mardi 31 mars 2009

Un océan de musique...

Après plusieurs albums dédiés aux Sonates pour piano de Wolfgang Amadeus Mozart - des enregistrements privés sur cassette datant du début des années 1980 - Deutsche Grammophon édite pour la première fois un album entièrement consacré à la musique de Johann Sebastian Bach. Ces enregistrements ont été captés en public et en studio entre 1955 et 1969, en mono et stéréo. Deux œuvres majeures, les Suites Anglaises n° 2 et 3, constituent le cadre d'un récital merveilleusement énergique et émouvant, complété par des enregistrements privés du pianiste lors de tournées à Uppsala et Trieste. A son habitude, le pianiste introduit lui-même certaines des œuvres, et en conclusion de l'album, nous retrouverons son exubérante reprise « jazz » d'un Prélude et Fugue de Bach. Friedrich Gulda, « l'océan de musique » comme aime à le rappeler sa grande admiratrice Martha Argerich, n'a pas fini de nous surprendre … Le mastering des enregistrements a été supervisé par son fils Paul qui a écrit le texte du livret.

lundi 30 mars 2009

François par Béranger 9

POUR EN FINIR AVEC LA CHRONOLOGIE !
En 1973, avec Alarcen, commence mon ère électrique .
Une centaine de concerts par an, festivals, fêtes politiques, galas de soutien. On va partout où on nous appelle et on mange beaucoup de kilomètres. L'organisation de nos tournées n'est pas très cohérente : un jour à Lille, le lendemain à Marseille. On va partout et souvent, jusque dans les petits bleds, car je pratique une politique de prix qui permet aux petits organisateurs de nous faire venir sans grands risques. Nous sommes onze personnes : ça coûte cher. Mais le prix des places modeste que j'impose est compensé par un public nombreux. Maxime Leforestier fait la même chose : il donnera, certaines années, jusqu'à 300 concerts par an. Le record! Sur cette période, qui durera jusqu'en 1980, j'ai voulu écrire un récit de souvenirs. Que je n'ai pas écrit ! (Bof... Un livre de plus!) J'y aurais raconté la ferveur, l'émotion, la sympathie, le plaisir, les gags, la violence et les affrontements parfois. Le pied géant qu'on y a pris! J'aurais dit pourquoi -où que j'aille en France, encore aujourd'hui - des inconnus (et des inconnues aussi...) me sourient et me saluent comme si j'étais de la famille. La grande famille que c'était... En vérité, j'ai de beaux souvenirs. Mais pas de nostalgie, ni de mélancolie. En 1978, après un mois de spectacles à l'Elysées-Montmarte, à Paris, et quelques concerts dans les prisons, le groupe Alarcen et moi nous nous séparons. On a fait, ensemble, le tour de la question. Alarcen fonde son groupe. Tout est bien. J'ai fait quatre 30cm avec Alarcen : LE MONDE BOUGE (74)
L'ALTERNATIVE (75)
EN PUBLIC (double, 77)
PARTICIPE PRESENT (78)
J'ai toujours fait de la place aux musiciens, considérant que leurs sons et leur musique avaient des choses à dire au même titre que les mots. Il m'est arrivé de m'effacer totalement sur scène pour faire place à la musique. Dans les grandes chansons comme Paris-Lumière ou Article sans suite, qui durent 15 à 25 minutes, les solos et les chorus sont nombreux. On m'en a fait reproche, parfois, en prétendant que je risquais d'y disparaître. Critique à courte vue! Après Alarcen, j'enchaîne aussitôt avec de nouveaux musiciens dirigés par Bertrand Lajudie. Les chansons d'avant, jouées par un nouveau groupe, deviennent de nouvelles chansons. Phénomène assez rafraîchissant. Avec Lajudie, on fait trois ans et trois 30cm :
JOUE PAS AVEC MES NERFS (79)
ARTICLE SANS SUITE (80)
DA CAPO (81) Lajudie signe les musiques de quelques chansons comme : Le Messager, Ma maison, Allemagne, soeur blafarde. Si importantes pour moi qu'après onze ans, je les ré-enregistre (92). En 82, après le dépôt de bilan de l'Escargot- Sibécar (c'est le sort des petites productions indépendantes...) je suis sous contrat chez RCA, par la grâce de son directeur d'alors, François Dacla, vieux supporter et grand amateur de chanson française. RCA produit Da Capo et... me pousse vers la sortie. La société est sur le point de se faire avaler par Ariola, qui met comme condition au rachat le dégraissage d'un bon nombre de chanteurs français. (Ah! Le dégraissage! Doux vocable quiva marquer de son esprit toutes les années 80. Arme magique des nouveaux barbares, genre Bernard Tapie, pour bâtir des fortunes sur l'exclusion et le chômage. Stratégie préférée des nouveaux maîtres à penser). Je ne vois pas d'inconvénient à me faire dégraisser si on m'indemnise, car mon contrat n'est pas respecté : RCA me doit la production de deux 30cm. On me propose... 50.000 Fr pour solde de tout compte! J'engage une procédure judiciaire qui durera sept ans, et que je gagnerai. (Y'a pas de justice, mais quand même!) Le vidage d'un artiste, dans le non-respect de son contrat, est une pratique courante à l'époque. La seule partie qui doit en respecter les clauses est... l'artiste. La plupart d'entre eux se laissent tondre sans réagir, soucieux de retrouver très vite une nouvelle production, obsédés par l'idée qu'on les prenne pour de mauvais coucheurs. Ce n'est pas mon cas. D'autant que j'ai décidé, assez brutalement, d'arrêter le métier pour un temps. Je suis saturé par douze ans de tournées ininterrompues. J'ai envie de prendre du recul. Les péripéties avec RCA n'arrangent rien. L'album DaCapo ne sera pratiquement pas distribué. Ni promotionné. Un disque confidentiel. La demande de concerts, pourtant, est toujours forte : le public ne m'a pas chassé par son absence. De 82 à 89, j'ai vécu... ma vie. Farniente (glandage), voyages, musique, travaux alimentaires pour vivre. En 89, je rencontre Francis Kertekian, patron de Justine, heureux de me produire un album. Et moi donc! Avec Valmont, on fait un disque exclusivement avec des machines (sauf un titre), et... 60 concerts dans toute la France. Vu sous l'angle de la gestion d'une carrière, un arrêt total de sept ans est une aberration. Je n'ai jamais eu ce genre de préoccupation, mais le redémarrage fait de vous un simple débutant. Ça rajeunit. Mais c'est difficile, disons-le, d'autant que le métier s'est radicalisé vers la rentabilité à tout prix. C'est la crise. Je suis quand même surpris par le nombre de concerts et par l'accueil des gens. Les anciens viennent avec leurs enfants, dont les jeunes années ont été bercées - parfois jusqu'à saturation - par Tranche de vie et autres Natacha. Justine, la boîte de prod de Francis Kertekian se fait absorber par Fnac- Music. Ça recommence! Je me retrouve dans une boîte qui n'a vraiment pas envie de moi. Ni moi d'eux. Beaucoup de fric, beaucoup de moyens, mais un dialogue artistique nul, dans une structure de gestionnaires. Dommage...

