mardi 28 octobre 2008

La nostalgie n'est plus ce qu'elle était...

Il fut un temps ancien où j’étais plus enclin à enjamber la Seine pour me perdre sur sa rive gauche. Mes pas me portaient alors de St Michel au Montparnasse apprécié en son temps pour son calme, son espace et sa verdure. Depuis belle lurette, jardins et vergers ont été urbanisés. Au fil des témoignages issues de mes lectures, j’essayais de deviner fermes et écuries là où il n’y a plus que des immeubles cossus. J’imaginais les marchés d’alimentation, les forains, les montreurs de chèvres et de chiens savants, les avaleurs de sabre et les cracheurs de feu. Où étaient désormais les rues marchandes et les petits métiers rapidement relégués vers la périphérie ? Avant de rejoindre la rive droite par Notre-Dame, je faisais toujours une petite halte chez Shakespeare & Company, cette librairie anglaise qui tire son nom de celle ouverte par Sylvia Beach rue de l’Odéon, une amie de James Joyce et Ernest Hemingway. La langue anglaise m’est parfaitement inconnue, mais je trouvais toutefois plaisir à me perdre en ce labyrinthe des lettres qui impressionne toujours autant le mauvais élève que j’ai été.
De Montmartre au quartier des Halles J’aimais suivre un itinéraire tortueux qui empruntait les rares voies privées et piétonnières existant encore à Paris. Lyon protège ses traboules, Paris ses passages couverts où boutiques de luxe avoisinent avec des magasins plus modestes. Je me laissais alors bercer par ces lieux chargés d’histoire. Plaçais mes pas dans ceux d’Aragon passage Jouffroy, ceux du comte Muffat à la recherche de Nana au Théatre des Variétés, passage des Panoramas. Retrouvais le Bardamu de Céline passage Choiseul, sans l’urine, les crottes, les glaviots et le gaz qui fuit, en me demandant où étaient les odeurs de jadis évoquées par Verlaine. Suivaient les belles et très fréquentables galeries Colbert et Vivienne pour terminer par la galerie Vero-Dodat, quasiment déserte, où se cachaient derrière les vitrines encadrées de cuivre des vestiges peut-être en train de mourir une seconde fois dans l’indifférence, avant de déboucher comme sur un égout à ciel ouvert dans le grouillant et affairiste quartier des Halles qui draine désormais le chaland, l’urine, la crotte et les glaviots. Qui sait, peut-être de magnifiques pages de littérature s’y écriront, dans les miasmes et la putréfaction d’une ville en perpétuelle mutation. Des pages que faute de temps je ne lirais certainement pas. Que voulez-vous, chacun invente sa ville et j’aime encore aujourd’hui à flâner dans le maelström de la grande Cité, y photographier une ville rêvée qui s’estompe comme le sont les souvenirs de la mémoire. Alors demain, je pars rêver d’un ailleurs que je crois meilleur. Que voulez-vous, Paris sera toujours Paris. La nostalgie, quant à elle, n’est plus ce qu’elle était…
Photos Copyright Papou 2007-2008

lundi 27 octobre 2008

L'arrière train sifflera trois fois


On avait relevé le danger des sanisettes pour les enfants en bas âge non accompagnés. C’était sans compter sur la dangerosité des toilettes de TGV.
« Un passager d'un TGV La Rochelle-Paris s'est retrouvé dimanche soir avec un bras coincé dans la cuvette des toilettes, dans laquelle il avait malencontreusement laissé tomber son téléphone portable » précise le communiqué comme pour nous rassurer sur le fait que type n’avait pas été aux toilettes avec une cabine téléphonique ou un combiné mural.
« Malencontreusement », on s’en doutait aussi, à moins qu’à l’instar du roi Midas qui changeait en or tout ce qu’il touchait notre roi des Cons quant à lui transforme ses étrons en téléphones cellulaires. « Allô ! T’es où ? – Ben, aux chiottes dans le train ! - Fais attention a pas te choper des mycoses ou des MST en t’asseyant n’importe où ! – T’inquiètes pas, ma caille, j’ai l’affaire bien en main – Tu veux peut-être que je te rappelle ? – Mais non, j’assure un max d’une seule main ferme et volontaire. Et voila le travail, je ferme juste ma braaaaaaaaaaaaaagueeeeeettteeeeeeeee, eeeeeeeeeh merde ! Mon portable ! – Comment ? C’est quoi ce bruit ? »
SLUUUUUUURPPPPPPPPPPPP !
« Wouaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !!!!!!!!!! - Allô! Raymond, t’es ou ? Allô… ! Allô! …. ! Je ne t’entends plus… ! Raymond ? Tu es comme loin. ! »
Tu m’étonnes qu’il est comme loin entre La Rochelle et Surgères à genoux, le bras pompé à mort par les chiottes et la gueule en biais fracassé à la lunette pas propre. Et en plus pas de téléphone pour appeler au secours. Alors il beugle à’ s’époumoner le bougre. On le comprend d’ailleurs qu’il gueule; les chiottes lui ont peut-être aussi aspiré chevalière, gourmette et bras de chemise. MAINTENANT ILS ATTAQUENT LA PEAU COMME DANS UNE NOUVELLE DE STEPHEN KING. Grâce au ciel, il restait encore un rare fonctionnaire en action, auquel firent appel les voyageurs transformés en outres à pisse par l’imprudent quidam. Super Mario fit arrêter illico le TGV en pleine campagne pour dégager le malheureux à moitié sucé par la bête immonde. La désincarcération du conduit de la cuvette par laquelle le bras du type avait été aspiré prit deux heures aux pompiers en gare de Surgères qui durent tronçonner la cuvette. « Il est sorti sur une civière, avec le bras toujours pris au piège dans la lunette des toilettes (…) Le jeune homme, souffre au niveau du coude mais n'a pas de fractures »
Dans un communiqué, la SNCF envisage de modifier l’infrastructure et le dispositif des toilettes sur ses TGV afin que pareille mésaventure ne se produise plus. Pour éviter tout retard et série d’emmerdements tout chieur fautif se verra aspiré derechef dans un sanibroyeur géant et expulsé sur la voie comme une merde. Le communiqué ne dit pas si la porte des WC fermée de l’intérieur s’ouvrira automatiquement.

dimanche 26 octobre 2008

Il était une fois en Amérique...

