralement envoyé en rétention lesoir même». Or la durée de rétention y est illimitée, le record étant dehuit ans. Il existe alors un système de libération sous caution, «onbail», qui suppose que le migrant ait de solides soutiens sur place.La Grèce et l'Italie font figure de repoussoir

mercredi 17 juin 2009

Paris Jazz Festival 2009

du 6 juin au 26 juillet 2009 au Parc Floral de Paris Du 6 juin au 26 juillet
une tonalité musicale différente chaque week-end En prenant Paris et le Parc Floral comme centre d’accueil idéal, nous souhaitons partir à la rencontre des artistes qui font la création en choisissant chaque semaine un nouveau territoire. En 2009, nous avons choisi entre autres la Belgique, l’Italie, la ville de Vienne, l’Afrique, les terres marquées par l’univers gypsy… Autant d’espaces de pérégrination qui permettent de multiplier les croisements et les expériences entre les créateurs des lieux concernés et les artistes français. Week-end n°3
samedi 20 juin 15h Gianluca PETRELLA 4tet Gianluca PETRELLA trombone / Francesco BEARZATTI sax et clarinette / Paolino DALLA PORTA basse / Fabbio ACCARDI batterie
Ce tromboniste de Bari, ancien membre de l’OFP Orchestra sous la direction de Carla Bley, a effectué ses classes aux côtés des plus grands (Lester Bowie, Enrico Rava, Steve Swallow, Marc Ducret, Pat Metheny…) et s’est produit sur toutes les scènes prestigieuses avant de connaître la consécration à la tête de son Indigo 4 au côté de Francesco Bearzatti, Paolino Dalla Porta et Fabbio Accardi. L’album qu’ils ont enregistré ensemble sous les couleurs du célèbre label Blue Note est un monument à la gloire de leur ingéniosité artistique. 16h30
Rita MARCOTULLI «Us and Them» Hommage to Pink Floyd RAIZ voix / Rita MARCOTULLI piano / Andy SHEPPARD saxophone / Giovanni TOMMASO contrebasse / Pippo MATINO basse electrique / Fausto MESOLELLA guitare / Michele RABBIA percussions et electroniques / Mark MONDESIR batterie Cette pianiste romaine reconnaît volontiers que sa maîtrise du jazz doit beaucoup à sa passion pour d’autres écoles musicales, notamment son amour des musiques brésiliennes. Son style empreint d’émotion, parfaitement illustré par les partitions intimistes qu’elle a composées pour le cinéma et le monde de la danse, sait aussi s’émanciper de l’univers intérieur qui la caractérise. C’est ce qu’elle a voulu prouver en imaginant ce projet, consacré au blues-rock psychédélique de Pink Floyd, imaginé avec Andy Sheppard, Giovanni Tommaso, Matthew Garrison, Fausto Mesolella, Michele Rabbia, Alfredo Giolino et Raiz.
Ce concert est enregistré par France Musique et sera diffusé les samedi 4 juillet et 11 juillet de 23h à 01h et le vendredi 17 Juillet à partir de 9h. dimanche 21 juin 14h Duo Antonello SALIS / Fabrizio BOSSO

Pianiste et accordéoniste d’origine sarde, Salis n’a plus besoin d’être présenté. Musicien autodidacte, attiré par le rock comme par le jazz, il a su se faire un nom sur la scène internationale grâce à sa vision originale et parfaitement ouverte de la musique. Cet ancien membre du Quartetto Nuevo – une réunion d’accordéonistes dans lequel il côtoyait Richard Galliano, Marcel Azzola et Gianni Coscia – a tout de suite répondu à l’appel de l’équipe du Paris Jazz Festival, choisissant de s’exprimer en duo avec le jeune trompettiste Fabrizio Bosso pour cette carte blanche qui lance la Fête de la Musique au Parc Floral. 15h

Trio BEX / BEARZATTI / GOUBERT • OPEN GATE

Emmanuel Bex (orgue Hammond) et ses complices (saxophone/clarinette et batterie) se démarquent intelligemment de la formule habituelle clavier/basse/batterie. Forts de leur expérience commune avec Glenn Ferris au sein du trio BFG, Bex et Goubert ont été chercher cette fois un nouveau complice de l’autre côté des Alpes. Bearzetti (révélé par son travail avec Aldo Romano et Enrico Rava) apporte beaucoup de lyrisme et de fraîcheur à un projet qui fait l’unanimité dans son sillage. Le répertoire de l’Open Gate Trio se caractérise par un sens de l’ouverture qui convient parfaitement à son appellation.