samedi 28 mars 2009

Enquête à l'encontre d'Elie Domota

Monsieur le procureur de la république .
Ainsi vous avez décidé d'ouvrir une enquête à l'encontre de Monsieur Elie DOMOTA porte parole du LKP au motif qu'il aurait commis le délit de provocation à la haine raciale pour avoir indiqué que les patrons qui refusent de signer l'accord salarial accordant 200 euros aux salariés qui perçoivent des bas salaires doivent quitter l'île et qu'il ne laisserait pas une bande de békés rétablir l'esclavage en Guadeloupe.
Votre décision qui intervient à l'issue d'une grève particulièrement dure et pénible pour les travailleurs guadeloupéens, et alors que les gros patrons béké refusent obstinément de signer un accord arraché de haute lutte, me semble procéder d'un insigne mépris à l'égard du peuple de la Guadeloupe et risque de constituer une caution au comportement éminemment raciste de cette caste béké qui sévit en Martinique et en Guadeloupe. Monsieur le procureur de la république, vous nepouvez ignorer ni contester cette vérité connue maintenant de toute laplanète, à savoir que ceux que les martiniquais et guadeloupéens appellent les békés constituent le regroupement de descendants de français esclavagistes qui vivent entre eux, se marient entre eux, refusent de se mêler biologiquement et socialement aux populations non européennes pour préserver la pureté de leur race au point d'exclure de leur « communauté » tout membre qui aurait enfreint cette règle. De manière délibérée ce que vous appelez la «communauté béké » s'est coupée du reste de la population qu'elle nefréquente pas et vit principalement dans une partie de l'ile de laMartinique sur le territoire de la commune du François appelée Cap Est, ou,pour reprendre les termes de HUYGUES DESPOINTES, « Béké land ».
Retranchés dans leur ghetto luxueux les békés possèdent la majeure partie des richesses des deux pays Martinique etGuadeloupe. Ainsi à titre d'exemple, le groupe de Monsieur Alain HUYGES DESPOINTES détient 80 % des parts de marché dans le secteur de la production agro alimentaire dans ces deux pays, ce qui lui permet de pratiquer des prix prohibitifs tout en versant aux travailleurs martiniquais et guadeloupéens des salaires de misère. C'est donc cette caste qui depuis près de quatresiècles s'est constituée et fonctionne sur un mode raciste, que vousentendez protéger de la « haine raciale ». Alors qu'en France votre gouvernement nomme des ministres à l'intégration et fustige tous étrangers principalement lesafricains caribéens parmi lesquels se trouvent ceux que vous appelez «domiens » qui refuseraient de s'intégrer, voilà que non seulement vous tolérez le comportement inadmissible de ces gens dans nos pays mais entendez de surcroit les protéger en tant que tels. Monsieur le procureur il y a des limites à ne pas dépasser et je croishonnêtement qu'en votre qualité de représentant de la société française,vous êtes en train de les franchir. Dois-je vous rappeler que le racisme est d'abord et avant toutla théorie de la hiérarchie des races, qui conclut à la nécessité depréserver la race dite supérieure de tout croisement, ainsi qu'à son droitde dominer les autres. C'est exactement cette théorie qu'appliquent les membres de lacaste béké et que leur patriarche, a si bien rappelée dans l'émissiondiffusée sur CANAL + intitulée « les derniers maîtres de la Martinique ». Aucun membre de cette caste même ceux qui ont mis en place l'association « Tous créoles » ne peut venir dire le contraire : alorsqu'ils ne représentent pas 1% de la population ils se marient tous àl'intérieur de leur caste et à défaut aux fins d'éviter les méfaits de laconsanguinité avec des conjoints qu'ils vont chercher en Europe. Un racisme biologique, social et viscéral c'est ça la réalité triste mais incontournable des békés que votre Etat cautionne et entretient depuis plusde 4 siècles nonobstant les récentes poursuites que vous exercez contre lesieur HUYGUES DESPOINTES et qui ne sont que poudre aux yeux dans la mesure les effets se voient d'emblée annulées par les poursuites que vous exercez contre Elie DOMOTA lequel ne fait pourtant que dénoncer ce racisme. Le comportement actuel des gros patrons békés (qui dominent au sein du MEDEF Guadeloupe), consistant à refuser l'accord salarial après que les guadeloupéens se soient sacrifiés durant plus de 6 semaines pour obtenirc cette augmentation de salaire, relève de l'arrogance coutumière des békés qui n'ont que mépris envers les travailleurs guadeloupéens et martiniquais qu'ils ont toujours considérés comme des non humains, des êtres à créoliser à soumettre à leur culture afin de les empêcher d'être eux mêmes. Ce refus de signer cet accord est aussi un moyen pour eux deprouver leur supériorité raciale, économique et social et partant de fairesavoir à ces nègres mais aussi au représentant de l'Etat français qui asigné l'accord, qu'ils sont les seuls et véritables maîtres de laGuadeloupe et de la Martinique. C'est ce même état d'esprit qui leur a fait croire qu'en pleine grève générale contre la vie chère en Martinique il pouvaient se permettred'organiser une contre manifestation en prenant la capitale d'assaut avecleurs tracteurs et leurs 4x4 en guise de chars d'assaut. Le peuple martiniquais leur a fait comprendre que même s'ils considéraient toujours les martiniquais comme moins que des macaques à peine créolisés,il savait en de telles circonstances se défendre. Et grâce à ladétermination du petit peuple des quartiers défavorisés, ils n'ont pas puentrer dans le centre ville de la capitale et ont dû regagner leur békésland. Comment ne pas dénoncer de tels comportements de la part de békés qui en situation de monopole et d'oligopoles savent pertinemment qu'en pratiquant des salaires de misère : ils affament les nègres reproduisant les méthodes de leurs ancêtres esclavagistes.En toute objectivité il faut bien admettre que leur comportement actuel consistant à refuser catégoriquement de signer un accord qui aurait permis à des pères et des mères de famille de bénéficier d'un surplus de revenus pour nourrir leurs enfants relève du racisme et du mépris envers nos deuxpeuples. Elie DOMOTA a donc entièrement raison de dénoncer ce racisme et de dire que ce refus équivaut à rétablir l'esclavage dans la mesure où aucun être humain ne peut vivre décemment avec les salaires ridiculement bas servis par les békés dans un pays ou la vie est en moyenne 100 % plus cher qu'en France.Comment un SMICAR guadeloupéen travaillant dans le Carrefour du groupe Bernard Hayot, peut il apporter à ses enfants les aliments nécessaires àleurs croissance quand quatre yaourts coutent plus de 7 euros, qu'unebouteille de lait plus d'un euro, un petit paquet de beurre de 250 grammesprès de 3 euros ?Dans les familles nombreuses guadeloupéennes les enfants n'ont pas droit tous les jours au lait au beurre et encore moins au yaourt. Sans doute que pour les békés les nègres quand ils sont de conditionsmodestes ne devraient peut être pas consommer de telles denrées réservées àceux que l'Etat alloue 40 % de prime de vie chère et qui de plus en plus nepeuvent même plus les acheter. Accepter cela c'est cautionner les comportements discriminatoires et raciale des békés. Poursuivre Monsieur Elie DOMOTA parce qu'il met le doigt sur ces comportements relèvent de la complicité pure et simple avec de tellespratiques..
Monsieur le Procureur, si vous avez un minimum de respect pour notre peuple ou pour le genre humain tout court vous deviez poursuivre, non pas Monsieur Elie DOMOTA, mais l'ensemble des membres de cette caste béké pour pratiques ancestrales et quotidiennes de discriminations raciales à l'égard desmartiniquais et des guadeloupéens. Quoiqu'il en soit, je tiens à vous préciser que si des poursuites devaient être effectivement déclenchées contre cet homme vous provoquerez lamobilisation des milliers des derniers damnés de la terre que sont nos deuxpeuples unis pour venir vous dire qu'ils sont totalement d'accord avec les propos de Monsieur Elie DOMOTA.
Rappelez-vous Monsieur le Procureur que dans un de ses discours prononcé en2007 votre président de la République Monsieur Nicolas SARKOZY a dit aux étrangers vivants déjà dans des conditions difficiles sur le sol français « aimez la France ou partez » sans faire l'objet de critique alors que dansce cas de figure il aurait du être fustigé puisqu'à l'inverse des békés qui refusent de se mélanger au martiniquais par racisme, ces étrangers sontbien souvent rejetés, victimes d'ostracisme ce qui les empêche des'intégrer c'est-à-dire d'aimer la France.Monsieur Elie DOMOTA, lui a plaidé la cause des plus défavorisés en disant aux patrons racistes et ségrégationnistes de Guadeloupe «signer cet accord ou quitter le pays autrement dit accorder aux guadeloupéens les plus démunisun minimum vital ou partez. Et il a parfaitement raison car le peuple guadeloupéen n'aurait pas fait 44 jours de grève avec une détermination exemplaire pour retourner au travailet percevoir des patrons békés le même salaire de misère.Si vous le poursuivez vous devrez par souci d'équité et d'égalité de tousdevant la loi poursuivre l'ensemble des martiniquais qui ont chanté etchantent dans la rue en parlant des békés « une bande de békés profiteurs,voleurs nous les mettrons dehors »Les guadeloupéens et les martiniquais savent que votre Etat répugne àpoursuivre et à condamner les membres de cette caste bien protégée,l'affaire du sieur MARRAUD DESGROTTES est là pour nous le rappeler, mais gardez vous pour autant de franchir des limites qui ne feraient que révélerla complicité terrible existant entre l'Etat français et les békés. Déjà vous faites injure à notre intelligence en prétendant voir dans lespropos d'Elie DOMOTA une incitation à la haine raciale. Aussi, prenez garde monsieur le procureur de ne pas allumer les feux de la colère de nos deux peuples en voulant à tout prix salir DOMOTA pour venger les békés qui ontdémontré qu'ils n'avaient pas changé d'un pouce durant des siècles et qu'ilsétaient aussi racistes que ces blancs du sud des Etats-Unis qui traitent leprésident noir des Etats-Unis Barak OBAMA de macaque. « Tant va la cruche à l'eau ..... » et cette cruche y va depuis bientôt près de 5 siècles.
C'est au nom de vos principes républicains et de la déclaration universelle des droits de l'homme que je vous invite à mettre un terme à toute velléité de poursuites judiciaires à l'encontre de MonsieurElie DOMOTA. Souvenez vous Monsieur le Procureur : En 1848 après avoir aboli l'esclavage, l'Etat français au lieu d'indemniser les victimes de ce viol permanent du corps et de l'esprit qu'a été l'esclavage, a payé lescriminels pour la perte de leurs « biens » estimant dans la droite lignedu code noir que nous n'étions pas des humains mais des objets qui pouvaientêtre achetés des mains des colons. C'est d'ailleurs avec ces fonds etnotre labeur payé au rabais que les békés ont bâti leur fortune pendant quenous étions maintenu dans un quasi esclavage compensé par des aidespubliques d'un Etat français complice.Votre démarche actuelle me donne à penser que vous entendez toujours et unefois de plus poursuivre les victimes du racisme et leur demanderd'indemniser les békés tout simplement parce qu'ils entendent mettre fin àla pwofitasyon exercée sur eux par ces descendants d'esclavagistes.161 ans après le décret d'abolition de l'esclavage la situation est en trainde changer et le peuple guadeloupéen n'acceptera pas que vous veniez user devotre pouvoir de poursuite pour apporter un soutien aux membres de la castebéké.Le peuple vous dit Suffit ! Nous avons les yeux ouverts !
Veuillez agréer, Monsieur le Procureur, l'expression de mes salutations de négresse en lutte contre l'esclavagisme et le colonialisme.
C. DUHAMEL