L’autre soir, je suis tombé par hasard sur la programmation de « Il était une fois en Amérique » de Sergio Leone. Aux accents du « God bless America » cet « hymne » américain officieux diffusé par une radio qui ouvre le film je me suis à nouveau laissé emporter par cette intrigue complexe, racontée sous forme de flash back. « Il était une fois en Amérique » est l’adaptation d’un mauvais roman de Harry Gray, « The Hoods » inspiré de sa propre vie. Ce qui n’aurait pu être qu’un énième film de gangsters de série Z, se transforme sous la camera de Sergio Leone en flamboyante tragédie. Dans les années 20, enfants du Lower East Side, quartier très populaire situé au bord de l’East river près du pont de Manhattan, Noodles’, Cockheye, Patsy’, Dominic et Fat’ Moe grandissent entre petites combines et menus larcins dans le ghetto de New York. Le réseau maffieux leur confit de petites missions de confiance dont ils s’acquittent pour un maigre dollar voire l’autorisation de dépouiller un ivrogne de sa montre. Montre dérobée par un plus malin en la personne de Max’ Bercovicz, un nouvel arrivant dans le ghetto avec lequel la bande va nouer un pacte d’éternelle amitié. Jusqu’alors, Noodles’ (nouille) était le leader de la bande. Un leader amoureux transi de Deborah, l’insupportable et prétentieuse sœur de Fat’ Moe. Un leader qui lit Martin Eden de Jack London à la lumière des toilettes. Un leader sans réelle envergure et qui a tout pour devenir un homme bien ordinaire dans un monde sans pitié pour les faibles. Mais il lui faudra choisir entre Deborah, dévorée d’ambition qui refuse son milieu social, ou Max. Suivra une ascension sans gloire dans la pègre, le trafic d'alcool, les fumeries d'opium. Mais aussi la violence, les meurtres sauvages, les années de séparation lorsque Noodles’ se retrouvera durant quelques années derrière les barreaux et la période de gloire éphémère d’un speakeasy durant la Prohibition dirigé par la petite bande d’associés sous la coupe d’un Max plus ambitieux et déterminé que jamais. Suivra cette « trahison » qui détruira leurs vies à jamais.
God bless America, my home sweet home God bless America, my home sweet home!
En 1968, Noodles’ est un homme las et solitaire lorsqu’il débarque à la gare routière qu’il a quitté voilà plus de trente ans en y abandonnant une valise vide pour y revenir avec le fardeau de toute une vie dans un bien maigre bagage. Lower East Side est maintenant la proie des pelleteuses et son seul vrai repère dans ce quartier qu’il ne reconnaît plus est le restaurant familial du seul ami qui lui reste en la personne de Fat’ Moe. Tout le travail de Leone repose sur une admirable mise en scène où les dialogues sont plutôt rares, juste nécessaire. Seules les images dévoilent une émotion poignante et saisissante dans ces admirables retrouvailles. L’un et l’autre ont vieilli. Aucun ne s’est enrichi. Et à la question de Fat’ Moe : « qu’est ce qu’as fait toutes ces années ? » - « Je me suis couché de bonne heure. » sera la réponse laconique de cet homme ordinaire pensif et méditatif, qu’on imagine sans mal avoir vécu une vie on ne peut plus ordinaire, habitée par l’incompréhension, le remords et la culpabilité.
Mais alors que s’est-il donc passé trente-cinq ans plus tôt lorsque poursuivi par des tueurs, Noodles’ a laissé le cadavre de ses amis et un Fat’ Moe agonisant pour prendre la fuite vers n’importe où ?
C’est ce que va nous révéler avec maestria Sergio Leone dont a réalisation alterne les scènes chocs, d’émotion ou cocasses avec un rythme contrasté au service d’une « mise en scène qui privilégie une lenteur synonyme de contemplation et de réflexion, de gravité et de nostalgie » mais aussi parfois avec « des éclats de violence animale et de déraison » comme le sont à mes yeux les insoutenables scènes de viol pratiquées par deux fois par Noodles’ pour démontrer à lui-même et aux autres, comme un aveu d’impuissance, enfin une forme de virilité. On pourrait évoquer longuement l’évolution des personnages en parallèle de la société. Max et Deborah se caractérisent par leur volonté d’être plus tard les premiers. Max incarne le monde de la pègre et Deborah le monde du spectacle. Ils réussiront à intégrer l’Establishment par la violence pour l’un et la compromission pour l’autre. Une société gangrénée petit à petit par la pègre jusqu’à sa corruption généralisée au pouvoir politique associé au monde artistique dans les années soixante. Mais cette réussite a un envers car elle ne s’est accomplie que sur les décombres des amitiés brisées et de l’innocence saccagée. Cette ultime œuvre est sans aucun doute la plus pessimiste, du moins la plus noire de Sergio Leone ; une œuvre qui porte un regard désenchanté et amer sur la vie. Ce regard éperdu, absent, nostalgique de Noodles’ vieilli n’est-il pas en fait celui de Sergio Leone ?
God bless America, my home sweet home God bless America, my home sweet home!