16h30 MUSICA NUDA

Petra MAGONI chant / Ferrucio SPINETTI contrebasse

En italien, le nom de ce duo jazz-pop pas comme les autres signifie “Musique nue”. Porté par les acrobaties vocales de Petra Magoni (chanteuse d’opéra de formation, originaire de Pise), Musica Nuda doit beaucoup à la densité rythmique et mélodique tissée par le contrebassiste virtuose Ferruccio Spinetti. Depuis que leur premier album les a fait connaître en 2004, Petra et Ferruccio ont foulé les plus grandes scènes européennes, gagnant partout de nouveaux adeptes grâce à leurs prestations spectaculaires et leur façon unique de réinventer les standards.

lundi 15 juin 2009

Get Yer Ya-Ya's Out!

Certainement l'un des plus grands albums des Stones. Enregistré en 1969 au Madison Square Garden de New York, ce concert est un véritable hommage rendu aux influences blues et rock’n’roll du groupe, tiraillé entre les rythmiques boogies de leurs nouvelles compositions (Midnight Rambler) et des reprises très orientées (Carol et Little Queenie de Chuck Berry). L’influence des musiques du sud des Etats-Unis est ici très présente. Mais la cerise sur le gâteau, c’est cette reprise historique du Love in vain de Robert Johnson, qui achèvera de remettre au goût du jour la musique blues pour les jeunes générations, et qui deviendra même plus célèbre que l’originale. Enfin, on notera que la contribution de Mick Tayor, (nouveau transfuge des Bluesbreakers de John Mayall) n’est sans doute pas pour rien dans l’esthétique sonore très roots de ce live.