vendredi 27 mars 2009

La pluie, avant qu'elle tombe de Jonathan Coe

Dans son bungalow du Shropshire, Rosamond a décidé de se donner la mort. En attendant d'en finir, elle va commenter devant son magnétophone 20 photos de famille qui résument son existence. Au fil de sa confession, entre les débuts du Blitz et les années 2000, trois visages féminins surgiront. Ceux de Beatrix, de sa fille Thea et de Imogen. Leur point commun, c'est d'être des naufragées, des âmes perdues qui tomberont tour à tour dans les mêmes pièges et se transmettront les mêmes souffrances, le même désamour. Comme si, de génération en génération, la vie était une machine infernale, qui contraint les victimes à devenir des bourreaux...
Le récit de Coe est un écheveau familial tissé dans le mal de vivre. Avec, entre les mailles, des coïncidences funestes et, parfois, de fugaces éblouissements - une escapade édénique en Auvergne, un brin de rêve chapardé dans une roulotte de Gitan, un vieux film qui ressort de l'oubli avec son cortège de souvenirs radieux, ou la silhouette angélique d'une gamine si nourrie de chimères qu'elle «aime la pluie avant qu'elle tombe» parce qu' «une chose n'a pas besoin d'exister pour rendre les gens heureux.
Et puis il y a toutes ces pages magnifiques où Coe offre à ses héroïnes le réconfort verdoyant de la campagne anglaise, comme un refuge miraculeux au coeur des Enfers. Orchestrant la lente pavane des chagrins et des remords, des rendez-vous manqués et des bonheurs effleurés, ce livre est un joyau, l'oeuvre la plus poignante d'un romancier virtuose. "Jonathan Coe écrit des romans très British, aussi minutieusement construits que le carillon de Big Ben. Et, si ce blondinet au visage d'angelot est un horloger de la littérature, il est également un homme très minuté. Qui se cale chaque matin, à 9 heures pétantes, devant l'écran de son ordinateur, pour bûcher jusqu'au crépuscule. Dans le silence de ce labeur monacal, Coe distille l'oeuvre la plus éblouissante - avec celle de Ian McEwan - d'outre-Manche. Sa spécialité, c'est la passementerie, l'écriture symphonique, l'art d'entrelacer mille et une histoires en regardant tourner les aiguilles du temps, dont l'inexorable tic-tac entraîne ses personnages vers des destins qu'il s'amuse à ralentir ou à accélérer à sa guise. Et parce qu'il se prénomme Jonathan, comme l'illustre Swift, il ne manque jamais l'occasion d'aller braconner sur des terres où l'humour le dispute à la satire la plus mordante. "
"Ce fut le cas de Testament à l'anglaise, le roman qui le mit sur orbite il y a une quinzaine d'années: il y plongeait la Dame de fer dans un bain de vitriol qui éclaboussa au passage l'establishment politique britannique, travaillistes compris. Et puis le très élégant Coe - qui flingue avec flegme - a réussi un magistral coup double (Bienvenue au club et Le Cercle fermé) où il mettait en scène cette Angleterre rockabilly qui allait être réveillée par les bombes de l'IRA avant de troquer le cynisme des années Thatcher contre les fausses promesses de Tony Blair, sous le regard salace des tabloïds."
"Une ritournelle aigre-douce. Lire un roman de Coe, c'est faire le check-up d'une époque, entendre grincer la roue de l'Histoire tout en posant l'oreille sur les coeurs blessés de personnages dont les idéaux ont été trop vite fracassés. On les voit s'agripper nostalgiquement à leur adolescence avant d'entrer à reculons dans le monde adulte. Ce carrousel d'abord enchanté - puis de plus en plus désenchanté - Coe le fait tourner dans son nouveau roman, La Pluie, avant qu'elle tombe, où il égrène la ritournelle aigre-douce d'une prose tchékhovienne."
André Clavel

mercredi 25 mars 2009

Migrations et politique

Chaque époque doit réinventer ses formulations du problème de la justice et des injustices et ses moyens, y compris théoriques, de lutte. La question classique des libertés publiques nous importe, car sans elles on ne peut faire vivre la démocratie en acte, dans des situations comme celle à quoi nous avons été confrontés. Si poser des questions à des policiers est un délit, alors on n’a plus le droit de faire voir, par la seule force de la parole, une situation d’oppression, et de la proposer au regard et au débat publics. Pour autant, nous n’oublions pas ce qui est à l’origine de notre acte commun : une situation bien précise d’expulsion d’étrangers résidents sans titre de séjour, avec toutes les questions qu’elle enveloppe sur les migrations et les frontières, la justice, les droits. Pour cette raison nous ouvrons sur notre site une rubrique Migrations et politique, destinée à la publication de papiers théoriques - et autres œuvres, pourquoi pas ? -pour les sans papiers, qui aborde toutes ces questions. Il est urgent de travailler à découvrir ce qui lie la lutte des sans papiers aux autres - à d’autres – lesquelles ? Découvrir aussi ce que la solidarité avec les sans papiers suppose de remises en questions et de changement. Il faut faire exister dans le vocabulaire et la syntaxe de la philosophie politique et morale les souffrances des sans papiers, les injustices dont ils sont victimes : leur trouver des noms qui leur permettront d’être mieux reconnues. Le problème est non seulement européen mais mondial - la France n’est pas loin s’en faut le seul pays qui expulse et l’Europe n’est pas la seule destination d’immigration illégale. On a changé d’échelle et de format ce qui suppose que le lieu de la protestation et de l’action n’est plus le même, il doit aussi être mondial. C’est pourquoi internet est aujourd’hui un lieu important pour le partage de la réflexion, de l’expérience et de l’action.
Yves Cusset, Sophie Foch-Rémusat, Pierre Lauret

lundi 23 mars 2009

Le Dernier Caravansérail en DVD

Ariane et ses comparses ont recueillis auprès d'amis, de connaissances, de rencontres, les témoignages de différentes personnes, issues de différents endroits du globe, cherchant à fuir leur pays d'origine et à venir se réfugier ailleurs, dans l'eldorado occidental. Et l'Odyssée commence, poignée d'individus livrés aux caprices de la mer, au bon vouloir de passeurs maffieux, à la tyrannie des maquereaux, aux aléas des administrations du monde, « aux grandes lois et à leurs petites copies pétrifiées » (Robert Musil), aux décrets absurdes, aux arrêtés insensés.
Nous les suivons dans leurs périples, médusés, tétanisés, incrédules et honteux. Les éléments de l'histoire contemporaine (guerres récentes et régimes indécents) prennent sens, corps, vie, et l'Afghanistan devient toute proche, la Tchétchènie au bout du couloir, l'Iran derrière la porte. Au sortir de la Cartoucherie, tout vous est différent, vous avez laissé tombé l'attirail paranoïaque et sécuritaire, vous ne pouvez plus regarder une cabine téléphonique de la même façon et, si quelqu'un vous parle de Sangatte, non seulement vous vous sentez concerné mais la pensée qui vous vient et fait passer un triste sourire sur vos lèvres est : « Sangatte, je sais, j'y étais. » En ces temps de peste politique globalisée, voir le Dernier Caravansérail est un acte de résistance... et de survie intellectuelle.
Rien ne sert de s'étendre ici en une analyse scrupuleuse de la dernière création du Théâtre du Soleil, petit bijoux méticuleux et parfaitement rôdé. Et ça n'est fichtrement pas lié au manque de matière du spectacle. Au contraire : le spectacle est riche, irradie à des kilomètres et prête à la réflexion. Au final, il est de ces spectacles pour lesquels on a plus qu'un conseil à donner : si vous avez râté le spectacle à La Cartoucherie de Vincennes achetez d'urgence le DVD.

dimanche 22 mars 2009

Jean-Paul Dubois

Jean-Paul Dubois est un auteur particulièrement discret; le petit texte qui le présente est le même sur tous ses livres et il est presque impossible, semble-t-il, d'obtenir d'autres informations sur son compte. Ainsi en est-on réduit à soutirer à ses romans quelques maigres conjectures. Il est ainsi possible que "Jean-Paul Dubois" soit un pseudonyme choisi pour sa parfaite neutralité; cela serait en tout cas conforme au personnage aussi bien qu'à son oeuvre ou à la philosophie qui semble se dégager de celle-ci.
D'aucuns, qui l'ont connu à Toulouse, prétendent l'avoir aperçu avec sa femme, il y a de cela longtemps, quinze, vingt ans. Sa femme portant le même nom, Dubois, on peut penser que Dubois serait son patronyme exact. Elle l'appelait Jean-Paul, on peut en conclure qu'il s'agit bien de son prénom. N'empêche.
Pour le reste, les romans de Dubois frappent par un certain nombre de constantes, dont la plus amusante ou la plus pittoresque est certes la passion du narrateur ou du héros principal pour les tondeuses à gazon. Mais il ne s'agit que d'une thématique parmi bien d'autres qui se répètent de roman en roman et dont il serait facile de dresser la liste: la femme du héros s'appelle Anna, le héros manque de se noyer en nageant dans l'océan, il nage sur de longues distances dans une piscine minuscule, etc. Toutes les thématiques répétitives ne sont pas nécessairement cohérentes: le héros peut adorer ses enfants ou les détester; il peut être dépressif, mais cela peut être aussi le cas de son épouse.
D'aucuns, à Toulouse, ont aperçu l'épouse. Enfin, la maman des enfants. Comme sur la photo, dans la barque, pareil, belle. Dépressive, elle ? Pensive, oui, avec des yeux profonds, des lèvres chargées de sens, un phrasé impeccable, et de la répartie.
Dépressif. Ce point est essentiel car si tout était cohérent, il serait trop facile d'imaginer que Dubois raconte tout simplement sa vie en ne la manipulant finalement que sur des points secondaires. Au lieu de cela, les pistes sont brouillées, et tout en sentant distinctement que l'on a parfois affaire à des choses vécues, il est tout aussi certain qu'il est impossible de dire quand l'auteur invente et quand il s'inspire directement d'une réalité vécue. Le trouble que suscite ces répétitions fait finalement partie du charme de l'oeuvre de Dubois.

Oeuvre de Jean-Paul Dubois :

Compte rendu analytique d'un sentiment désordonné, 1984 Eloge du gaucher dans un monde manchot, 1986 Tous les matins je me lève, 1988 Maria est morte, 1989 Les poissons me regardent, 1990 Vous aurez de mes nouvelles, 1991 Parfois je ris tout seul, 1992 Une année sous silence, 1992 Prends soin de moi, 1993 La vie me fait peur, 1994 Kennedy et moi, 1996 L'Amérique m'inquiète, 1996 Je pense à autre chose, 1997 Si ce livre pouvait me rapprocher de toi, 1999 Jusque-là tout allait bien en Amérique, recueil, 2002 Une vie française, 2004 Vous plaisantez, Monsieur Tanner, 2006 Hommes entre eux, 2007 Les accommodements raisonnables, 2008

vendredi 20 mars 2009

Le Petit Nicolas à cinquante ans

De 1960 à 1964, ont été publiés, à raison d’un par an, les cinq tomes longtemps connus comme l’intégrale des aventures du gamin : le Petit Nicolas,les Récrés du Petit Nicolas,les Vacances du Petit Nicolas,le Petit Nicolas et les copains et le Petit Nicolas a des ennuis, dont le titre originel était Joachim a des ennuis. En 2004, le corpus s’est agrandi avec l’apparition des premières Histoires inédites du Petit Nicolas (plus de 600 pages) suivie en 2006 d’une nouvelle fournée. Le tiroir, dira-t-on, avait un triple fond puisque ce n’est qu’avec le Ballon et autres histoires inédites, qui paraît ces jours-ci, que la totalité des récits écrits par René Goscinny est connue. Mais il ne s’agit nullement de fonds de tiroir : même ce dernier volume, peut-être moins riche que les précédents (et nettement plus bref), reste d’un niveau tout à fait réjouissant. Sempé et Goscinny n’avaient pas recueilli en volume tous les textes parus dans Sud-Ouest Dimanche, mais, en ce qui concerne cette dernière parution, ils n’avaient même pas été illustrés par Sempé qui s’y est donc mis, en couleurs, l’an dernier. Contemporain du gaullisme triomphant, le Petit Nicolas décrit dans son vocabulaire d’enfant narrateur un monde qui change à toute vitesse (on voit ainsi apparaître, dans le Ballon, à la fois la télévision, le judo et les supermarchés).Loin d’un angélisme puéril, les livres sont des sortes de comédies sociales, le monde des adultes semblant un peu ridicule vu par des yeux d’enfants. Ce sont aussi des textes d’initiation où le Petit Nicolas apprend à soigner sa stratégie. Par exemple, dans une des histoires du Ballon : «J’ai vu que ce n’était plus la peine de pleurer parce que maman n’avait pas envie de rigoler, et je suis allé me peigner.»
EXPOSITION
Pour la première fois, plus de 150 dessins originaux de Sempé, accompagnés des manuscrits de Goscinny, sont exposés au public. A l'Hôtel de Ville de Paris, jusqu'au 7 mai.