jeudi 23 octobre 2008

Pour saluer Giono

Lorsque Moby Dick parut en Amérique en 1851 le roman de Melville fut accueillit dans le mépris et l’indifférence. En deux ans, l'odyssée du capitaine Achab ne dépassa pas les 2700 exemplaires... Et quand - en 1853 - un incendie ravagea les entrepôts de l'éditeur de Melville, la totalité de ses livres fut détruite. Il fallut presque un siècle pour que cette œuvre soit découverte en France. Jean Giono, ce fantastique raconteur d’histoire, découvrit Moby Dick dans les années trente. « Je l'emportais régulièrement avec moi dans mes courses à travers les collines. Ainsi, au moment même où souvent j'abordais ces grandes solitudes ondulées comme la mer mais immobiles, il me suffisait de m'asseoir, le dos contre le tronc d'un pin, de sortir de ma poche ce livre qui déjà clapotait pour sentir se gonfler sous moi et autour la vie multiple des mers. Combien de fois au-dessus de ma tête n'ai-je pas entendu siffler les cordages, la terre s'émouvoir sous mes pieds comme la planche d'une baleinière ; le tronc du pin gémir et se balancer contre mon dos comme un mât, lourd de voiles ventelantes. Levant les yeux de la page, il m'a souvent semblé que Moby-Dick soufflait là-bas devant, au delà de l'écume des oliviers, dans le bouillonnement des grands chênes. (…) Il y a au milieu même de la paix (et par conséquent au milieu même de la guerre) de formidables combats dans lesquels on est seul engagé, et dont le tumulte est silence pour le reste du monde. On n'a plus besoin d'océans terrestres et de monstres valables pour tous ; on a ses propres océans et ses monstres personnels. De terribles mutilations intérieures irriteront éternellement les hommes contre les dieux et la chasse qu'ils font à la gloire divine ne se fait jamais à mains nues. Quoi qu'on dise. Quand le soir me laissait seul je comprenais mieux l'âme de ce héros pourpre qui commande tout le livre. Il marchait avec moi sur les chemins du retour ; je n'avais toujours que quelques pas à faire pour le rejoindre et dès la nuit noire tombée, au fond des ténèbres, le devenir. Comme si d’un pas plus long je l’avais atteint et que je sois entré dans sa peau, mon corps se couvrant aussitôt de son corps comme d'un grand manteau ; portant son cœur à la place du mien, traînant lourdement moi aussi mes blessures sur les remous d'une énorme bête de l'abîme. » Après avoir été pendant cinq à six ans « son compagnon étranger » il lui fut très facile de faire partager (sa) passion à Lucien Jacques. « Quelques soirées passées près de mon feu, où tout en fumant nos pipes je lui traduisais maladroitement mais d’enthousiasme certains passages suffirent à le persuader » (à le traduire). « Moby Dick fit désormais partie de notre rêve commun. »
Lucien Jacques et Jean Giono
* Giono demanda à Joan Smith de faire une traduction littérale qu’il confia ensuite à son vieil ami Lucien Jacques pour que celui-ci en rédigeât une qui fut plus lisible, plus fluente. Et c’est à partir de celle-là que Giono aurait entrepris, non plus de traduire, mais en quelque sorte de récrire Moby Dick. Commencée le 16 novembre 1936 a été achevée le 10 décembre 1939, la traduction de Moby Dick fut publiée à la NRF. en 1941 et assura à l’écrivain américain, de manière décisive en France, le statut de grand auteur étranger. Le roman raconte comment Ismaël, le narrateur, attiré par la mer et le large, décide de partir à la chasse à la baleine. Il embarque sur le Pequod, commandé par le capitaine Achab. Ismaël se rend vite compte que le bateau ne chasse pas uniquement pour alimenter le marché de la baleine. Achab recherche Moby Dick, un cachalot blanc d'une taille impressionnante et particulièrement féroce, qui lui a arraché une jambe par le passé. Achab emmène son équipage dans un périple autour du monde à la poursuite du cachalot dont il a juré de se venger. Le Pequod finira par sombrer au large des îles Gilbert en laissant Ismaël seul survivant, flottant sur un cercueil.
Le roman est loin de se réduire à son aspect fictionnel : de nombreux chapitres sont consacrés à décrire minutieusement la technique de la chasse à la baleine ainsi qu'à s'interroger sur la nature (réelle ou symbolique) des cétacés, et peuvent se lire comme une seconde traque, spéculative et métaphysique. Dans Moby Dick, Melville emploie un langage stylisé, symbolique, métaphorique (non dénué d’humour) pour explorer de nombreux thèmes qu'il estime universels. A travers le voyage de son personnage principal, les concepts de classe et de statut social, du bien et du mal et de l'existence de Dieu sont tous aussi bien explorés que les interrogations d'Ismaël sur ses convictions et sa place dans l'univers. Il faut donc se plonger avec délectation dans cette chasse spirituelle, ce tourbillon littéraire et métaphysique aux scènes parfois dignes des tableaux de Jérôme Bosch. " T.E.Lawrence plaçait Moby Dick à côté des Possédés ou de Guerre et Paix… Ces livres déchirants où la créature est accablée mais où la vie, à toutes les pages, est exaucée, sont des sources inépuisables de force et de pitié. On y trouve la révolte et le consentement, l’amour indomptable et sans terme, la passion et la beauté, le langage le plus haut, le génie enfin." Ecrira Albert Camus en 1957.
Moby Dick, d’Herman Melville, traduction de Jean Giono ; collection Folio Pour saluer Melville, Jean Giono, Gallimard

lundi 20 octobre 2008

Tout augmente.