dimanche 14 juin 2009

Claude Lanzmann répond aux lecteurs du Monde

J'ai l'impression d'insister, d'être même un peu lourd, diraient certains, mais quand on aime un livre, comme je l'ai dit écrit hier, comme celui de Claude Lanzmann, on tend à vouloir faire partager cet engouement au plus grand nombre. Dans un chat sur lemonde.fr, l'écrivain et cinéaste Claude Lanzmann est revenu sur son livre de souvenir, mais aussi sur Shoah, Israël, Sartre et Beauvoir par bien des intervenants n'ayant pas lu le livre où dominé par bien des préjugés. Yaël F.: Est-ce que l' antisémitisme est une forme de paranoïa?
Claude Lanzmann: D'abord, je ne m'attendais pas du tout à cette question. Je pensais qu'on allait parler de mon livre, Le Lièvre de Patagonie. Mais en plus, la question est incompréhensible telle quelle, parce qu'on peut dire que les juifs qui craignent l'antisémitisme ont des raisons, même si on les traite de paranoïaques, parce que cette prétendue paranoïa révèle sa vérité toujours trop tard. Il s'agit là des victimes de l'antisémitisme.
Par ailleurs, on peut dire que les antisémites sont des paranoïaques, mais je ne crois pas que le mot paranoïa pour les définir soit un mot juste. Ils ont besoin de boucs émissaires, et selon moi c'est tout à fait autre chose.
s_de_B: Pourquoi le lièvre de Patagonie?
Claude Lanzmann: D'abord, je réponds à cela dans le livre, mais je veux bien tenter de le faire ici. Les lièvres sont importants dans mon livre, dans ma vie, dans mes films, essentiellement dans "Shoah". Il y a dans ce film une scène, volontairement sans insistance, dans laquelle on voit deux lièvres qui tentent de franchir les barbelés de Birkenau qui étaient infranchissables pour les hommes qui se trouvaient là-bas pendant que toutes ces horreurs se déroulaient. Et on voit tout à coup, dans mon film, les deux lièvres arrêtés par les barbelés, réfléchir et affaisser leurs pattes arrières et se glisser sous les barbelés, et passer. Et j'ai monté cette scène "off", comme on dit dans le jargon cinématographique, sur les paroles d'un des rarissimes hommes qui se soient évadés de Birkenau, Rudolf Vrba, qui s'est évadé en faisant preuve d'une intelligence, d'un courage, d'un héroïsme sans pareils.
Ça, ce sont les lièvres de Birkenau, mais j'ai vu beaucoup d'autres lièvres dans ma vie, ce sont des animaux nobles, je les respecte, je les révère même infiniment. Et à Auschwitz, aujourd'hui, il est interdit de tuer, même les animaux. Donc les lièvres pullulent, du moins ils pullulaient quand j'ai tourné là-bas. Peut-être que maintenant les Polonais font des battues pour les exterminer parce qu'il y en a trop. Mais quand moi je tournais là-bas, je me plaisais à penser que les millions de juifs asphyxiés dans les grandes chambres à gaz des crématoires 2 et 3 de Birkenau s'étaient réincarnés en lièvres. Et personnellement, je ne serais pas du tout fâché, après ma mort, de devenir lièvre. A la condition bien sûr qu'un chasseur ne me bousille pas.
Et l'exergue de mon livre est tiré d'un magnifique poème d'une femme écrivain argentine, Silvina Ocampo, qui s'appelle La liebre dorada. Il faut le lire, c'est très beau. Mon livre est essentiellement un livre sur l'incarnation. Le monde, pour moi, n'est pas un décor, et s'il est un décor, ça ne me touche pas profondément. Il me faut toujours une étincelle pour que je comprenne où je suis.
J'ai été deux fois en Patagonie, seul, et la première fois que j'ai été là-bas, j'ai volé pendant quatre heures de Buenos Aires à l'extrême sud de l'Argentine, jusqu'à une espèce de ville qui n'en est pas une qui s'appelle Rio Gallegos. J'ai loué là-bas une voiture et j'ai commencé à remonter l'immense plaine aride de la Patagonie argentine vers la frontière du Chili. Je m'apostrophais moi-même, je me disais en regardant ce ciel immense : tu est en Patagonie, tu es en Patagonie. Mais c'était des paroles un peu vide, le déclic ne se faisait pas. J'ai vu également des troupeaux de lamas, de vigognes, et je me disais : tu es vraiment en Patagonie, mais le déclic ne se faisait toujours pas. Et au soir, à la nuit tombée, à la sortie d'un village qui s'appelait El Calafate, j'ai emprunté sur 100 km une très mauvaise piste, j'ai quitté la route asphaltée, et au début de la piste, soudain, un grand et haut lièvre a surgi dans le faisceau de mes phares, et j'ai fait tout ce que j'ai pu pour ne pas le tuer. J'y ai réussi, et j'ai été poignardé de l'évidence déchirante que j'étais en Patagonie. Cela veut dire que la Patagonie et moi étions vrais ensemble. C'est ça la rencontre. Ça m'est arrivé des tas de fois pendant la réalisation de Shoah, mais aussi à d'autres occasions : quand j'avais 20 ans, aussitôt après la guerre, j'ai fait un voyage en Italie, c'était la première fois que je découvrais l'Italie, je me promenais à Milan, Piazza del Duomo, et je m'apostrophais de la même façon, me disant : tu es à Milan, tu es à Milan, tu es à Milan. Et ça ne disait rien en moi. Soudain m'est revenue la première phrase de La Chartreuse de Parme de Stendhal : "Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi et d'apprendre au monde qu'après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur". Et là, l'étincelle soudain a surgi. J'ai explosé : j'étais à Milan.