jeudi 19 mars 2009

François par Béranger 8

La logique promotionnelle veut qu'un chanteur fasse de la scène. Ça explique l'ambiance de mise à mort qu'on ressent en regardant certains débutants : ils ont autant envie d'être là que sur la chaise électrique! Malgré mon expérience théâtrale antérieure (La Roulotte) je n'ai aucune envie - consciente – de remonter sur scène. Je pense que la plaisanterie s'arrêtera après quelques enregistrements et qu'on passera à autre chose. La suite m'a donné tort. La demande du public, après Tranche de Vie, se fait de plus en plus pressante.
Chanter devant des gens est la seule justification - s'il en faut une - de ce métier. Pratiquer la scène, c'est être confronté à la diversité permanente : aucun concert n'est semblable à un autre; aucun public n'est le même qu'hier. La décontraction, la confiance en soi, la faculté d'improviser viennent avec l'expérience. J'ai commencé raide comme un bout de bois, enchaînant mes chansons sans transition, sans présentation, aussi à l'aise qu'un ours sur un fil. Mais prudemment! Avec deux ou trois chansons d'abord. Puis un quart d'heure. Une demi-heure. Une heure. Une façon progressive de vérifier que les gens ne s'emmerdent pas puisqu'ils en redemandent! Finalement, après trois ans d'expérimentation sur le tas, je mis au point mon standard de croisière : un spectacle de deux heures. L'ours bourré de trac des débuts découvrit que chanter est un plaisir physique. Le plaisir de donner de la voix. De se donner tout simplement. Les petites formations acoustiques de mes débuts me laissent un souvenir de travail inachevé, manquant d'efficacité. Il est vrai qu'on traversait la grande période folk et que ça passait bien. Mais je veux donner à mes chansons, d'inspiration urbaine selon moi, un environnement musical qui leur corresponde : la musique électrique. La rencontre, en 1973, avec Alarcen m'en donne l'occasion. Jean-Pierre Alarcen est un guitariste génial. J'emploie le terme à dessein. Un vrai musicien, à la technique sure et variée, qui sait rester à l'écoute de la chanson. Alarcen vint, avec sa guitare, son talent, sa gentillesse et son humour. Il vint aussi avec sa sono et son camion..., apports techniques inestimables que nos moyens financiers à l'époque nous interdisaient.
Quand j'ai connu Alarcen son intention était d'arrêter le métier. Ses expériences passées, déjà nombreuses, l'avaient dégoûté du showbiz. Son projet était... de faire des livraisons avec son camion (reliquat avec la sono, d'un groupe qui n'avait pas marché). C'était un pur et dur - il l'est resté - résolu à ne pas transiger avec l'idée qu'il avait de la musique. Cette intransigeance explique en partie qu'il n'a pas fait la carrière qu'il aurait pu faire. Cette rencontre , la constitution d'un groupe électrique, furent pour moi un grand bond en avant. On restera cinq ans ensemble.
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mardi 17 mars 2009

Piqure de rappel : Robert Frank

du 20 janvier au 22 mars 2009 Musée du jeu de Paume
On doit à Robert Frank (photographe américain né en Suisse en 1924) d’avoir associé et fait dialoguer photographie et poésie, littérature et peinture, initiant un langage qui affirme sa subjectivité tout en intégrant l’héritage de la photographie documentaire.Il est l’auteur d’un livre mythique, Les Américains (publié en France en 1958), et d’une très importante production photographique et cinématographique. Au tout début des années 1950, alors qu’il était déjà installé à New York, il a réalisé des images de Paris avec un œil aiguisé par son éloignement.L’exposition propose un dialogue entre la sélection de photographies de Paris, choisies par Robert Frank et Ute Eskildsen (présentées au Museum Folkwang de Essen) et l’intégralité des photographies du livre Les Américains, prêtées pour l’occasion par la Maison Européenne de la Photographie (Paris).Au sein de l'exposition, seront présentés le premier film de Robert Frank, Pull My Daisy (1959) et son dernier film True Story (2004).

lundi 16 mars 2009

françois par Béranger 7

Fin 68, avec six amis, nous créons une société d'étude et de réalisation en relations publiques. L'ère du conseil en ceci, en cela, en n'importe quoi, commence. L'économie est florissante. Le secteur tertiaire aussi. Nous pensons que la remise en question, l'originalité, peuvent s'appliquer à ce secteur d'activités. On est en plein dans la mouvance de 68. Les pouvoirs publics, les grandes entreprises, pas particulièrement révolutionnaires dans leur essence, ont néanmoins le soucis de donner d'eux une image nouvelle, dépoussiérée. Sans grand risque, bien sûr, puisque la réaction à Mai 68 a été puissante, et que l'Ordre règne à nouveau. Par exemple, une Ville Nouvelle nous demande conseil sur la conception et la réalisation des futurs équipements culturels. L'esprit de notre projet est qu'il faut donner le pouvoir aux gens, éviter le dirigisme, etc... Notre projet est jugé brillant, intelligent et... soigneusement enterré au fond d'un tiroir. On nous demande, en fait, de voiler l'ordre établi d'un simulacre de nouveauté. D'intervenir sur l'image et pas sur les structures. L'emplâtre sur une jambe de bois. Mon rôle dans ce groupe est d'avoir des idées délirantes, d'animer les séances de brainstorming que nous pratiquons beaucoup. Au fil des mois mon enthousiasme s'émousse : le client a toujours raison puisqu'il paie, fut-il le plus réac ou le plus idiot. Avec ma vieille guitare j'ai enregistré une douzaine de chansons sur un minicassette. Je les fais entendre à mes associés. Ces chansons, je les ai faites et enregistrées sans idée préconçue, comme ça, par urgence personnelle. Un de mes collègues, à mon insu, transmet cette cassette à une directrice artistique chez CBS. On me convoque. On me demande si ça m'amuserait de signer un contrat de cinq ans pour enregistrer des disques. Tiens! Pourquoi pas? Je signe. CBS (multinationale US) et son patron ne sont pas précisément des révolutionnaires... Mais la logique commerciale veut qu'on tente de récupérer toutes les tendances à la mode. J'en suis une. En avant ! Mon premier 45t voit le jour avec une seule chanson : Tranche de Vie. Pour écouter la chanson entière il faut retourner le disque : la fin est sur la face B. Le pari commercial de CBS est juste : Tranche de Vie, pour l'époque, est une chanson originale dans la forme et dans le fond. Et le chanteur n'en est pas un! Ça amuse les programmateurs : je rentre dans les play-lists. Un certain public, frustré de son explosion soixante-huitarde, suit le mouvement et achète le disque. Dans la dynamique de ce premier succès CBS me fait enregistrer un premier 30cm qui, lui aussi, marche bien. Ainsi devient-on chanteur... La pochette de cet album est un collage de Martine Hussenot qui résume assez bien l'esprit de l'époque : Lénine statufié soutient d'un doigt nonchalant le logo de la multinationale CBS... A moins que le geste veuille dire : je vous l'ai bien mis. Des petites filles fraîches lessivent le socle de la statue, sous le regard d'un clown hilare et inquiétant. Devant elles, un tas de pavés qui n'attendent qu'à être lancés. Quelques fleurs y poussent. Plus loin, un CRS énorme charge un petit homme, tout seul sur le quai désert d'une gare de banlieue. A l'intérieur de la pochette : album de famille, avec Emmanuelle, ma fille, Stéphane, mon fils né en 62, une femme kabyle, les chars russes à Bratislava, des lavandières de La Goutte d'Or, et moi, avec l'éternelle Julie sur l'épaule (c'est le perroquet de la famille). Avec ce premier 30cm je fais l'expérience désagréable de la façon dont les producteurs travaillent : vous donnez vos maquettes et quelques semaines plus tard on vous convoque au studio pour enregistrer la voix... Vous découvrez alors ce que sont devenues vos chansons, triturées par des arrangeurs inconnus - parfois de talent - mais avec qui aucun dialogue ne s'est jamais établi. Je me sens trahi par mon inexpérience. Dés le second album (Ça doit être bien) j'impose une formule musicale cohérente : le groupe américain Mormos. Ce groupe, installé à Paris, a un talent et un professionnalisme évidents. Mais leur inspiration et leur son ont vingt ans d'avance. Aussi ce disque piétine-t-il, commercialement, comparé au premier. CBS me fait moins de sourires, d'autant que mon esprit curieux me pousse à vouloir tout comprendre du fonctionnement de la production. Je veux bien être un produit ... mais conscient. Ce n'est pas l'usage qu'un chanteur se mêle de tout. Je suis atypique. Je les agace. Je ne les amuse plus .Aussi est-ce d'un commun accord qu'on se sépare, l'amiable, après deux ans. Je rejoins, en 1972, une petite société de production animée par mon premier éditeur : l'Escargot-Sibecar, où je resterai 10 ans et enregistrerai 8 albums.