Sollicité de toutes parts, comme bon nombre de parisiens, j’hésite à donner l’Obole afin de ne pas être contraint à faire moi-même la manche en fin de mois. Dure réalité que celle du citadin. Je me souviens même d’une époque pas si lointaine où les laisser pour compte clamaient un « Eh, t’as pas cent balles ? » voire « t’aurais pas un franc ou deux pour une pauv’ cloche ? » Vendredi dernier, rêveur et plutôt bien luné, je me suis laissé séduire par un pauvre gars en mal de café. J’ai fouillé mes poches et extirpé un euro flambant neuf. Le gars à reluqué la pièce dans sa paume avant de lâcher : « Un café, c’est un euro vingt ! ». J’ai rajouté vingt cents. « Merci mon gars, faut bien s’aider entre S.D.F. » Je me suis reluqué dans une vitrine. Je n’avais rien d’un S.D.F. A la rigueur mon sac de voyage à la fermeture à glissière fatiguée, sécurisé à l’aide d’un tendeur, faisait triste mine. Pas au point de passer pour un S.D.F. J’imagine : « Eh, mon Prince, t’aurais pas sept francs quatre-vingt que je me boive un petit café bien chaud ? ». A ce prix là, une cloche aurait dû faire l’article à une dizaine de personnes pour en tirer le prix de son café. Tout se mérite. Désormais faut faire l’appoint. En tout cas, à sept francs quatre-vingt le kawa, le prochain coup mon S.D.F boira un coup de Château La Pompe gratis. Ca lui apprendra à vexer son monde dès potron-minet.

jeudi 16 octobre 2008

Toutes suites : Anne Gastinel

Jean-Sébastien Bach par Anne Gastinel Suites pour violoncelleNaïve
Les Suites pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach... le sommet de la littérature pour violoncelle, la quête absolue de tout violoncelliste, l'oeuvre que chaque violoncelliste aspire à interpréter et à enregistrer un jour. Le Graal, en quelque sorte... L'heure était venue pour Anne Gastinel. Sa version sonne tout simplement comme une évidence. la complicité entre l'interprète et son instrument - ce fameux Testore duquel elle n'imagine pas être séparée plus de quelques jours - est totale. Quel chant ! Un son chaleureux du violoncelle qui résonne longtemps.

mercredi 15 octobre 2008

Gens des nuages

Copyright Papou 1998
Voyage aux confins du Sahara occidental : retrouver les origines de Jemia, l'épouse sahraouie de l'écrivain qui évoque la mémoire de ce pays.« De ce voyage vers la Saguia el Hamra, nous avions parlé depuis la première fois que nous nous étions rencontrés. Les circonstances, nos occupations, nos préoccupations familiales, ainsi que la situation troublée dans laquelle se trouvait une grande partie du territoire des nomades Aroussiyine avaient rendu ce retour improbable, voire impossible. Et voici que tout d'un coup, alors que nous n'y songions plus, le voyage devint possible. Il était venu à nous quand nous ne l'espérions plus. Nous pouvions en parler d'une façon très simple, comme s'il s'agissait de visiter une province lointaine. Entendre parler les Aroussiyine, les approcher, les toucher. De quoi vivaient-ils ? Avaient-ils toujours des troupeaux de chameaux et de chèvres, élevaient-ils toujours des autruches ? Combien étaient-ils ? Avaient-ils changé au cours des siècles, depuis que Sidi Ahmed el Aroussi avait fondé la tribu ? Nous voulions entendre résonner les noms que la mère de Jemia lui avait appris, comme une légende ancienne, et qui prenaient maintenant un sens différent, un sens vivant : les femmes bleues; l'assemblée du vendredi ; les Chorfa, descendants du Prophète; les Aït Jmal, le Peuple du chameau ; les Ahel Mouzna, les Gens des nuages, à la poursuite de la pluie. Nous sommes partis sans réfléchir, sans savoir où nous allions, sans être même sûrs que nous y arriverions. » (Jemia et J.M.G. Le Clézio) « Humilité d'écrivain, J.M.G. Le Clézio a adopté un style aussi équilibré, précis, clair, que peuvent l'être les gestes et les expressions des peuples qu'il décrit. Il n'y a pas d'emphase, tout est mesuré et sonne plein. Le souvenir se lit comme un roman, coupé d'agréables et utiles récits historiques qui contribuent probablement à disposer le lecteur dans un climat rétrospectif plus dense : l'histoire de ce désert qui est découvert et révélé, c'est le tissu de tous ces gestes, bassesses ou héroïsme, légendes ou faits d'actualité droit sortis du passé. Et cette noce mystique entre Jemia et sa terre originelle ressemble à une danse immobile, dont J.M.G. suit attentivement les figures, sans jamais rien qui pèse ou pose, avec l'allégresse jubilante de l'explorateur qui découvre, au delà des paysages et des contrées, une autre qualité d'hommes, et sa remarquable stature. » (Extrait d’un article de Khaled Elraz)
Gens des nuages. Jemia & J-M G. Le Clezio, photos Bruno Barbey. Folio

mardi 14 octobre 2008

Marin Marais : Folie d'Espagne

Salopée par un pas poli lors du concert des Voix d'été en Creuse, écoutez l'intégrale calez vous dans un bon fauteuil et savourez jusqu'au final particulièrement énergique cette Folie d'Espagne que je n'ai pas trouvé par Jordi Savall mais par Sophie Watillon.