castor: Vous n'aimez pas le mot Mémoires. Pourquoi avez-vous décidé d'écrire ce livre?
Claude Lanzmann: Pour commencer, je l'ai intitulé Le Lièvre de Patagonie, et ça n'est pas moi qui ai voulu qu'il y ait en sous-titre "Mémoires". C'est l'éditeur. J'ai obéi. Ce ne sont pas des Mémoires, c'est beaucoup plus compliqué que ça. Lisez-le, vous comprendrez.
Olga: Que pensez-vous de ceux qui prétendent que la manière dont vous parlez du nez de votre mère montre que vous avez intégré les clichés antisémites sur le nez et que vous les propagez?
Claude Lanzmann: Ce sont des cons. Ils n'ont qu'à me lire.
s_de_B: Pourquoi cette scène inaugurale de votre livre sur la guillotine ?
Claude Lanzmann: Parce que c'est la vérité profonde de ma vie, la haine de la peine de mort sous toutes ses formes : les exécutions capitales. C'est tellement central dans ma vie que j'ai commencé ce livre par là. Et ça m'a amené à toute la question de la violence, de la résistance, de la torture, de la lâcheté et du courage.
Plick: Après le bombardement massif de Gaza, après l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir, êtes-vous toujours "ce défenseur opiniâtre d'Israël" ?
Claude Lanzmann: Oui.
gérard: A la création de l'Etat d'Israël, il y avait un idéal de vie en commun. Aujourd'hui, l'individualisme n'est-il pas le plus grand danger qui menace ce pays?
Claude Lanzmann: L'individualisme ne menace pas seulement Israël, il menace partout. Ce n'est pas ça qui est le plus grand danger pour Israël, je ne le crois pas.
AC: Je me permets de poser une question au cinéaste engagé qu'est Claude Lanzmann: ne pensez-vous pas que votre film Tsahal mérite une révision après les derniers massacre de Gaza par l'armée israélienne?
Claude Lanzmann: Non, je ne le pense pas du tout. Il faut arrêter cette histoire. Les Israéliens ont fait des bombardements ciblés à Gaza et avec des victimes, c'est la vérité. Et chacun déplore absolument ces victimes. Mais les gens du Hamas, eux, ont fait des bombardements indiscriminés, tapant n'importe où sur n'importe qui, sur des écoles. Simplement, ils n'ont pas tué beaucoup parce que les Israéliens avaient fermé les écoles, les gens vivaient dans les abris. Et leur relation à la vie et à la mort n'est pas la même. C'est une vérité absolue que les gens du Hamas s'enterraient sous les habitations et mettaient les gens dehors en leur faisant risquer d'être touchés. Chacun sait cela, il ne faut pas être la victime de la propagande de ces gens-là, qui ont vraiment du génie pour la propagande. Il ne faut pas être non plus la victime des images sans explication, ni genèse, ni généalogie des événements.
Bonjour_Claude: Quelles critiques formulez-vous à l'encontre des gouvernants israéliens qui ne parviennent pas à la paix avec les Palestiniens ?
Claude Lanzmann: Quelles critiques formule-t-on au sujet des gens du Hamas qui ont à leur programme l'éradication absolue de l'Etat d'Israël ? Il me semble qu'il y a eu des tentatives très sérieuses et profondes faites par des hommes d'Etat israéliens, à commencer par Ariel Sharon, par exemple, qui me parlait de Mahmoud Abbas comme d'un ami. Ils se téléphonaient tous les jours. C'est quand même lui qui a décidé de quitter unilatéralement Gaza, en obligeant tous les colons à partir.
Lionel_1: Quel regard portez vous sur cette tendance, actuelle, qui vise à faire d'Israël un bourreau, absolu parfois, comme s'il fallait que l'Europe se déculpabilise de sa propre histoire?
Claude Lanzmann: C'est ce qu'on appelle l'échange des rôles, et c'est quelque chose de profondément révoltant. Je connais l'armée d'Israël, j'ai fait un film sur cette armée, et les faire passer pour des nazis est un scandale.
pkp77: Vous avez déclaré récemment que le seul regret que vous pourriez avoir serait le regret de devoir mourir. L'écriture de ce livre a-t-elle balayée tous les autres ?
Claude Lanzmann: D'abord, ce n'est pas un regret, pour moi c'est un scandale absolu. Je sais qu'il va falloir mourir, ça ne me donne aucun plaisir parce que j'aime la vie. Et l'idée du monde sans moi ne me réjouit en rien. La perspective de la mort colore aujourd'hui ma vie entière, ça met une sorte de bémol aux joies que je pourrais avoir.