dimanche 15 mars 2009

le film Welcolme fait des vagues

Eric Besson s’est emporté contre le cinéaste Philippe Lioret qui a comparé la situation des sans-papiers à celle des Juifs en 1943. «J’ai le sentiment d’avoir raconté l’histoire d’un type qui a protégé un Juif dans sa cave, en 1943.» Pour avoir fait cette confidence à la Voix du Nord, à propos de son film Welcome réalisateur Philippe Lioret s’est attiré les foudres d’Eric Besson. Le ministre de l’Immigration a jugé, sur RTL, que le cinéaste «a plus que franchi la ligne jaune […] lorsqu’il dit que "les clandestins de Calais sont l’équivalent des Juifs en 43"».Pour Besson, «cette petite musique-là est absolument insupportable».«Suggérer que la police française, c’est la police de Vichy, que les Afghans sont traqués, qu’ils sont l’objet de rafles… c’est insupportable», a-t-il insisté. Le film de Philippe Lioret raconte la rencontre entre Simon, maître nageur interprété par Vincent Lindon, et Bilal, adolescent irakien en situation irrégulière décidé à rejoindre sa petite amie en Angleterre depuis Calais. Ayant échoué dans sa tentative de passer la Manche caché dans un camion de marchandises, Bilal a décidé de tenter la traversée à la nage, un dangereux périple que Simon veut le dissuader d’entreprendre. Touché par la détermination du garçon et désireux de ne pas sembler lâche aux yeux de Marion, son ex-femme, Simon prend le parti du jeune Irakien. Il découvre alors la réalité du sort des clandestins qui errent sur le littoral, et le racisme dont ils sont l’objet. L’engagement du maître nageur lui vaudra des ennuis avec la justice. Philippe Lioret se défend d’avoir voulu faire un brûlot. Il a juste voulu «mettre le doigt où ça fait mal». «Si demain, vous voulez rendre service à un mec qui n’a pas de papiers, vous tombez sous le coup d’une "aide à la personne en situation irrégulière"», s’indigne-t-il. Ajoutant que «c’est aujourd’hui que ça se passe, pas en 1943. Et c’est à 200 km de Paris». En déplacement à Calais, le 27 janvier, peu après sa prise de fonction, Eric Besson avait constaté les conditions «indignes» dans lesquels subsistent les clandestins. Il avait promis de «rendre étanche» la zone portuaire ainsi que les quais d’embarquement d’Eurotunnel afin de dissuader les candidats à l’émigration vers l’Angleterre. Source Libération.

samedi 14 mars 2009

Salon du livre 2009

Tu l'as dit bouffi !

Eric Besson, ministre de l'Immigration

Jeudi 12 mars 2009 Roselyne Febvre a reçu sur le plateau de France 24 Eric Besson, ministre de l'Immigration, de l'Intégration et de l'Identité nationale qui revient sur l'accélération des flux migratoires en temps de crise et sur le problème de l'immigration clandestine en France.

Roselyne FEBVRE.- Bonjour et bienvenue dans Politiques, avec notre invité Eric Besson, bonjour.

Eric BESSON.- Bonjour.

Roselyne FEBVRE.- Ministre de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale. Alors, vous étiez rentré à la faveur de la sacro-sainte ouverture prônée par Nicolas Sarkozy dans le gouvernement Fillon. Vous étiez Secrétaire d’Etat à l’Economie numérique, après avoir claqué la porte du Parti socialiste et en un an, vous avez fait un pas de géant, en incarnant le ministère emblématique de la campagne de Nicolas Sarkozy. Vous avez parfaitement épousé les formes sarkoziennes, jusqu’à entrer à l’UMP. On peut dire qu’Eric Besson est un pragmatique bien campé à droite. Est-ce que vous vous sentez bien, dans le ministère, parce que ce n’est quand même pas un cadeau ?

Eric BESSON.- Je ne commente pas l’introduction, je commente juste la question. Non, ce n’est pas un cadeau, mais c’est crucial. La politique de l’immigration de la France, qui est d’ailleurs devenue la politique de l’Europe, puisque toute l’Europe ‑ nous sommes dans l’espace Schengen, le plus grand espace de libre circulation dans le monde ‑ a désormais la même politique. Que dit-on ? Que l’Europe continue d’être une terre d’immigration. Pas d’immigration zéro, pas de mythe de la forteresse Europe, mais en même temps, une immigration légale, maîtrisée, adaptée à nos capacités d’accueil. Des principes simples : pour venir en France, ou pour venir en Europe, il vaut mieux avoir une chance de trouver un travail, un logement.

Roselyne FEBVRE.- Dans le contexte actuel, est-ce que la crise aggrave ce phénomène ?

Eric BESSON.- Oui, cela rend les choses plus difficiles, puisque vous aviez ce que l’on appelle en France des métiers en tension. Il est probablement qu’il va falloir actualiser les choses. Je discute avec mes collègues européens, ils ont à peu près les mêmes questions. Et pour revenir d’un mot à la politique de l’immigration, c’est à la fois maîtrise assumée des flux migratoires et en même temps, intégration et développement solidaire. Cela signifie que nous voulons aider les pays d’émigration à créer de l’emploi chez eux, de l’activité chez eux. Parce que, parfois, et même souvent, celles et ceux qui viennent sur notre territoire, c’est d’abord parce qu’ils espèrent une vie meilleure et trouver un emploi.

Roselyne FEBVRE.- Nous allons parler de cela, mais je voudrais rester un petit peu sur vous. RESF, le Réseau éducation sans frontière avait décerné à votre prédécesseur, Brice Hortefeux, le titre de Ministre de la Rafle et du Drapeau. Quant à vous, ils ont tiré le premier bilan et vous êtes classé Ministre de la Casse des familles, du fait des expulsions des pères de famille. Ce qu’ils critiquent au fond, chez vous, c’est la continuité de la politique avec Hortefeux, alors que vous êtes issu de la gauche. Ils sont un petit peu déçu. On pouvait s’attendre, vu votre origine, à voir peut-être plus de souplesse.

Eric BESSON.- D’abord, écoutez le Parti socialiste : a-t-il une politique différente en matière d’immigration ? La réponse est non. Souvenez-vous du débat d’entre deux tours entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, sur l’immigration. Ségolène Royal avait dit à Nicolas Sarkozy, encore candidat, donc à quelques jours du deuxième tour : sur l’immigration, je ferais comme vous, de la régularisation au cas par cas. Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’il n’y a pas de politique alternative crédible. Il y a des mouvements. Celui-ci en fait partie, quelques mouvements d’extrême gauche qui disent : libre circulation absolue. En gros, tous les ressortissants des « pays du Sud », pourraient entrer en France et en Europe. C’est un vœu pieux, c’est absurde, parce que tout le monde sait bien que ce serait la plus grande source de désagrégation de nos systèmes et de notre cohésion sociale. Si nous voulons vraiment l’intégration des étrangers en France – et moi, c’est l’un des piliers sur lesquels je veux m’appuyer – il faut favoriser l’immigration légale. Sinon, c’est du travail au noir, ce sont les marchands de sommeil, ce sont les réseaux qui ont gagnés, c’est-à-dire celles et ceux, les passeurs, qui exploitent la misère humaine. Donc, l’immigration légale, c’est le vecteur indispensable pour réussir l’intégration. Roselyne FEBVRE.- Justement, mais que fait-on de ces clandestins, dont je reprends l’exemple de Sangatte, puisqu’une polémique vous oppose en ce moment au cinéaste Philippe Lioret, qui vient de sortir un film Welcome, qui traite du sujet de l’immigration clandestine et notamment de la répression, contre ceux qui aident les clandestins. Il a déclaré que cela lui rappelait 1943, c’est-à-dire ceux qui aidaient les juifs. Alors, vous avez répondu qu’il franchissait la ligne jaune. Bref, est-ce que ceux qui aident, aujourd'hui, sont les nouvelles victimes de votre politique sécuritaire, Eric Besson ?

Eric BESSON.- D’abord, un mot, si vous le permettez, sur Calais. A Calais, pourquoi est-ce difficile ? Parce que celles et ceux qui vont à Calais ne souhaitent pas rester en France. Les Afghans, les Irakiens, les Erythréens, les Somaliens, celles et ceux que l’on retrouve dans le secteur du Calaisis, utilisent Calais comme une plateforme pour essayer d’aller clandestinement, parce que le Royaume-Uni ne les souhaite pas, de l’autre côté de la Manche. C’est ce qui est difficile. Sinon, nous serions capables de les accueillir. Nous mettons des places d’hébergement à leur disposition. Certains d’entre eux pourraient relever du droit d’asile en France, ils ne le souhaitent pas. Leur obsession, c’est de passer clandestinement et on ne peut attendre de la France, liée par des accords avec le Royaume-Uni, qu’elle facilite ce transfert clandestin.

Roselyne FEBVRE.- Ce n’est pas ma question.

Eric BESSON.- Sur le film de Philippe Lioret et le contexte, bien évidemment, l’article L 622-1 tellement cité par Philippe Lioret n’est pas un article tourné contre les particuliers, contre vous et moi…

Roselyne FEBVRE.- Sur la répression de ceux qui aident.

Eric BESSON.- C’est complètement absurde et cette caricature de la police est vraiment dommage. Pas dans le film, le film est légèrement caricatural, mais il est acceptable. Roselyne FEBVRE.- Des gens sont en garde à vue, on l’a vu dernièrement, quand ils aident des clandestins.

Eric BESSON.- Ils ne sont pas en garde à vue. Ils ont été interrogés. Une procédure est en cours. Je ne peux pas la commenter. Mais, j’ai une statistique simple. En un peu plus de soixante ans, sur la base de cet article tellement contesté, deux personnes seulement ont été condamnées pour s’être insérées dans la chaîne de trafic des passeurs. Et comme la justice a considéré qu’elles l’avaient fait bénévolement, pour des raisons idéologiques, sentimentales, elles ont été dispensées de leur peine. En revanche, cet article est indispensable dans la lutte contre les passeurs, dans la lutte contre les filières clandestines.

Roselyne FEBVRE.- Pour n’est-il pas signifié que c’est pour les passeurs, dans cette loi, stricto sensu ?

Eric BESSON.- Parce que, encore une fois, ce qui m’est demandé, ce qui est demandé au gouvernement, de préciser que c’est « à des fins lucratives », comme cela, cela permettrait définitivement de distinguer l’un de l’autre, ne résiste pas à l’analyse des faits. Si moi, je suis un clandestin et que vous, vous êtes un passeur et qu’une tierce personne, bénévolement, vous apporte l’argent que j’ai envie de vous donner – ce qui a été l’objet de la condamnation – vous vous insérez, même bénévolement, dans la chaîne des passeurs. La plupart du temps, dans 90 % du cas…

Roselyne FEBVRE.- C’est décourager et intimider les bonnes âmes alors.