La viole virevoltante de Jordi Savall

Un autre morceau joué lors du concert des voix d'été en Creuse en Août 2008 à l'abbatiale de Chambon -sur -Voueize. Savall envoyé par mariolinosuper

Diego Ortiz

Diego Ortiz [ 1510 - 1570 ] 16e siècle, compositeur espagnol, maître de chapelle du vice-roi de Naples, vécut au temps de la domination Espagnole en Italie. Découlant de son Traité des variations publié en 1553, cetteRecercada s’appuie librement sur la ligne de basse continue de la Folia pour développer un discours ample et vagabond. Extrait du morceau interprêté par Jordi Savall et joué intégralement lors du concert des Voix d'été en Creuse.

lundi 13 octobre 2008

Concert de nuques ou Folie d'Espagne.

Je vous ai menti. J’en ai honte. Je n’ai pas passé tout l’été à écouter les sonates pour piano de Beethoven par Paul Lewis. Il y a eu aussi le concert de Jordi Savall durant les Voix d’été en Creuse. Il avait plu à seaux toute la journée. Entre deux seaux, d’eau et de peinture, car je rappelle aux distraits que je m’attelais toujours au ravalement de façade, j’ai sorti Yann et Aurélie dans les bois question de leurs remplir narines et poumons d’un parfum d’humus et d’herbe mouillée. Sur le coup de dix huit heures les mains tavelées de jaune, Françoise Jean-Pierre et moi-même sommes partis à Chambon sur Voueize. Le ciel s’est soudain déchiré et les stries rasantes des rayons du soleil caressaient les vaches et les terres gorgées d’eau. A Chambon le parking affichait complet et il y avait trente mètres de queue à l’entrée de l’abbatiale plus d’une heure avant le début du concert. Tout le monde scrutait les Cieux la main sur le K-Way. L’abbatiale séchait sous un reste de soleil pâle. Paraît qu’en l’An 2008 de notre ère : Les invasions de mélomanes ravagèrent les terres limousines. Ils affluèrent le 14 août en si grand nombre que l’Abbatiale Sainte Valérie de Chambon s’avéra trop petite pour les recevoir tous, sans compter que les V.I.P. avaient squatté toutes les meilleures places. Et autant vous le dire tout de suite le joyau du Limousin, ce n’est quand même pas la salle Pleyel. C'est donc au cœur de ce vaste édifice de style roman que je me suis tapé un cul sur une couineuse empaillée avec vue imprenable sur un festival de nuques et d’oreilles poilues. La nef composée de neuf travées était pleine. Il y avait bien une place de choix sur la chaire encombrée d’un projecteur voire accroché au Christ en vis-à-vis. Personne n’a profané l’édifice. Parait aussi que L'abbaye renferme un trésor : un tableau peint sur bois « la décollation de Sainte-Valérie » Pour ma part j’aurais bien décollé la tête des quidams aux oreilles poilues devant moi question de voir un peu mieux Jordi Savall, Montserrat Figueras et Andrew Lawrence-King. Vu que je ne voyais strictement rien, j’ai fermé les yeux, sérénité intérieure afin de mieux m’imprégner telle une éponge de la musique. Jordi Savall s’est fait alors magicien pour un voyage au cœur de cette musique ancienne aux origines de la beauté, avec une viole bondissante associée aux accents oniriques de la harpe et à la voix de Montserrat Figueras. Un pur ravissement auditif. En visuel, c’était autre chose. A l’entracte le bar était fermé. Il y eut un mouvement de foule. De nouvelles têtes encore plus grosses remplacèrent les anciennes. Je me suis mis debout et j’ai pu admirer au loin l’estrade vide en vidant une bouteille d’eau gazeuse. A la reprise Andrew Lawrence-King nous enchanta Avec La Chaconne d’Amadis de Jean-Baptiste Lully à la harpe seule. Puis en compagnie de Jordi Savall à la viole de gambe ils entamèrent Folie d’Espagne de Marin Marais, ce morceau de bravoure où Marais explore un large éventail de possibilités techniques et expressives offertes par son instrument de prédilection dans une série de variations sur le thème de la Folia, cette danse d’origine populaire qui se développa dans la péninsule ibérique dès la fin du Moyen Age. Au cœur du voyage musical une voix est venue se mêler aux instruments. « Qu’est ce qu’elle a, cette connasse, à me suivre comme ça partout ? » J’ai ouvert un œil, le droit, pour découvrir un individu visiblement pris de boisson affalé contre une colonne. « Salope ! parce-que j’suis de la cloche j’ai pas l’droit d’êt’ là ? Et c’est toi peut-êt’ qui va m’fout’ déhore ! » Le mouvement de viole vacilla quelque peu. Il y eut un léger brouhaha suivi d’un chorus de « chut ! ». Et la musique de Marin Marais reprit ses droits. La « salope » en question, visiblement une hôtesse d’accueil peut habituée à faire face devant pareille situation restait interloquée. Un collègue mâle vint l’assister en se plaçant derrière le gêneur. « C’est toi peut-être qui va me jeté dehors peut-être ? AAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHH !!!! » se mit à tonitruer le type accroché par l’épaule. Le musique se tu. Le ton monta. Mon voisin, en l’occurrence Jean-Pierre, lança à la volée un : « Mais qu’est-ce qu’on attend pour sortir ce connard ! » Visiblement il avait raison. Moi je n’avais pas le droit de me battre pour raison médicale, mais les autres, hein, que faisaient les autres, bon sang ! « AAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHH ! » bramait la cloche. « Espèce de bande d’enculés ! » Ce fut l’expression de trop. Des enculés pris au hasard se ruèrent manu militari sur le quidam et l’emportèrent au dehors. Sous les applaudissements de la foule, les musiciens furent invités à nous offrir cette Folie salopée par un grossier sodomite. Jordi Savall et Andrew Lawrence-King assurément non démontés par l’événement, reprirent à la mesure près l’œuvre de Marais et la menèrent jusqu’à son terme. Lorsque qu’au terme d’un assaut de l’archet se plaçait un silence entre deux mesures on pouvait entendre dans le lointain quelques vite étouffés par les nouveaux accords de la musique. Le concert prit fin. Les interprètes furent ovationnés comme il se doit et tout un chacun abandonna l’abbatiale à son silence. Un gyrophare léchait les demeures endormies. Les Forces d’interventions locales veillaient. Des yeux on cherchait d’où émanaient ces « …..ande d’enhulés ! » en guise de bonsoir. On est rentré sous la pluie. Rideau.