sarah: Est-ce parce que Shoah est un film sur la mort, et non sur la survie, que les Américains ne l'ont pas financé?
Claude Lanzmann: C'est un peu trop abrupt de dire les choses comme ça. Les Américains me demandaient : quel est votre message ? Si j'avais répondu : mon message, c'est "aimez-vous les uns les autres", ou bien "plus jamais ça", peut-être m'auraient-ils aidé. Ils ont besoin d'optimisme, et je n'avais aucune réponse optimiste à cette question.
Serguei: Quel a été le moment le plus fort dans vos longs travaux pour réaliser Shoah?
Claude Lanzmann: C'est quand j'ai compris que ce ne serait pas un film sur la survie et les survivants, mais un film sur la radicalité de la mort dans lequel les protagonistes juifs de Shoah, dont aucun n'aurait dû survivre, se font les porte-parole des morts, ils s'oublient eux-mêmes entièrement, ils ne disent pas comment ils ont survécu, comment ils se sont évadés, ils ne racontent jamais leur histoire personnelle, ils ne disent jamais "je", ils disent "nous". Ça a été le moment décisif pour moi. J'ai su, ayant compris cela, quel film j'allais faire. Cela ne veut pas dire que je n'avais plus à faire face à aucune difficulté. Les difficultés commençaient, au contraire. sarah: Vous êtes très négatif sur ce qu'est aujourd'hui Yad vashem, en Israël. Pourquoi? Claude Lanzmann: Ce n'est pas Yad Vashem que je vise. Je considère que les musées engendrent peut-être plus l'oubli que la mémoire. Les commémorations aussi, ça devient une sorte de mécanique ritualisée. Ce n'est pas seulement Yad Vashem, c'est partout. Sauf peut-être à Paris, il ne faut pas que le Mémorial de la Shoah tombe dans ce défaut-là. J'ai connu Yad Vashem dans les années 1960-1970, c'était très émouvant, c'était proche. Aujourd'hui, c'est une gigantesque ville de pierres, comme si les pierres remplaçaient les morts. En tout cas, moi, je fais des films au présent. Ce n'est pas du passé, Shoah.
jericho kane: Comment peut-on entretenir la mémoire de la Shoah aujourd'hui ?
Claude Lanzmann : En voyant Shoah, mon film. En le voyant et en le revoyant. Et en lisant également Le Lièvre de Patagonie, où je montre pour la première fois comment j'ai fait le film, où je dis des choses que je n'ai jamais dites. Et les gens comprennent. Olga: On parle beaucoup de ce que vous dites sur Beauvoir, moins sur Sartre. Considérez vous que son oeuvre vous a formé, intellectuellement?
Claude Lanzmann: Absolument. Elle m'a formé de l'intérieur. A bien des égards, on peut dire que Le Lièvre de Patagonie est une oeuvre sartrienne.Yaël F.: Est-ce que la philosophie de Jean-Paul Sartre a des résonances actuelles?
Claude Lanzmann: Bien sûr, elle en a beaucoup. Sa philosophie est étudiée par les philosophes, dans le monde entier il y a des gens qui le lisent, des professeurs qui l'enseignent, des colloques qui se tiennent, et ce n'est pas fini.
s_de_B: Pourquoi dites-vous que les roucoulades sont du temps perdu et qu'en amour il faut aller à la chose même?
Claude Lanzmann: Enfin une question intéressante ! La personne qui me pose cette question est-elle un homme ou une femme ? Qu'il ou elle lise Belle du Seigneur, d'Albert Cohen. La réponse est dans ce livre. Qu'il ou elle lise aussi le chapitre de L'Etre et le néant de Sartre sur la mauvaise foi.
anna_1: Pourquoi aimiez-vous tellement Albert Cohen? Partagiez-vous sa misogynie? Ce serait bizarre quand on a vécu avec Beauvoir.
Claude Lanzmann: Je vous laisse la responsabilité du mot que vous employez pour qualifier Albert Cohen. Il y a bien autre chose que de la misogynie dans son oeuvre.
anna_1: Vous dites "100 vies ne me suffiraient pas". Vous n'êtes pas fatigué de la vie? Claude Lanzmann: Non, pas du tout !
jacques: Il me semble que bien vieillir c'est d'abord rester curieux, mais quels seraient vos autres conseils ?
Claude Lanzmann: Je ne suis pas vieux, donc je ne peux pas répondre à ça.
Rasta: Avez-vous d'autres projets cinématographiques ?
Claude Lanzmann: Sûrement, oui.
Lionel: Quel type de film pourriez faire aujourd'hui sur Israël?
Claude Lanzmann: Je ne sais pas. Il faudrait que j'y aille, que j'y passe du temps, et je n'y vais plus très souvent, et je n'y reste pas assez longtemps. Mais je crois que je serais encore parfaitement capable de faire un film sur Israël.
Lionel: Quels sont les sujets récents qui vous préoccupent au point de pouvoir en faire un film?
Claude Lanzmann: C'est un peu trop privé, comme question. Si je fais un nouveau film, ce sera un film d'amour et de sexe.
Christine Rousseau Le Monde.