Eric BESSON.- Non, pas les bonnes âmes. Celles et ceux qui entrent dans la chaîne du trafic. Roselyne FEBVRE.- Oui, mais sans le savoir, sans demander de l’argent. Eric BESSON.- Mais si, vous savez, quelqu’un qui transporte des fonds régulièrement, se doute bien qu’elle est en train de faire quelque chose d’illégal. En revanche, puisque c’est la scène du film, la personne qui héberge une personne en situation d’urgence, ou qui la prend en autostop, etc., cette personne-là n’a jamais, en France, été inquiétée pour cela. Et par ailleurs, je maintiens que rafle, police de Vichy, juifs, etc., est un vocabulaire que nous ne devrions jamais utiliser. L’extermination des Juifs et des Tziganes, pendant la Seconde Guerre mondiale est une horreur suffisamment grande, pour qu’on ne transpose pas bêtement en faisant des amalgames, comme cela a été fait.

Roselyne FEBVRE.- Vous avez signé une circulaire permettant de régulariser des sans-papiers qui accepteraient de coopérer avec les forces de l’ordre, afin de neutraliser les filières d’immigration clandestines. Certains sont choqués et considèrent que c’est de la délation. Est-ce que cette circulaire a fait ses preuves ?

Eric BESSON.- Pas encore. Je l’ai signée il y a une quinzaine de jours. D’abord, il faut qu’elle vienne à l’oreille de celles et de ceux qui pourraient être concernés et cela n’est pas facile. Je ne reviens pas sur le mot délation, c’est exactement ce que je vous disais il y a un instant, de la confusion totale de la terminologie. Une victime qui dénonce ses bourreaux, si cela s’appelle de la délation, plus personne ne pourra jamais porter plainte dans un commissariat pour n’importe quel fait. Mais, sur le fond, de quoi s’agit-il ? Il ne s’agit pas de la clandestinité classique. Il s’agit de la traite humaine, de l’esclavage. C’est-à-dire concrètement, des femmes et des hommes qui sont pris pas des réseaux, qui sont amenés dans de la domesticité privée. La police française pourrait vous parler de cas de jeunes filles philippines, de jeunes filles chinoises qui sont cloîtrées, qui ne sortent pas des personnes chez lesquelles elles travaillent, qui ne sont pas payées, dont on abuse physiquement. Ces personnes-là, ce sont elles qui sont visées par cette circulaire. Si elles se rendent dans une brigade de gendarmerie ou un commissariat de police, elles seront aidées. Elles auront un titre de séjour provisoire et le préfet leur apportera une aide sociale, plutôt qu’elles craignent d’être reconduites à la frontière. Je n’en attends pas monts et merveilles. Mais, j’en attends, d’abord, peut-être, le démantèlement de quelques filières et deuxièmement, un message clair aux passeurs. La France n’a pas une terre d’accueil pour les passeurs. Vous savez qu’à Calais, les personnes qui viennent à Calais ont payé dix à douze mille euros pour venir jusqu’à Calais et ensuite, à peu près cinq cents euros pour passer clandestinement dans les camions. Cela veut dire que leurs parents eux-mêmes se saignent pour payer ces passeurs. Ce trafic-là est honteux. Il faut le démanteler.

Roselyne FEBVRE.- Vous étiez au Mexique avec Nicolas Sarkozy. Vous vous êtes rendu à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, point sensible, donc, de la planète, en matière d’émigration, nous le savons. Vous vous êtes intéressé au mur, au fameux mur controversé construit par les Américains, pour sceller leur frontière dans cette région. Mais, qu’est-ce qui ressort ? Une idée vous intéresse là-dedans, c’est un concept qui s’appelle « l’immigration circulaire ». Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots, ce que c’est, pourquoi cela vous intéresse et si cela est transposable en Europe ou en France ?

Eric BESSON.- L’immigration circulaire, c’est ce que plaide le Mexique vers les Etats-Unis, c’est-à-dire l’idée que les ressortissants mexicains puissent aller travailler quelques années aux Etats-Unis et revenir dans leur pays. Les Mexicains prônent l’idée que de tout temps, cela s’est fait et que, effectivement, ce mur brise.

Roselyne FEBVRE.- C’est une manière de les suivre.

Eric BESSON.- La France et l’Europe vont essayer de développer cette politique. L’idée est de dire qu’effectivement, nous pouvons avoir, l’autre jour, j’étais à la préfecture de police, je voyais un informaticien marocain qui va venir en France deux ou trois ans et qui dit clairement : un, je vais apporter des compétences – nous avons besoin d’informaticiens en France ‑ ; deux, je vais continuer à me former ; trois, je vais ensuite retourner au Maroc, parce que c’est mon pays d’origine et que je veux vivre au Maroc, je ne veux pas vivre en France. C’est de l’immigration circulaire.

Roselyne FEBVRE.- C’est un peu le concept de l’immigration choisie aussi.

Eric BESSON.- C’est aussi de l’immigration choisie, mais en la circonstance, cela veut dire que la personne ne vient pas sur longue durée. C’est ce que l’on pourrait appeler une immigration doublement gagnante.

Roselyne FEBVRE.- Oui, mais comment leur dire, à un moment, vous repartez, vous venez travailler trois ans ?

Eric BESSON.- Vous avez un titre de séjour provisoire, un CDD, si je puis dire, de trois ans, accepté dès le début.

Roselyne FEBVRE.- Et après, c’est dehors. S’ils veulent rester ?

Eric BESSON.- Ce n’est pas dehors, c’est d’eux-mêmes qu’ils veulent retourner dans leur pays. Ce jeune couple dont je vous parle disait : « Nous sommes bien au Maroc, nous avons envie de faire une expérience en France et nous retournerons ». Cela est bien pour notre pays – il apporte une compétence en informatique – et c’est bien pour le pays d’origine – le Maroc en la circonstance – parce qu’il va acquérir des compétences supplémentaires, une culture générale supplémentaire, qu’il va ensuite apporter à son pays.

Roselyne FEBVRE.- Donc, c’est une manière de lutter contre l’immigration clandestine, parce qu’on les piste, finalement, à partir du moment où on les laisse entrer.

Eric BESSON.- En la circonstance non, parce que l’informaticien en question a un spectre large : il pouvait aller aux Etats-Unis, au Japon, en Inde. C’est bien qu’il vienne en France. En revanche, cela répond à une critique légitime de l’immigration choisie, c’est « nous ne devons pas contribuer au pillage des cerveaux des pays en développement ».

Roselyne FEBVRE.- Et cela, vous allez le mettre en place, vous y réfléchissez ?

Eric BESSON.- Nous le faisons déjà, mais il faudrait essayer de le développer davantage. Roselyne FEBVRE.- Le 10 mars, vous avez remis un titre de séjour provisoire à un jeune afghan champion de France de boxe, Sharif Hassan Zadeh. Vous avez demandé à la préfecture du Nord de régulariser sans délai sa situation. Finalement, pourquoi cette exception, parce que c’est un champion de boxe ? Pourquoi lui ?

Eric BESSON.- D’abord, effectivement, on est dans le cadre de l’immigration choisie. Ce jeune garçon a fait preuve de talent exceptionnel.

Roselyne FEBVRE.- Donc, on choisit les méritants.

Eric BESSON.- On choisit les méritants et on choisit quelqu’un qui a une volonté d’intégration extraordinaire. Ses éducateurs disent : « Il a appris le français remarquablement ». Quand je lui ai remis son titre de séjour, il s’est exprimé dans un français absolument remarquable, qu’il a appris en trois ans. C’est un grand sportif. Et il a une volonté d’appartenance à la communauté nationale. Il dit, je ne veux pas en faire du lyrisme absolu, mais qu’il veut être Français, qu’il chantera la Marseillaise sur tous les podiums, etc. Donc, il y avait un cas évident. Ce qui ne veut pas dire, a contrario, que contrairement à ce que j’ai pu lire ou entendre, tous les jeunes mineurs, Afghans notamment, eux, sont en situation d’expulsion. D’abord, la France n’expulse aucun mineur isolé. Jusqu’à l’âge de dix-huit ans, la France n’expulse pas. Deuxième élément : pour certains d’entre eux, ils peuvent relever… Non, non, je suis catégorique, la France n’expulse aucun mineur isolé. C’est la loi. On n’a pas le choix. C’est la loi et je trouve qu’elle est bien faite. Ensuite, ils peuvent demander un titre de séjour provisoire, voire pour certains, le droit d’asile, etc.

Roselyne FEBVRE.- Alors, vous visez donc 26 mille expulsions, c’est cela, en 2009 ? Est-ce que, comme votre prédécesseur, Brice Hortefeux, vous allez « faire plus », faire du zèle, on va dire ?

Eric BESSON.- Il en s’agit pas de zèle. On est dans la ligne. Le Premier ministre et le Président de la République fixent un objectif de reconduite à la frontière. Je dis reconduite à la frontière, ce n’est pas du pharisianisme ou de l’hypocrisie. On ne peut pas demander à la fois le respect des personnes et en même temps prendre le mot expulsion. Mais, peu importe, oui, il y aura 27 mille – puisque c’est l’objectif fixé par le Président de la République – reconduites à la frontière. Mais, que les choses soient claires. En même temps, notre pays continue à être une terre d’accueil. En trois ans, 600 mille étrangers sont entrés légalement sur le territoire français. La France accueille donc à peu près 200 mille nouveaux étrangers légalement par an. On ne peut pas dire que ce soient des frontières fermées.

Roselyne FEBVRE.- Mais, est-ce qu’il n’y a pas un dilemme, quand on sait finalement que plus les politiques d’immigration sont restrictives, plus elles produisent des populations en situation irrégulière. Comment, finalement, sort-on de ce cercle vicieux ?

Eric BESSON.- Je crois que c’est l’inverse. Seule la maîtrise de l’immigration permet de donner une chance à ceux qui viennent sur notre territoire, de trouver un travail, un logement, des conditions décentes. Sinon, qu’est-ce que c’est ? C’est le squat. C’est le travail clandestin avec son exploitation. Cela veut dire pas d’assurance sociale. Le travailleur étranger dit sans papier, lorsqu’il tombe malade, n’a rien. Pas de système de retraite et en plus, comment peut-on bâtir une société qui veut un haut niveau de couverture sociale, s’il n’y a pas les financements sociaux associés. Je crois très franchement que cette espèce de fausse générosité théorique qui dit : « Ouvrons les bras, laissons entrer », est une générosité théorique à courte vue, qui se retourne contre les intérêts même de celles et ceux qu’elle prétend défendre.