jeudi 9 octobre 2008

Toutes suites : Mischa Maîsky

Misha Maïsky : 6 cello-suiten ; Deutsche Grammophon 1985 2CD

Pour Mischa Maïsky les six Suites pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach représentent les fondements du répertoire de l’instrument. « Si je peux dire que la musique est ma religion, alors ces six suites pour violoncelle sont ma Bible… » Il aime ces suites depuis que son frère aîné lui a offert en 1959 un exemplaire de l’édition Musgyz publiée en 1957 dans laquelle figurait un fac-similé du manuscrit d’Anna Magdalena Bach et sur lequel son frère avait écrit « Travaille aussi durement que tu peux, toute ta vie, pour être digne de cette grande musique . » Plus tard Rostropovitch l’aida à approfondir sa conceptions des Suites. Il découvrit également les enregistrements légendaires que fit Casals dans les années 30, qui lui semblèrent « fou » au départ mais le captivèrent de plus en plus à chaque écoute. « Je réalise maintenant que Casals a exercé sur moi une influence capitale ». Le destin lui permis de rencontrer son maître et de jouer devant lui l’année précédent sa mort. Maïsky considère que la musique de Bach ne doit pas être abordée de façon solennelle . Pour lui, Bach n’est pas un saint mais un bon vivant aimant la bonne chair et le vin. Il a donc enregistré l’intégrale des Suites en 1985, une gravure qui à l’époque remporta de nombreux suffrages et restent encore pour certains une référence. L’anecdote veut que, des années plus tard, passant devant un magasin de hi-fi à Zurich il repéra une paire d’enceintes acoustiques. Il entra et demanda à les tester. Le vendeur mit un CD de démonstration qui contenait la Bourrée de la Suite pour violoncelle en ut majeur. « Je pensais que l’interprète se moquait délibérément de moi – on aurait dit une parodie. Quand j’ai vu que c’était mon enregistrement, je fus consterné. » Pour Maîsky il ne correspondait plus à la manière dont il jouait Bach. Il fut donc ravi lorsqu’on lui proposa de réenregistrer les Suites pour l’année Bach en 2000. « Pour moi, c’est tous les ans l’année Bach. » D’après le texte de Tully Potter

Misha Maïsky : 6 cello-suiten ; Deutsche Grammophon 1999 2CD

Bourrée Suite N°3 dans sa version 1985

....me font mourir d'amour belles Marquises.

mercredi 8 octobre 2008

Macaque Bono !

D’après de récentes études scientifiques pour mieux comprendre le mode de fonctionnement de nos dirigeants et cadres d’entreprises il faut savoir qu’ils empruntent souvent des traits aux chefs macaques ou chimpanzés. En effet, un chef se doit d’être reconnu. Il se poste donc sur une haute branche, bombe le torse, fait du bruit, impressionne sa troupe, s'entoure d'une bande de jeunes alliés et s'arroge des privilèges. Bref, il s'impose par son comportement, son regard, son hyperactivité. Sans hésiter, parfois, à menacer ses rivaux, à sanctionner ou intimider ses subordonnés : les gorilles frappent le sol avec leurs pieds ou leurs poings, tandis que les babouins haussent les sourcils. Les singes sont polis. Ils se saluent rituellement tous les matins, le chef n'ayant pas le droit de déroger à cette règle sociale. Il doit répondre aux salutations de ses subordonnés, voire faire le premier geste : un regard droit dans les yeux, une tape amicale sur l'épaule ou une main tendue. S'il omet ce rituel, il risque d'y perdre sa popularité, et même son rang. Donc il y va de ses poignées de main, visites impromptues, mots échangés au détour d'un couloir, pots de départ, réunions festives... Plus les sociétés de singes sont sophistiquées, plus le rôle du chef est limité et la créativité démultipliée. En dehors des périodes de crise - guerres intestines, menaces de prédateurs, sécheresse -, le chef chimpanzé n'est guère interventionniste. Sa sociabilité, son intelligence, sa détermination, son goût du risque l'ont conduit au pouvoir grâce à un réseau d'alliés. Le chef chimpanzé dirige une tribu décentralisée, dont les membres sont relativement autonomes. Les subordonnés peuvent partir chasser de leur côté. Et se lancer dans des aventures et ou quitter momentanément le groupe. La créativité d'un groupe de singes peu évolués est égale à celle de ses dominants. Mais attention : la décentralisation comporte ses dangers. Habiles à nouer des alliances temporaires, les chimpanzés se livrent souvent des guerres fratricides pour la conquête de pouvoir. Aucun chef chimpanzé ne peut résister aux coalitions organisées par des subordonnés intelligents. Quoi qu’il en soit, après avoir lu ces lignes ne vous avisez pas de faire provision de bananes en paquet cadeaux ou de balancer des cacahuètes à votre encadrement. Vous retrouverez immédiatement La peau de banane sous vos propres pieds. Il est à noté toutefois une différence notable entre le singe et l’homme : c’est que ce dernier à inventé les talonnettes. Ceci étant dit, vous pourrez désormais porter un regard différent sur vos supérieurs. C’est moins cher que le zoo et en plus c’est permanent. Que nos dirigeants politique ou d’entreprises soient des trous du cul n’est pas en soit une nouveauté. Ceci dit nous en avons désormais la preuve scientifique et humoristique.