samedi 13 juin 2009

Le lièvre de Patagonie (rappel)

Les uns vous diront que Claude Lanzmann est né en 1925, qu’il est l’auteur de Shoah, le directeur des Temps Modernes et a été l’amant de Simone de Beauvoir. La belle affaire ! D’autres le confondront avec Jacques Lanzmann, l’écrivain et parolier de Jacques Dutronc et beaucoup avoueront sans aucun doute, ne pas le connaître et passeront à autre chose. Et après ? Que reste-t-il dans tout cela de la vie d’un honnête homme, de ses doutes et de ses certitudes, de ses inquiétudes, de ses contradictions, de ses peurs et de ses amours dans la tourmente d’un siècle ? C’est ce que nous livre ce « Lièvre de Patagonie », ouvrage d’excellence par la qualité et la fuidité de son écriture, ce rythme incessant sur les événements et les rencontres de ce siècle, le 20ème, que nous « dévorons » comme un thriller, ce qu’il est bel et bien, car bien souvent le grand frisson le long de l’épine d’orsale, qu’il soit de plaisir, d’angoisse de peur ou de dégoût est là, permanent, vous habite tout le long de cette lecture absolument passionnante et frissonnante. Je me souviens encore du conseil de ma libraire « Comment, vous ne l’avez pas lu ! Mais c’est un livre magnifique ! » et moi d’avouer « que certainement peu de lecteurs s’y interesseraient » (toujours ces foutus préjugés). Et j’ai eu tort (comme toujours). Et les lecteurs auraient tort de bouder le plaisir immense de rire aux frasques des deux Khagneux dragueurs Jean Cau et Claude Lanzmann sur les Champs Elysées. A être emportée d’émotion aux pages magnifiques consacrées à sa sœur suicidée. A ses engagements et actes de résistance. Frémir d’impatience quand il nous narre sa « liaison étrangère » aussi folle qu’impossible, lors d’un visite en Corée en 1958. Ces portraits d’intellectuels toujours en mouvement, qu’étaient Sartre et Beauvoir et son histoire d’amour pendant plusieurs années avec cette dernière. Compagnon toujours fidèle en amitié, il accompagnera le Castor jusqu’au bout en 1986 comme il l’avait fait pour Sartre quelques années plus tôt. Sans oublier la « somme » de travail, d’acharnement, de combat et de souffrance pour mener à bien le projet d’une vie : « Shoah ». Ce « Lièvre de Patagonie » se lit comme un roman, le roman d’une vie, celle d’un jeune homme de 80 ans à la « noblesse sans limite ».
Claude Lanzmann : Le lièvre de Patagonie; Gallimard.