Roselyne FEBVRE.- On en parlait au début de cette émission, on a vu qu’avec la crise, cela n’allait pas arranger les choses en matière d’immigration et que les flux allaient s’accélérer. Que pensez-vous de ce qu’il se passe en Grande-Bretagne ? Il y a quelques semaines, les travailleurs qui ont manifesté contre les travailleurs immigrés étrangers ? Est-ce que ce phénomène de repli nationaliste est un sentiment que vous sentez monter en Europe ou ailleurs ?

Eric BESSON.- C’est un risque qui nous guette tous et l’histoire nous a enseignés que quand il y a crise économique, il peut y avoir montée de la xénophobie. Je constate simplement que pour l’instant, je suis prudent, je dis bien pour l’instant, la France y échappe. Et moi, je crois justement, que l’une des raisons pour lesquelles nous y échappons, c’est que les Français ont parfaitement intégré cette politique de fermeté et d’humanité qui est celle qu’a voulue le Président de la République. Le fait de dire : « La France reste une terre d’accueil, mais elle veut maîtriser son immigration et l’adapter à ses capacités d’accueil », nous permet, je crois, justement, d’échapper à cette xénophobie. Vous aurez noté que si plusieurs pays d’Europe, malheureusement, sont touchés, la France, pour l’instant, est épargnée.

Roselyne FEBVRE.- Merci Eric Besson, d’être passé sur le plateau de France 24. Merci à vous. Tout de suite, on se retrouve, après les infos, avec un nouvel invité, Jean-Marc Ayrault, Président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Merci et à tout de suite.

vendredi 13 mars 2009

Welcome de Philippe Lioret

Ça n’est pas faire injure à Calais d’affirmer que ce n’est pas exactement la cité la plus riante du pays. Au climat, déjà pas folichon (la seule ville de France où les gens sont capables de boire des verres en terrasses sous la pluie, galèje-t-on) et à l’âpreté du contexte socio-économique (le chomage y prospère), s’est superposée une autre donnée douloureuse et complexe : l’afflux de réfugiés désireux de franchir la Manche, direction l’Angleterre, où ils escomptent trouver le salut. Seulement, on connaît la réalité : censé figurer une issue de secours, Calais se transforme en cul-de-sac où s’entassent les misérables.
Bétail. Entre Nulle part terre promise (pas encore sorti) d’Emmanuel Finkiel, 14 Kilomètres de Gerardo Olivares, Import Export d’Ulrich Seidl ou Eden à l’Ouest de Costa-Gavras, le cinéma européen accumule ces temps-ci les projets qui, modulant la rage sur un ton tour à tour grinçant ou tragique, investissent la question de la détresse individuelle autour de ces mouvements opaques. Porté par le succès de Je vais bien ne t’en fais pas, Philippe Lioret apporte sa pierre à l’édifice. Signe particulier, Welcome opte pour un surplace tournant autour de la rencontre de deux hommes mus par une vie sentimentale contrariée qui les incite à se surpasser : le premier, maître nageur à la piscine locale, vit mal la séparation d’avec sa femme ; le second, jeune Kurde, veut tout tenter pour partir à Londres rejoindre celle dont il s’est naguère entiché. Y compris traverser la Manche à la nage. Les deux vont se jeter à l’eau, quoique différemment.
D’abord générique, le film documente une réalité implacable (clandestins traités comme du bétail, hostilité de la population locale, justice expéditive), puis cerne le cas particulier. Sans trop tomber dans le panneau de l’argumentation démonstrative, Lioret jugule astucieusement le potentiel «romanesque» du sujet, pour s’en tenir à l’exposé serré d’une situation qui laisse au fond peu de place à l’espoir.
Fataliste. De même, à travers une observation fataliste et minutieuse des comportements brouillant les codes manichéens (un réfugié qu’on héberge et qui vole quand même une médaille d’or sur une étagère, un flic ferme mais qu’on devine modérément fier de sa mission), Welcome maintient sans ciller le cap du drame social révoltant, plutôt que componctueux. A nouveau l’œil en berne - quelques semaines après le moins plausible Pour elle -, Vincent Lindon fournit une prestation irréprochable. Comme souvent.

jeudi 12 mars 2009

Lust Caution

« Il y a dans Lust Caution une séduction ­immédiate. Un exotisme à la Lotus bleu, avec reconstitution du Shanghai cosmopolite des années 40 occupé par les Japonais, nuit arrosée dans les bouis-bouis de Hongkong, parties de mah-jong dans des intérieurs acajou. Et toutes sortes de véhicules rétro : berlines noires, tramways à deux étages, pousse-pousse et cyclo-pousse qui ­feront la joie des orientalistes nostalgiques. Mais ce charme efficace - et un peu ­facile - est illico enrichi, voire ennobli, par la drôle de tension qui habite le ­récit : une étrange dilatation du temps, chaque personnage se trouvant irrémédiablement entraîné vers son destin, mais comme au ralenti, et sans qu'il soit pour autant possible d'arrêter ce mécanisme de machine infernale. »« Lust, caution est adapté d'une nouvelle de la romancière chinoise Eileen Chang, ­écrite à la fin des années 60 et récemment traduite en français. »« L'action commence à Shanghai, en 1942, prologue un peu énigmatique que suit et explicite un long flash-back : à Hongkong, quatre ans plus tôt, un groupe d'étudiants chinois a fui le continent occupé. La jolie Wong Chia Chi les rejoint pour être l'héroïne d'une pièce de propagande, montée à l'université. Le succès du spectacle et la fièvre patriotique qui l'accompagne poussent ces jeunes idéalistes - on se croirait dans Les Justes - à passer à l'action : tuer un partisan du collabo Wang Ching Wei, le Pétain chinois, futur fondateur du nippophile « régime de Nankin ». Et voilà la jeune première sur les traces de M. Yee, politicien taciturne et autoritaire. Elle se fait passer pour la femme d'un businessman local, s'immisce dans l'entourage de sa proie, jouée avec son charisme habituel par Tony Leung, acteur fétiche de Wong Kar-wai - et l'un des meilleurs comédiens au monde. »« Ce qui se trame là tient de l'espionnage amateur, ou bien du théâtre, ou bien encore, toute l'ambiguïté est là, de la dérive consentie d'une jeune femme qui se prend à un jeu, une curieuse dépossession d'identité, et s'y complaît. Et puisqu'il faut séduire M. Yee, allons-y : Wong Chia Chi, devenue sous pseudo Mme Mak, cède mécaniquement sa virginité à l'un des conspirateurs - pour ne pas paraître trop gauche au moment de donner son corps à l'ennemi... La comédienne Tang Wei, une révélation - elle a 28 ans, c'est son premier film -, prête à ce personnage une sorte d'exaltation soumise. Elle change de visage, tour à tour enfantine, courtisane, femme fatale - c'est comme vous me voulez, semble-t-elle dire, savant mélange d'innocence et de sensualité dangereuse.Si la première partie du film suit le groupe - les dangers et les difficultés du passage à l'acte -, la seconde partie se concentre sur le couple : la mission, désormais officielle, de Mme Mak, devenue à Shanghai la maîtressse de M. Yee, chef de la police secrète. »
« C'est à travers les scènes d'amour qu'Ang Lee décrit in fine l'évolution de ses personnages. Ces étreintes ne sont ni tendres ni amoureuses : elles tiennent davantage d'une révélation progressive, parfois enragée, de la vérité intime des personnages - le seul instant où la jeune espionne et le tortionnaire semblent cesser de jouer. Se perdre, se retrouver, s'oublier dans la jouissance : ces moments de passion et de trouble constituent le fulgurant point d'orgue de cette capiteuse fresque romanesque. »

mercredi 11 mars 2009

les sans papiers sont dans la boite afghan !