mardi 7 octobre 2008

Sauvons les kangourous (2)

Sans déconner. Parait que les pets des kangourous sont écologiques. Grâce à une bactérie dans l’estomac, le marsupial émet des flatulences non polluantes car les prouts des kangourous ne contiennent pas de méthane, à l'inverse des prouts de vaches et de moutons dont les pets peuvent représenter un fort pourcentage du volume total des émissions de gaz à effet de serre. La bactérie présente dans l’intestin du kangourou élimine aussi les ballonnements et facilite la digestion. Cela permettrait une économie de plusieurs millions de dollars en fourrage. Le bétail en profiterait également, tirant 10 à 15% d’énergie supplémentaire pour une alimentation identique. Vaches et moutons pourraient donc, dans quelques années, se voir inoculer la bactérie du kangourou afin d’aider leur digestion et ainsi lutter contre le réchauffement climatique. L’étude ne dit pas si péter dans son kangourou est un acte écologique et si on pourra tester aussi cette bactérie sur les mangeurs de cassoulet. Quoi qu’il en soit, ce week-end je suis allé annoncer la bonne nouvelle à Isabelle ma filleule bovine. On s’est super marrés à se raconter des blagues de skippy qui pue et qui pète écolo. « le kangourou » m’a fait remarqué Isabelle « ne bondit pas qu’avec sa queue, mais aussi grâce à ses pets. Il devient donc l’étendard bondissant de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.» « Et quand les kangourous donneront du lait » a t-elle ajouté « Eh bien moi, je boufferai du raisin.» Putain, c’est pas con le coup du raisin. Du cépage Chardonnay à tous les repas et la Isabelle te produira pas loin des 15 à 20 litres de Haute Côte de Boeuf. Fichtre ! Va falloir que j’en parle à Bernard.

lundi 6 octobre 2008

Fuck les riches !


De 1979 à 1987, le groupe communiste révolutionnaire français Action directe se lance dans une lutte frontale contre l'Etat. Attentats, attaques à main armée, mais surtout une dizaine d'assassinats : ses militants versent dans le terrorisme, promettant, au nom de la lutte des classes, de mettre à bas le capitalisme et l'impérialisme. Je comprends alors que de grands enfants, lecteurs de contes de fées pour adultes, aient été terrorisés par l’interviewe de, l’ex-ogre du mouvement Action directe en dépit de l’avertissement préalable du journal : Attention les propos que vous allez lire pourraient choquer les âmes sensibles. Tu m’étonnes. Il y en a même un max, peu habitués en ces temps de sagesse consensuelle à pareil discours radical, qui ont dû faire caca mou dans le caleçon en lisant toute cette série de gros mots lâchés comme un pet pas propre sur une toile cirée déjà pas bien nette : « lutte armée, affrontement, révolution, marxisme, prolétaire, anti-impérialisme, communiste… » Putain, ça fait flipper grave ! Alors qu’en fait, il n’y a rien de bien nouveau ni de surprenant dans cette rhétorique révolutionnaire soixante-huitarde si ce n’est qu’elle est aujourd’hui tabou. En tout cas ce n’est pas « jour de fête » pour le petit facteur chéri des français cloué d’un coup au piloris pour accueillir au sein de sa famille politique celui qu’il n’avait pas invité. Quand le loup se propose de vous aider à porter votre besace de courrier du peuple, tout chaperon rouge révolutionnaire ferait mieux d’y réfléchir à deux fois avant d’accepter, sous peine de se voir loger entre les quenottes le surin Manufrance garantie pur bourgeois en acier inoxydable. Il faut donc savoir choisir ses amis ou accepter de subir le courroux des masses, la vindicte populaire voire la lapidation à coups d’enclumes sous les sifflets et quolibets de la foule. Tiens peut-être même que sous les pseudos des bloggers qui m’ont choisi pour amis se cachent des anciens terroristes d’Action directe, de la Fraction Armée rouge, des Brigades Rouges, du Gang des Postiches… que sais-je encore des ex du Club des Canetons de La Baule en 1968 voire même peut-être des écologistes…Allez savoir ! Il me faut quand même avouer à tous ceux qui eux m’ont choisi pour ami : je suis un ancien terroriste. Non, non, je déconne pas ! Un ancien terroriste avec un faux nom et tout le toutim. Le genre de mecs qui fait des graffitis genre « Caca le patronat !», « Météo Nationale, Météo du Capital ! » », «A poils laineux !», « Fuck les riches ! » enfin rien que des trucs qui appellent à l’insurrection. Mais un jour, promis, je vous confesserai cette dérive. Et ci c’est pour cela que le facteur ne m’a pas choisi pour ami c’est qu’il manque vraiment de courage politique. Na !

vendredi 3 octobre 2008

Les enfants non désirés aiment-ils les histoires tristes ?