vendredi 12 juin 2009

François par Beranger 13

L'évolution du Paysage Audiovisuel Français, la radicalisation des sociétés de production, les conditions économiques qui régissent le spectacle vivant, me font mal augurer de son avenir. Résumons brièvement les passages obligés du chanteur et de ses chansons : Producteurs de disques et Production. Les grandes maisons de production (généralement des multinationales) n'assument plus leur vocation de découvreur, de promoteur d'artistes. Elles font du chiffre avec de gros catalogues de valeurs sûres, et exploitent quelques stars. Le profit doit être immédiat. A cette condition elles investissent dans la production et la promotion. Il arrive encore qu'elles se laissent aller à prendre quelques risques et qu'elles produisent un disque. Si le succès n'est pas rapide, après une courte période de tests, la production est abandonnée. La promotion, corollaire indispensable à la vie d'un disque, n'est pas même tentée : car la promo coûte plus cher que la prod elle-même et nécessite un long travail dans le temps. (Ce faisant, le producteur contrevient à la loi qui lui fait obligation de tout tenter pour faire connaître l'oeuvre qu'il contribue à produire... Beaucoup d'artistes auraient pu gagner des procès rémunérateurs en faisant respecter cette loi! Mais qui connaît et respecte la loi?... ) La pente naturelle mène donc le producteur vers la tendance, le produit à la mode, ou l'exploitation tranquille du catalogue et des stars qui sont comme des rentes obligataires. Le ci-devant producteur veut que son entreprise fonctionne selon des critères incompatibles avec la création ou l'art. Mais on ne vend pas de la même façon une lessive ou un aliment pour chien et une chanson! Or les maisons de production parlent de rentabilité, de cibles, de prévisions, de bilan et doivent des comptes aux actionnaires. Les cadres de ces entreprises ont souvent une brillante formation commerciale, mais sont totalement nuls, incultes, dépourvus du moindre goût dans le seul domaine où il faudrait qu'ils brillent : celui de la musique, de la chanson, de l'art en un mot. D'ailleurs ils n'en font pas mystère : la chansonnette ne les branche pas-dutout! Ce n'est jamais que du vent qu'il faut vendre. Ces réflexions viennent de ma propre expérience : je n'invente rien. Mais n'accusons pas le simili-producteur de tous les maux : nous vivons dans un système - le libéralisme de plus en plus sauvage - où l'on est effectivement condamné à réussir ou à disparaître. Alors, quelle solution pour l'auteur-compositeur-chanteur? Etre riche d'un héritage familial ou d'un succès précédent, et investir ses propres fonds. Trouver, vaille que vaille, une formule artisanale de production. Ce dernier cas, le plus fréquent chez les indépendants, fait qu'on travaille dans des structures à dimensions humaines, et non plus dans des usines anonymes où la responsabilité est diluée, l'interlocuteur toujours absent, le mensonge envers l'artiste institué en stratégie permanente. Mais la modestie des moyens induit des limitations : limitations techniques; limitations de pouvoir dans les rapports avec distributeurs et décideurs de médias. Beaucoup d'entre nous n'ont pas d'autre choix : il faut faire avec. L'éditeur et l'édition Je ne cite ce secteur que pour mémoire. On se demande pourquoi il existe encore, tellement son inutilité est flagrante! L'éditeur, autrefois responsable de l'édition-papier des chansons, de leur diffusion, voire de la recherche de nouveaux interprètes, se contente aujourd'hui, dans l'immense majorité des cas, d'empocher 50% des droits d'auteur, de gérer son catalogue, parfois de signer des contrats de sous édition avec l'étranger. Certains, dans le meilleur des cas, participent financièrement à la promotion de spectacles, ou servent de banquier aux auteurs dans le besoin, au moyen d'avances, remboursables, évidemment, sur les droits à venir. La disparité entre le pourcentage exigé par l'éditeur et son travail effectif est proprement aberrante. Mais rien ni personne ne vous obligent à vous faire ainsi maquereauter... (sauf certaines productions qui exigent, dans leurs contrats, en plus d'un fatras de conditions souvent léonines et jamais respectées, qu'on leur abandonne lesdroits d'édition...) La distribution Si produire un disque reste du domaine du possible, le distribuer oblige à passer par les volontés du distributeur, qui évolue dans un domaine quasiment industriel, hors de portée de l'artisan. Coût de l'opération : 40 % du prix de gros. La promotion J'ai décrit plus haut le scénario-type des rapports entre le produit et le décideur-programmateur. Je n'ai pas parlé de cette catégorie de gens, souvent respectables, qu'on nomme improprement attachés de presse et qui sont, en fait, des chargés de promotion. Leur métier est ingrat. Je tire mon chapeau à ceux et celles qui le pratiquent honnêtement. Quand vous êtes sous contrat dans une grosse boite de production, on vous présente souvent, après la sortie d'un disque, un plan-médias. C'est un document qui présente toutes les actions promotionnelles que le dynamique service promo va entreprendre pour faire de vous la star de demain, vous faire entrer dans les hits et dans les charts, vous faire figurer dans les playlists... (le franglais est de rigueur : c'est plus chébran). Les résultats sont généralement plus... discrets! On ne sait pas qui a fait quoi, comment, auprès de qui. Quelles sont les vraies réactions des programmateurs. Si même le travail a été vraiment fait. En quels termes et avec quel argumentaire. Il arrive parfois, fortuitement ou volontairement, qu'on puisse exercer un contrôle : on a des surprises. Généralement mauvaises : le disque a bien été expédié, mais les relances téléphoniques ou autres, n'ont pas été faites (il faut harceler 10, 15, 20 fois un responsable pour qu'il écoute votre disque ou...prétende l'avoir écouté!) Au pire, le disque n'est jamais arrivé! Dans les grandes entreprises le contrôle du travail des gens est impossible. On nage dans le brouillard. On déprime. On finit par laisser tomber. Sur le