Depuis au moins trois ans, le square Villemin, dans le Xe arrondissement de Paris, à deux pas de la gare de l’Est et du Nord, est devenu la plaque tournante des Afghans qui errent dans la capitale, sans papiers, sans logement, avec l’espoir pour certains de rejoindre l’Angleterre, pour d’autres d’obtenir le droit d’asile en France. Une présence suffisamment nombreuse pour modifier la physionomie et la fréquentation du square, et bien au-delà, de ce quartier. Alors que de nombreuses associations humanitaires se mobilisent, Eric Besson s’est rendu jeudi 5 mars dans les rues de cet Est parisien. Le ministre de l’Immigration n’est pas passé par le square Villemin. Car il ne se préoccupait pas ce soir-là des Afghans en général mais des jeunes Afghans en particulier.
Depuis 2003, les mineurs étrangers isolés (MEI) bénéficient, toutes nationalités confondues, d’un régime spécifique. Un dispositif de repérage et de prise en charge a été mis en place, confié à France terre d’asile. En 2008, 686 mineurs étrangers ont été ainsi accueillis. 475 ont bénéficié d’une simple «mise à l’abri» avant de reprendre leur errance, 53 (contre 19 en 2007) ont été confiés à l’Aide sociale à l’enfance. Ce dispositif bénéficie d’une subvention de l’Etat de 2,3 millions d’euros. Mais la pérennité de cette subvention n’était pas garantie au-delà de 2009. Selon les chiffres officiels, il y aurait entre 4000 et 6 000 mineurs isolés en France. A l’issue de sa virée parisienne, Eric Besson a promis que l’aide de l’Etat serait maintenue au-delà de 2009, et annoncé la constitution d’un groupe de travail sur les mineurs isolés. L’Unicef et le Haut-commissariat aux réfugiés devraient y participer. Ses conclusions sont attendues au plus tard en juillet 2009.
Les Afghans adultes ne bénéficient, en revanche, d’aucun traitement de faveur. En 2007, sur les 178 majeurs ayant fait une demande d’asile auprès de l’Office français pour la protection des réfugiés et apatrides, 31,1 % ont reçu une réponse positive. En novembre, la France avait envisagé de participer à un charter franco-britannique pour expulser des Afghans en situation irrégulière. Il se serait agi du premier vol groupé de France vers l’Afghanistan depuis 2005. Devant le tollé, elle y a renoncé.
Square Villemin : le campement
Agréablement situé le long du canal Saint-Martin, le square Villemin est le plus grand espace vert du Xe arrondissement de Paris. Depuis quelques années, c’est surtout «le» rendez-vous des quelque 200 à 300 migrants afghans qui errent dans les rues de la capitale. C’est là que les passeurs viennent chercher ceux qui veulent rentrer en Angleterre. C’est là que beaucoup installent leur sac de couchage pour la nuit, escaladant les grilles après que le jardin a fermé ses portes. Le terrain de basket fait office de dortoir, le kiosque à musique et les balcons des immeubles qui ceinturent le jardin, d’abris contre la pluie. Entre les Afghans et les riverains, les relations sont parfois tendues. D’après des témoignages recueillis par Jacky Roptin, psychologue à l’antenne de MSF du passage Dubail, la police serait intervenue «presque toutes les nuits et plusieurs fois par nuit en décembre-janvier, aspergeant l es Afghans de gaz pour qu’ils partent. Les mecs sortaient du parc et y retournaient quand la police partait, et ça recommençait».
Place du Colonel Fabien : le bus
ils sont une grosse centaine rassemblés place du Colonel Fabien. Il est 20 h 30, la nuit est tombée depuis longtemps et il ne fait pas très chaud. La quasi-totalité de ces hommes - on ne voit aucune femme - sont afghans. Un bus est stationné le long du trottoir. C’est l’un des points de départ des véhicules de la mission Atlas de la RATP chargés de convoyer les sans-domicile fixe vers des centres d’hébergement d’urgence. Sur le trottoir, une petite foule s’est mise en ligne. Des animateurs de l’association France terre d’asile parlant le dari et le pachtou, les principales langues afghanes, remontent la file, scrutant les visages pour tenter de repérer les mineurs. A ces jeunes, France terre d’asile propose une prise en charge spécifique.
Passage Dubail : les soins
Ce soir-là, 21 mineurs seront invités à sortir du rang pour rejoindre à pied la rue Bouret. Les déboutés de ce tri prendront le bus, direction la Boulangerie, centre d’hébergement d’urgence du 115. Mais comme ce centre accueille surtout des SDF et des toxicomanes, beaucoup préféreront aller dormir square Villemin. Etape incontournable pour les migrants afghans errant dans les rues de Paris, le passage Dubail. Au numéro 11, le Centre d’accueil médicalisé et de réinsertion économique et sociale (Camrès) où ils peuvent prendre un petit-déjeuner complet les mardis et jeudis, et une boisson chaude le reste du temps. Quelques portes plus loin, un autocollant sur une porte: c’est un centre médico-social de Médecins sans frontières. Jacky Roptin, psychologue, voit passer des migrants de tous pays, dont des Afghans. Parmi eux, des mineurs.
Ainsi ce jeune garçon né en 1992. «Assassinat du père par les Talibans quand il avait sept ans», a noté le psy dans son dossier. «Part avec mère et frères au Pakistan à 4 ans. A vu plusieurs corps décapités lors d’un attentat dans une mosquée.» A l’âge de 14 ou 15 ans, le jeune garçon quitte le Pakistan. «Quinze mois de parcours» en passant par l’Iran, la Turquie, la Grèce, l’Italie, la France. «Rêve de la guerre, de l’exil, note encore le psy. Il est "fatigué de vivre". "La vie est une maladie qui ne s’arrête jamais". Il n’a aucune envie. Il ne recherche pas le contact. Troubles de concentration, de sommeil. Pourtant n’a aucune plainte somatique, dit ne ressentir aucune tristesse.»
Rue Bouret : un sandwich et un lit pour les mineurs
De la place du colonel Fabien, les jeunes Afghans remontent à pied vers la rue Bouret. Direction: la Maison du partage, gérée par l’armée du Salut. Réservé, en théorie, à l’accueil de jour, ce centre est ouvert la nuit pendant la période hivernale. Les mineurs afghans sélectionnés par France terre d’asile s’y verront offrir un sandwich et une douche. Ils pourront aussi laver leurs vêtements. A leur arrivée, ils sont accueillis par les animateurs de France terre d’asile (FTDA) qui leur demandent leur nom, leur âge. Ce jeudi 26 février, la plupart ont entre 15 et 18 ans mais FTDA en a vu passer de beaucoup plus jeunes, âgés de 9 à10 ans. Les gamins passeront la nuit là sur des matelas disposés à même le sol. Et dès le lendemain, à l’aube, ils retrouveront la rue. Ceux qui veulent à tout prix aller en Angleterre retourneront vers le square Villemin, rendez-vous des passeurs, ceux qui sont prêts à rester en France se rendront à la plate-forme d’accueil de FTDA dans le XVIIIe
Rue Louis Blanc : L’hôtel
Ils sont habillés comme tous les jeunes, jean et t-shirt, les cheveux fixés avec du gel. Comme tous les jeunes, ils vont à l’école. Et, comme tous les jeunes, ils tripotent les touches de leur téléphone portable. Tous sont mineurs - le plus jeune a 14 ans, les autres entre 15 et 18 - et ont eu la chance d’être repérés par l’association France terre d’asile. Désormais confiés à l’Aide sociale à l’enfance, ils ont commencé à instruire, pour certains, une demande d’asile. Pour l’heure, ils sont hébergés à l’hôtel Aviator, rue Louis Blanc, à Paris, en attendant que leur soit trouvée une famille d’accueil pour les plus jeunes, un foyer pour les plus âgés. Tous baragouinent désormais le français. Certains sont orphelins, beaucoup ont perdu tout contact avec leur famille. Ils ont des projets d’avenir en France. L’un veut être peintre en bâtiment, l’autre électricien.
Sources : Libération.

dimanche 8 mars 2009

1900 de Bernardo Bertollucci (1976)

Il y a quatre vingt dix ans, en 1919, « Benito Mussolini, militant socialiste depuis le début du siècle, rompt avec son parti et crée les «Faisceaux de combat», futur noyau de son Parti national fasciste. A la tête de ses «squadre», des milices extrêmement violentes, il se fait l'auxiliaire de la répression menée par la bourgeoisie contre les mouvements ouvriers et paysans. » En regard de cette douloureuse page d’histoire, la lecture qu’en à fait le cinéaste Bernardo Bertollucci dans son dyptique de cinq heures trente : Novecento de 1976, est particulièrement éblouissante.
Ce film splendide raconte les vies parallèles de deux garçons nés le même jour dans une grande propriété terrienne de l'Émilie-Romagne en Italie au début du XXe siècle. L'un, Alfredo (Robert de Niro), est le fils du propriétaire, l'autre, Olmo (Gérard Depardieu), le fils d'un métayer. L'histoire de l'Italie défile, la Première Guerre mondiale, les revendications sociales, la montée du fascisme, l'action des squadriti et la guerre exacerbent les destinées des deux familles. Le réalisateur délibérément de parti pris nous brosse une peinture crue et cruelle de ces deux familles que tout oppose. L’une de grands propriétaires terriens qui exploitent sa main d’œuvre, et l’autre représentant du monde paysan italien. Avec eux nous traversons un demi-siècle de l’histoire de l’Italie. Les tableaux que nous dresse le réalisateur sont étonnants de puissance et de vérité. . Bertolucci prend parti sur le plan politique et montre le démantèlement progressif de ce monde. Les révoltes grondent, le communisme et le fascisme montent parallèlement. La première partie célèbre la nature, la sensualité du monde paysan et la deuxième partie évoque les souffrances, les exactions des uns et des autres. Une fresque magnifique a méditer.

samedi 7 mars 2009

itak & Ulysse en Nouvelle Zélande (lien)

... dans ce blog de voyage Itak et Ulysse vous emmènent autour du monde ! Le départ est prévu le 31 janvier et se terminera au cours du mois d'août 2009. Une aventure à suivre toutes les semaines !

vendredi 6 mars 2009

Toutes suites : Jean-Guihen Queyras

Quand Bach se délecte de l’obligation qui lui est faite d’exposer l’harmonie par le biais mélodique (autrement dit, d'égrener au violoncelle chaque note d'un accord qu'il aurait touché au clavecin), cela donne l'un des monuments absolus de la musique de chambre ; quand Jean-Guihen Queyras se délecte de cette “irrésistible vitalité” sur son violoncelle Gioffredo Cappa de 1696, cela donne l'un de ses disques les plus aboutis ! Bonus DVD : le film de la Troisième suite dans son intégralité et le making of de cet enregistrement.
Pour tout violoncelliste, les Suites de Bach sont une bible de chevet - six tables de la loi, ajointées selon une marqueterie invariable : prélude, allemande, courante, sarabande et, avant la gigue finale, menuet, bourrée ou gavotte. « Elles m'accompagnent depuis qu'on m'a mis un archet entre les mains, il y a vingt-neuf ans », confirme Jean-Guihen Queyras, 40 ans, dans le DVD joint à son enregistrement, réalisé au printemps dernier dans une petite église du Bade-Wurtemberg.
Ces fidèles amies de trente ans le récompensent aujourd'hui de son assiduité en lui offrant une palette infinie de couleurs, une gamme inépuisable d'expressions - de la solidité terrienne de la première au recueillement spéculatif de la cinquième, de la sombre gravité de la deuxième à la joie solaire de la dernière. « Pas une mesure qui ne recèle une invention, un trait fulgurant d'inventivité », se réjouit l'ancien soliste de l'Ensemble Intercontemporain, que la liste d'enregistrements prestigieux de ces Suites - du mythique Pablo Casals au vétéran Anner Bijlsma - a longtemps dissuadé de graver sa propre version. Et l'école française de violoncelle a donné de valeureux interprètes dans ce répertoire, Paul Tortelier ou Maurice Gendron jadis, Marc Coppey ou Jérôme Pernoo aujourd'hui. Ce qui distingue Jean-Guihen Queyras, outre son jeu d'archet digne d'un maître d'escrime, c'est la leçon reçue des compositeurs contemporains. De Luciano Berio, que la virtuosité n'est pas seulement prouesse physique, mais dextérité cérébrale, perspicacité de l'intelligence. De Pierre Boulez, que la réserve de l'interprète, sa pudeur, son tact, grandissent la liberté d'émotion de l'auditeur. Le mélange d'humilité et de panache, de noblesse et d'espièglerie dont témoigne le jeu de Jean-Guihen Queyras, c'est peut-être ce qu'on appelle tout simplement la grâce. (sources Harmonia Mundi, Télérama)