Les enfants non désirés aiment-ils les histoires tristes ? Parmi tout le fatras bibliographique de ma mémoire je n’ai conservé des lectures romanesques de ma jeunesse que des livres ayant trait à l’enfance malheureuse. En tout premier lieu celle des joyeux Moffat d’Eleanor Estes, merveilleux livre lu et relu a satiété, perdu de vue pendant plus de trente ans (avant de suivre ma formation de bibliothécaire et y apprendre à pratiquer la recherche bibliographique) pour enfin retrouver sa trace et le découvrir enfin cinq ans plus tard sur le Net. J’en conserve désormais deux exemplaires dans ma bibliothèque, le second acheté dans une brocante sur l’Ile de Ré pour cinquante centimes d’euro. Mais un jour nous y reviendrons. Il y avait entre autres oubliés, les romans d’Hector Malot et enfin ceux de Charles Dickens. J’en suis venu à me poser la question liminaire après la relecture à dix ans d’intervalle d’un de des grands romans de Charles Dickens : Bleak House. Je présume sans rien affirmer que les lectures de Dickens dans mon enfance devaient être des versions expurgées et adaptées. La vision des merveilleux films de David Lean, Oliver Twist et Des Grandes Espérances a certainement contribué à me faire aimer son univers. Il ne serait pas juste d’oublier la belle adaptation de David Copperfield pour l’O.R.T.F par Claude Santelli.. Mais je ne saurais jamais déterminer avec précision si ce sont les livres ou les adaptations cinématographiques qui ont concouru à me rapprocher le plus de cet auteur. J’ai donc depuis toujours eu une relation avec Dickens. Une longue amitié devrais-je dire. Aimé Dickens, adoré parfois, détesté aussi pour cette complaisance dans un pathos et une mièvrerie assez conventionnels dans la littérature victorienne. Aimé, disais-je, mais rejeté aussi, abandonné un temps….pour y revenir bien des années plus tard avec un regard neuf et me laisser à nouveau séduire. Les aventure M. Pickwick, Olivier Twist les grandes Espérances, Temps difficiles, quelques contes et chroniques sont régulièrement réédités en collections de poche. En 1979 les éditions 10/18 eurent l’excellente idée de nous livrer quelques romans indisponibles depuis la première traduction du XIXème siècle. Le magasin d’Antiquités, Barnabe Rudge, Martin Chuzzlewitt, Nicholas Nickleby furent donc mes première lectures de Dickens à l’âge adulte. S’il est impossible de classer l’œuvre de Dickens dans une catégorie déterminée, et certainement pas dans la catégorie jeunesse, c’est parce qu’avant toute chose Dickens est avant tout un enchanteur, un grand artiste guidé par son génie, génie sans cesse en ébullition tout au long de sa carrière. Au-delà du thème récurent de l’enfance malheureuse, il y a une incontestable grâce d’écriture, une spontanéité créative, un humour, un engagement, (loin d’un marxisme ridicule dont certain l’ont affublé). Lors de la gestation difficile de ses romans en livraisons hebdomadaires ou mensuelles, rappelons-le, Dickens n’avait pas pour idéal de lutter contre le goût de son public, mais de le suivre et incidemment lui enseigner des vertus comme la Charité sous toutes ses formes pour les déshérités, la tolérance à l’égard de toutes les croyances, le respect de la personne humaine et ce sentiment généreux d’une vaste solidarité qui relie les hommes. Tout cela peut sembler bien ridicule et puéril pour un lectorat d’aujourd’hui. Pour ma part, je pense, que c’est pour toutes les raisons évoquées ci-dessus que l’œuvre de Dickens est assurée de nous survivre. Elle a subi depuis plus de cent cinquante ans l’épreuve du temps (de la critique à l’analyse littéraire ou psychanalytique), et continuera à ravir des générations de lecteurs. C’est en cela qu’elle est immortelle.

jeudi 2 octobre 2008

Les Grandes espérances de David Lean

Le père Gallois et mon père introduisirent sans vraiment s’en rendre compte le monde merveilleux du cinéma au cœur même de notre salle à manger. Sur le meuble nouvellement acquis pour l’événement, ils installèrent au-dessus du Radiola un gros téléviseur. Une seule et unique chaîne en noir et blanc et encore peu de programmes. Le dimanche aux alentours de dix sept heures l’O.R.T.F. Diffusait un film tout public. Là, installé sur ma chaise, j’ai avalé sans m’en rendre compte, bon nombre de chefs d’œuvres du 7ème Art. De ce film, j’avais depuis longtemps oublié le titre et le réalisateur ainsi qu’une bonne partie de l’intrigue. Je ne me souvins que de cette étrange et excentrique vieille dame recluse dans son manoir et ayant arrêté le temps depuis que son fiancé l'avait abandonnée au jour même de son mariage. Restait gravé aussi le regard fascinant de la jeune fille, sans que je me doute qu’il s’agissait d’Estella jouée par Jean Simmons ou encore la silhouette du sinistre bagnard dans les marais qui ouvre le film.
Facilement impressionnable j’ai été hanté des années durant par une scène jugée terrifiante aux yeux de l’enfant que j’étais, celle d’un jeune homme arrachant de très hautes tentures poussiéreuses des fenêtres afin de faire pénétrer la lumière du jour et le corps de la vieille dame excentrique devenu la proie des flammes. Miss Havisham a toujours exercé, même aujourd’hui, un étrange pouvoir sur moi. La crainte qu’elle procure à Pip ainsi que l’espoir déçu de ses Grandes Espérances n’est-elle pas une image romancée de ma propre mère ? je n’en sais rien.
Il faudra que j'en parle un de ces jours à mon copain Sigmund.
Si le cinéma à la télévision est comme la reproduction d’une œuvre d’art en carte postale, il n’en reste pas moins que la magie du cinéma a joué pleinement son rôle même lorsqu’un jour l’adulte visionna avec la même terrifiante émotion la scène gravée en son subconscient.