chargé de promotion free-lance, qu'on engage et qu'on paie soimême, la fonction de contrôle est en apparence plus simple, quotidienne. La responsabilité n'est pas diluée dans un personnel pléthorique. Le free-lance peut avoir des relations personnelles avec les décideurs : ça aide à l'efficacité de son travail, et ça permet, au moins, de savoir la vérité. Mais la promo est le métier du free-lance. Les programmateurs, ses cibles. Il doit ménager l'avenir, son avenir. Il n'a aucune envie, sous prétexte de défendre un produit - et il faut parfois le faire d'une façon... opiniâtre - de ruiner la qualité de ses relations, de brûler son carnet d'adresses. Résoudre le problème de la promotion, c'est résoudre la quadrature du cercle! Le spectacle vivant Le public potentiel du spectacle vivant a changé. Je ne connais pas tous les facteurs qui ont déterminé cette évolution. On parle de l'avènement des nouvelles techniques de communication : télévision, vidéo, qui n'incitent pas à sortir de chez soi pour aller au spectacle. Et de bien d'autres choses. Le fait est que le public s'est raréfié et que son budget-loisir a fondu, crise économique aidant. Les organisateurs de concerts du domaine privé, pas plus que d'autres entrepreneurs, n'aiment perdre de l'argent. On les comprend. Ils ne veulent investir qu'à coup sûr, sur des produits sans risque, à l'image des producteurs de disques, après avoir vérifié que le chanteur a fait une salle à Paris (indispensable pour la province), que son press-book est bien rempli et que les prime-time de variétés sur les chaînes nationales l'ont accueilli plusieurs fois. Cette dernière condition est la plus déterminante. Si, en plus, une de vos chansons est un tube sur toutes les chaînes de radio, la gloire provinciale est à vous. Les producteurs privés ont privilégié, pendant les années 80, les grands spectacles, les méga-productions : il est plus rentable de remplir une fois le Palais des Sports de Bercy que de produire 10 concerts dans des salles de 1.000 places Retour à des critères de spectacle plus humains, ou effet de la crise, épuisement de la mégalomanie des stars et de leurs producteurs, bouillons financiers spectaculaires, on voit depuis quelques années les petites et moyennes salles accueillir à nouveau des spectacles de chansons. C'est heureux. La chanson s'épanouit mieux dans une certaine intimité. Quant aux petits organisateurs, survivants des associations issues de 68, - dont la politique culturelle était souvent en contradiction avec celle des municipalités - c'était facile de les asphyxier : en pratiquant, par exemple, des tarifs prohibitifs de location de salle, pour les priver de lieux où recevoir les spectacles... Autrefois cette catégorie d'organisateurs oubliaient fréquemment de payer les charges sociales sur les salaires des artistes ... ce qui allégeait d'autant leurs charges financières et leur permettait de tenir, bon an mal an. L'application stricte de la loi dans ce domaine a eu pour effet pervers de garrotter complètement les associations. Le spectacle vivant y a perdu une grande part de sa liberté et maintes occasions de s'exprimer. Une vraie politique culturelle, intelligente et concertée, aurait dû instituer de nouvelles pratiques dans le domaine des taxes fiscales et des charges sociales. On a préféré privilégier une politique de PRESTIGE, de GRANDS TRAVAUX, accentuant le centralisme parisien, au détriment d'actions locales en profondeur et à long terme. L'Arche de la Défense, l'Opéra- Bastille, la Pyramide du Louvre, autant de gouffres financiers qui font de la France provinciale et profonde des déserts culturels. La DECENTRALISATION , qui donne le pouvoir financier aux élus locaux, n'a pas dénoué la situation : la politique culturelle véritable y est aussi absentequ'au niveau national. Les organisateurs du domaine subventionné (Maisons de la Culture etc... ) obéissent aux mêmes règles que ceux du privé. Ils en ajoutent une supplémentaire : le prestige. Sous le règne d'un précédent monarque républicain (VGE), on décida que la Culture devait être rentable comme n'importe quel produit, dans la logique du libéralisme à tout va. Outre que cette politique témoigne d'une méconnaissance grave - ou d'un mépris total - de la chose culturelle - car l'art n'a pas à être rentable - elle fit disparaître durablement beaucoup d'activités artistiques. Les directeurs du domaine subventionné furent priés de rentabiliser un peu l'argent de l'état ou des Collectivités Locales. D'en perdre un peu moins, quoi. Il est vrai que depuis Malraux on assistait à beaucoup de gâchis : celui, en particulier, de tous ces metteurs en scène contestables se faisant plaisir en créant, luxueusement, des oeuvres... contestables. La chanson, qui n'y était pour rien, la pauvre, se vit rogner les ailes. La programmation des spectacles de chansons diminua. On ne conserve, pour le prestige, que les spectacles de stars. EN GUISE DE CONCLUSION J'ai brossé un tableau plutôt noir des composantes de ce métier : c'est sans doute ma nature de forcer le trait. Je ne crois pas, cependant, être loin de la vérité. J'aurais pu j'aurais dû - évoquer aussi celles et ceux qui font que ce microcosme conserve, parfois, une dimension humaine, chaleureuse, attentive. Producteurs d'émissions, réalisateurs, programmateurs qui – malgré le panier de crabes où ils se meuvent - tentent de diffuser, de promouvoir autre chose que de la soupe. Ils existent et je les salue. Je ne suis ni désespéré, ni cassé, ni battu. Les constats que je fais, les dénonciations que je tente sont l'expression d'un certain esprit de résistance. S'il faut, un jour, chanter clandestinement dans les catacombes, pourchassé par les limiers de la police culturelle (!), j'y serai. Car il y a LA CHANSON! Aussi vieille que les hommes. Le produit chansonnette-savonnette bien mode, bien torché, bien sexy, bien rythmé est souvent comme un crachat à la face du monde. Il y a cette femme, en Somalie, berçant son enfant squelettique qui va mourir de la connerie des hommes... Et elle lui chante une chanson! Tout finit par des chansons.
.